LES IVOIRIENS DE LA DIASPORA DU PORTUGAL

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Les Ivoiriens vivant au Portugal sont estimés à plus d’une centaine selon les informations que nous avons obtenues de l’ambassade de Côte d’Ivoire. Un nombre qui tranche avec celui de la France ou de l’Espagne où les Ivoiriens sont assez nombreux. L’objet de cet article est de lever un coin de voile sur la vie des Ivoiriens résidents au Portugal, les difficultés qu’ils rencontrent et le rapport qu’ils ont avec l’ambassade récemment ouverte. Mais avant parlons un peu du pays d’accueil : le Portugal.

LE PAYS D’ACCUEIL LE PORTUGAL

Commençons par une brève description du Portugal. C’est un pays d’environ 10 000 Km2 avec une population estimée à plus de 10 000 000 d’habitants. Situé au sud-ouest de l’Europe précisément dans la zone occidentale de la péninsule ibérique, il possède des îles dans le Pacifique. Celles-ci sont des territoires autonomes mais font partie intégrante du Portugal continental. Le territoire portugais est délimité au nord et à l’est par l’Espagne, au sud et à l’ouest par l’océan atlantique. Le Portugal étant situé plus à l’ouest du continent européen, sa place stratégique est importante pour les relations avec le monde extérieur. Ceci expliquerait pourquoi ils ont été les premiers explorateurs et propulsé le mouvement des “grandes découvertes”. Faisant partie de l’espace Schengen, le Portugal est une belle porte d’entrée sur l’Europe. Son climat avenant n’est pas aux antipodes de celle que nous connaissons en Afrique même s’il faut reconnaître que les hivers sont durs. Cependant, cela n’est rien, comparé au climat des autres pays plus au Nord de l’Europe. D’ailleurs un nombre considérable d’européens viennent s’installer au Portugal pour y vivre car en plus du climat océanique, le coût de vie est relativement moins élevé, ce qui les y attirent.

Les atouts de ce pays sont considérables et peuvent constituer un bon plan pour ceux qui voudraient connaitre l’Europe. Bon nombre de nos concitoyens sont focalisés sur la France, peut-être par affinité linguistique et ignorent la possibilité de tenter l’aventure portugaise. Le coût de vie pas élevé et le climat sont deux raisons majeures qui ont permis aux Ivoiriens d’y vivre.

QUE FONT LES IVOIRIENS AU PORTUGAL ?

De la centaine d’Ivoiriens qui vit au Portugal, certains y sont depuis 30 ans. D’autres depuis un an, quelques-uns, depuis une dizaine d’année. Ils sont dispersés sur l’étendue du territoire portugais. Beaucoup résident à Lisbonne et sa périphérie, d’autres à Setubal, une ville près de Lisbonne. Viseur, ville au centre du pays abrite également des Ivoiriens. La grande région du nord c’est-à-dire Porto et Braga accueillent une forte communauté. A Braga, par exemple, la famille Konaté y est installée depuis belle lurette et monsieur Konaté fait office de doyen. La plus grande communauté serait celle de Setubal où vivraient une quarantaine de nos concitoyens.

Les premiers arrivés étaient mus par l’idée de la quête inlassable d’une vie meilleure pour eux et leurs progénitures. On retrouve les Ivoiriens dans divers secteurs d’activité : chefs d’entreprises, hommes de métier, étudiants. Un chirurgien-dentiste, nommé Dr KASSI fait honneur à la Côte d’Ivoire car celui-ci est propriétaire d’une clinique dénommé “Sorriso de Luz”, entendez par là “sourire lumineux”. Son humilité et sa disponibilité font de lui une figure de proue de la communauté ivoirienne au Portugal.

Un nombre important d’étudiants y résident. Ces derniers sont notamment à Lisbonne, Porto et Braga. Cette dernière ville septentrionale abrite d’ailleurs une des plus grandes communautés ivoiriennes. Certains étudiants ont ramené leur compagne ou compagnon pour y vivre ensemble. Venus au départ pour un des études semestrielles avec des bourses d’études, ces étudiants ont jugé bon de continuer les études après l’échéance de la bourse. Cependant la bourse concédée par l’État portugais par le truchement de l’institut Camoes étant seulement d’un semestre, ces derniers se retrouvent entre le marteau et l’enclume, sans ressources financières pour continuer, raison pour laquelle ils sont là c’est-à-dire les études. Par conséquent, n’ayant plus la bourse, et aucun parent pour les soutenir financièrement, ceux-ci sont obligés de se débrouiller comme ils peuvent pour assurer leur pitance. Souventes fois, après la perte de la bourse, les étudiants se retrouvent à lutter pour subvenir aux besoins primaires : se nourrir, se loger, se vêtir…

