LES MÉTAPHORES DE LA CORRUPTION DANS LE LANGAGE IVOIRIEN

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La corruption, c’est un peu comme le sexe. On a un peu honte au début, mais c’est tellement doux qu’on se laisse quand même aller. Jusqu’à ce qu’on finisse par y prendre goût et que plus rien ne nous arrête. À l’image du sexe, on en parle aussi toujours de façon voilée, en exerçant avec brio l’art rhétorique de dire les choses sans les nommer, de nommer les choses sans prononcer leurs noms.

Les similitudes avec le sexe touchent aussi au fait que, comme l’acte sexuel en général, la corruption se fait à deux, entre le corrupteur et le corrompu. Et souvent entre quatre murs. Tant pis s’ils ont des oreilles. En outre, dans cette transaction souterraine, le moindre geste, le plus petit signe peut servir à faire passer le message. Le langage non-verbal trouve ici un terrain fertile pour fleurir de toutes ses couleurs.

Mais quand il faut forcément parler pour se faire comprendre, l’esprit humain ne manque pas d’ingéniosité. Quelqu’un me disait qu’au Cameroun l’un des termes consacrés est « la motivation ». La Côte d’Ivoire a aussi ses métaphores dans ce domaine, la plus significative étant l’expression « mettre/déposer caillou sur son dossier ». Sinon votre dossier risque d’être emporté par le vent et disparaître sans laisser de traces. Le poids du « caillou » doit être proportionnel à celui du dossier pour garantir le succès de l’opération. Un petit « caillou » sur un gros dossier, ça risque toujours de ne pas résister à une bourrasque.

On dit aussi en Côte d’Ivoire « parler » ou « bien parler », ou encore « parler français ». Vous êtes en train de ou vous venez de vous exprimer dans la langue de Molière, mais on vous demande de « (bien) parler » ou de « parler français ». En fait, vous avez parlé par la bouche, on vous demande de le faire maintenant par la poche pour qu’on avance. À une certaine époque, l’émission satirique « Faut pas fâcher » avait vulgarisé également l’expression « rentrer dans le contexte ».

Alors pour gagner du temps, si vous connaissez déjà ce contexte, autant y entrer avant qu’on vous le demande. Il suffit pour cela de lui dire « Voici votre coca… » ou « Prenez ça pour acheter votre eau… ». J’adore la Côte d’Ivoire !

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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