LES NIGÉRIENS DANS L’ÉCONOMIE INFORMELLE IVOIRIENNE

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En Côte d’Ivoire, tout le monde appelle les Nigériens «Haoussas», même si tous les Haoussas ne sont pas nigériens et que tous les Nigériens ne sont pas haoussas, quoiqu’ils constituent 55,4% de la population totale du Niger. Les Haoussas sont un peuple du Sahel établi aussi majoritairement au nord du Nigeria. Leur présence en terre ivoirienne ne date pas d’hier. Avec le temps, ils se sont si bien intégrés qu’on les identifie à certains secteurs de l’économie telle que la vente de bois. Mais c’est surtout dans l’économie informelle qu’on les retrouve.

Dans ce domaine, parmi les activités qui leur collent à la peau, il y a d’abord, historiquement, celle d’aboki. Dans le langage courant ivoirien, ce terme «est utilisé pour désigner non seulement un café typique constitué de café moulu plus du lait concentré sucré accompagné de pain-beurre, mais aussi les échoppes où il est vendu. Il désigne également le vendeur dudit café.» À l’origine, précise Diomede Maiga (2019), aboki signifierait «mon ami» en haoussa.

C’est plus tard que le garba entre en scène et devient rapidement plus populaire que l’aboki. Selon Koné Seydou (cité par Soulé Manzo, 2016), «c’est à partir de 1990 que le « garba » s’est imposé dans l’alimentation des Ivoiriens». L’inventeur de cette recette à base d’attiéké et de poisson thon frit à l’huile de table serait un certain Garba, nom courant au Niger.

LE « GARBA » : IDENTITÉ GASTRONOMIQUE IVOIRIENNE, CIMENT DE LA FRATERNITÉ ENTRE NIGÉRIENS ET IVOIRIENS

Toujours dans le secteur de la restauration, le choucouya est une recette d’origine nigérienne qui a été adoptée par les Ivoiriens. C’est la viande de mouton, de bœuf, ou même de poulet assaisonné et braisé (cuit sur le grill). Il est vendu pratiquement à tous les coins de rue et s’accompagne généralement d’attiéké et aussi d’une petite sauce épicée.

Il faut également noter la présence historique des Haoussas dans le commerce ambulant. Longtemps avant l’igname, les premiers vendeurs ambulants haoussas proposaient à nos mamans des pagnes bien empilés sur leur tête et/ou des soupières, des assiettes, des verres, etc. Ils avaient aussi le monopole du transport de bagages au moyen de charrettes en bois appelées wotro, avant que les jeunes Ivoiriens n’investissent massivement ce secteur avec leurs brouettes métalliques.

Pour finir, les Haoussas sont présents dans la médecine traditionnelle avec la vente de produits constitués de gris-gris, bracelets ou bagues en argent, peaux ou crânes d’animaux séchés, etc. Fins connaisseurs de la sexualité, ils sont connus depuis très longtemps comme de très bons «coupeurs de pine». Aujourd’hui encore les familles ivoiriennes ont recours à leurs services pour la circoncision des nouveaux-nés. Et pour les hommes adultes, les Haoussas ont été parmi les premiers à vendre des aphrodisiaques, avec presque toujours un pénis en bois sculpté pour vous donner une idée de la puissance de leurs produits. Si tu as gesté pour tester, tu peux rester…

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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