Face à la situation, ils sont dans l’obligation de remettre aux calendes grecs leurs études. Certains essaient tant bien que mal de concilier travail et études. Pas facile de gérer ces deux fronts. Du coup, les études sont faites à pas de tortue. La quasi-totalité travaille dans des centres d’appel. C’est le secteur d’activité qui emploie sans trop de contraintes administratives. En plus, ces employeurs ont besoin de francophones, ce qui résout quelque peu la situation d’emploi de ces braves gens. D’autres Ivoiriens ont dû fuir la Côte après la chute du Président Gbagbo. Certains ont pu avoir droit à l’asile politique, d’autres non. Le secteur d’activité dans lequel travaillent quelques ivoiriens est la restauration (gros pourvoyeur d’emplois) et d’autres dans les industries agro-alimentaires ou dans la mécanique. Bref, les Ivoiriens au Portugal sont presque tous des travailleurs contrairement aux Ivoiriens d’autres pays européens.

Pour s’entraider, les Ivoiriens ont porté sur les fonts baptismaux une association dénommée Associaçao da Coordenaçao Geral dos Marfilenses da Diaspora em Portugal (CGMP) qu’on pourrait traduire par Association de la Coordination Générale des Ivoiriens de la Diaspora au Portugal. Celle-ci a pour mission de promouvoir la coordination et la coopération bilatérale au niveau économique, social, scientifique, sportif, culturel, artistique, éducationnel et humanitaire. Pour ce faire, l’association compte réunir tous les Ivoiriens de la diaspora dans une structure apolitique et indépendante autour du projet de développement et promouvoir également l’unité et la solidarité entre les Ivoiriens de la diaspora dans leur pays d’accueil en mettant en exergue leurs compétences en vue d’un retour au bercail réussi. L’association est aujourd’hui dirigée par Jacques Drissa. Force est de constater que ces beaux principes ne sont pas toujours mis en évidence. Les membres de l’association ne se retrouvent que lorsqu’il y a des événements d’envergure comme par exemple lors de l’accueil du Vice-Président ivoirien actuel, Daniel Kablan Duncan, Premier d’alors, pour l’inauguration officielle de l’ambassade le 22 juin 2016. La dernière fois que les Ivoiriens s’étaient réunis, c’était le 6 août dernier lors d’un déjeuner offert par l’ambassadeur pour la commémoration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

LES DIFFICULTÉS DES IVOIRIENS VIVANT AU PORTUGAL

La difficulté majeure quand on vit hors de son pays est sans l’ombre d’un doute, les soucis administratifs. Résumons-le en français ivoirien : « affaire de papiers« . En la matière, le Portugal n’est pas plus flexible que ses voisins européens, même s’il faut savoir raison gardée et nuancer les choses. Se régulariser, entendez avoir ses papiers, s’apparente quelques fois à un chemin de croix. Le service de l’État qui s’occupe de la régularisation des étrangers est désigné par l’acronyme Serviço de Estrangeiros e Fronteiras (SEF) ou Service des Étrangers et des Frontières. Les agents de ce service ont quelques fois un air condescendant et traitent les demandeurs comme des moins que rien. Une situation humiliante et dégradante. Lorsqu’un individu y a rendez-vous, il doit s’armer de patience et mettre son bouclier de courage pour ne pas s’emporter. Les péripéties vécues par certaines personnes peuvent faire l’objet d’un autre article. D’ailleurs à ce niveau il y a une discrépance entre les ressortissants lusophones et les autres communautés. Les lusophones bénéficient d’un traitement particulier, sûrement dû à leur histoire commune et aussi aux accords qu’ils ont signé avec le Portugal. A cet effet, la communauté ivoirienne a fait part de cette situation à l’ambassadeur qui a entamé des démarches afin d’alléger les coûts de la carte de séjour. Il y a bien évidemment différents types de cartes de séjour et chaque carte dépend de la situation du demandeur. Carte de séjour pour étudiants, travailleurs, etc. Les étudiants voulant devenir travailleurs, ceux-ci sont tenus de changer la carte de séjour étudiant qu’ils ont, en carte de séjour travailleur. Lorsqu’un employeur consent à faire un contrat à un étudiant, dans la majorité des cas, les employeurs font des pré contrats pour ne pas avoir à subir les foudres du SEF puisque l’employeur ne doit employer que ceux qui ont leur titre de séjour autorisant l’exercice d’un emploi ; le SEF demande que le requérant ait un contrat en bonne et due forme. Lorsque le requérant retourne chez l’employeur, celui-ci lui rétorque qu’il a besoin du document du SEF avant de faire le contrat. C’est le serpent qui se mord la queue. Pour débrider l’écheveau de cette inextricable situation, il faut adresser un courrier au chef de cette entité. Quelques fois la situation se résout assez rapidement.

Là où le Portugal innove et est différent des autres pays, c’est la relative facilité d’acquérir la nationalité portugaise. En effet, au bout de six ans passés sur le territoire portugais avec tous les papiers le prouvant, une demande de nationalité peut être accordée à celui qui en fait la demande et s’il remplit les conditions préétablies, bien évidemment. Côté boulot, tous les Ivoiriens en ont un, donc la recherche de boulot n’est pas un grand souci. En clair, les problèmes de papier sont les plus récurrents mais une fois passée cette phase, tout est possible car les boulots foisonnent.

ÉVOLUTION DES RELATIONS CÔTE D’IVOIRE-PORTUGAL DEPUIS 2016

attoungblant.net diaspo portugal 03 ambassade ciMonsieur Koffi Fana Théodore est l’ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Portugal. Il a présenté ses lettres de créance au Président de la République d’alors, monsieur Anibal Cavaco Silva le 16 décembre 2016. Depuis lors, celui-ci multiplie les démarches pour mener à bien la mission qui lui a été confiée id es faire connaître les immenses atouts de la Côte d’Ivoire afin de développer un partenariat économique bilatéral assez fort. Lors de son entretien avec le Président portugais, SEM Koffi Fana a évoqué avec son illustre hôte plusieurs questions d’intérêt commun au nombre desquelles, celles du retour en Côte d’Ivoire de la Compagnie aérienne TAP, la réouverture de l’Ambassade du Portugal à Abidjan afin de donner un signal fort de coopération avec les pays africains autres que lusophones. La première mission a été remplie avec brio car depuis le 17 juillet 2017 la compagnie aérienne TAP Portugal a inauguré la liaison entre Lisbonne et Abidjan, après 15 ans d’absence sur cette ligne. Un fait de haute portée économique qui facilitera les voyages et les échanges commerciaux entre les deux pays. La deuxième est en cours de réalisation. Aux acquis du tout premier ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Portugal, il faut ajouter le forum économique ivoiro-portugais qui s’est tenu à Porto en juin 2016 et aussi les partenariats entre les Universités du Minho (Braga) et l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.

RAPPORT DES IVOIRIENS ET LEUR AMBASSADE

Dès sa prise de fonction, il a tenu à rencontrer tous les ivoiriens vivant au Portugal pour leur annoncer qu’ils ont désormais une maison commune qui est l’ambassade. A cet effet, en date du 27 février les Ivoiriens se sont donc retrouvés pour la première fois au sein de leur ambassade. L’émotion était vive et la fête fût belle. L’ambassadeur a informé les Ivoiriens à chaque évènement majeur. Ce fût le cas lors de l’inauguration officielle de l’ambassade par SEM Daniel Kablan Duncan, le 22 juin 2016. Les Ivoiriens furent conviés le 6 août dernier lors d’un déjeuner offert par l’ambassadeur pour la commémoration des festivités de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ; déjeuner pendant lequel il nous a annoncés le séjour prochain du Président de la République, SEM Alassane Dramane Ouattara les 11, 12 et 13 septembre prochain. Cette visite d’État est placée sous le sceau de la coopération économique pour confirmer les bons rapports qu’entretiennent les deux pays.

L’ambassadeur a instruit le consul, monsieur Assémian, de s’enquérir des nouvelles de tous les Ivoiriens vivant sur le territoire portugais. Ce dernier a entrepris des visites dans les différentes villes pour échanger avec ses compatriotes et connaître leur réelle situation. Une mission louable ! Des cartes consulaires ont été établies pour tous les Ivoiriens résident au Portugal. Le seul bémol c’est que l’ambassade n’a pas encore les moyens suffisants pour établir les passeports sur place, ce qui fait que les Ivoiriens vivant au Portugal sont obligés de se rendre en Espagne ou en France pour établir leur passeport.

Somme toute, les Ivoiriens résidant au Portugal vivent en phase avec les règles du pays d’accueil, tous ou presque ont un emploi. Hormis les soucis administratifs inhérents à la vie d’un immigré, les Ivoiriens font tout pour être bien vus. SEM Daniel Kablan Duncan les a même félicités pour leur comportement jusque-là irréprochable. Le rapport que les Ivoiriens entretiennent avec l’ambassade est des plus fraternels et cordiaux.

Par Eliyôh, Notre correspondant au Portugal

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