LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (9ème Partie)

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II. LES FEMMES AFRICAINES AUJOURD’HUI

2.3. VERS L’ÉGALITÉ

En 1998, Lagunas Gimeno faisait la remarque suivante en décrivant la société espagnole: « Elles sont encore très nombreuses les femmes qui éduquent leurs enfants mâles pour qu’ils étudient et travaillent afin de s’occuper de la famille, et leurs filles dans la perspective d’un « bon mariage ». De plus en plus de femmes sont conscientes de la nécessité d’exercer un travail rémunéré, non seulement comme moyen d’avoir une indépendance économique, mais aussi parce que le travail […] leur permet d’avoir leur propre vie. »

LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 07)

L’Espagne était alors en pleine restauration démocratique vingt-trois ans après la mort de Francisco Franco en 1975 et presque quatre décennies de dictature. Environ deux autres décennies plus tard, la société espagnole continue sa marche vers l’égalité du genre quoique du chemin a été fait en la matière. L’Espagne figure au 25ème rang (avec 0.742 point) dans le classement établi en 2015 par le Global Gender Gap Report.

Le Global Gender Gap Report existe depuis 2006 grâce au Forum Économique Mondial, en vue d’observer le niveau d’inégalité hommes-femmes dans les différents pays du monde et d’établir des rapports annuels. Dans son Rapport 2015, et en prenant l’Espagne comme référence, quatre pays africains s’illustrent positivement : le Rwanda en sixième position (avec 0.794 point), la Namibie en seizième position (avec 0.760), l’Afrique du Sud au rang suivant (avec 0.759) et le Burundi au rang 23 (avec 0.748). Dans leur méthodologie de recherche, les auteurs du rapport examinent quatre principales variables: la participation économique, l’accès à l’éducation scolaire, la représentation politique, la santé et l’espérance de vie.

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Sur l’échelle d’évaluation du Global Gender Gap Report, la plus forte note est 1 (égalité) et la plus faible est 0 (inégalité). Sur un total de 145 pays examinés, le mieux classé, l’Islande, a obtenu la note de 0.881; et le plus mal classé, le Yémen, 0.484. Il s’en déduit, avant tout, que l’égalité parfaite entre hommes et femmes n’existe pour le moment nulle part dans le monde; tous les pays sont en marche vers l’égalité totale et, naturellement, certains sont plus près de l’atteindre que d’autres parce qu’ils ont sans doute pris le chemin des décennies ou des siècles auparavant.

En Afrique en particulier, les succès sont aussi importants que les défis. Dans divers domaines la femme est encore absente, invisible à l’œil nu, elle ne possède aucune parcelle de terre ni de pouvoir. Il s’agit, entre autres, du mariage, de l’accès à l’éducation, de l’emploi et du revenu; de la participation à la prise de décisions; de l’accès à la santé, y compris la santé reproductive et sexuelle; de l’accès à la terre, à l’eau, aux crédits et micro-crédits (Mballo, 2014). Une analyse globale de la situation, à partir du rapport plus haut cité, permet de voir clairement que sur cette thématique de l’égalité du genre, l’espérance monte du sud vers le nord du continent. Peut-être pour des raisons sociologiques, sans doute du fait d’un plus grand activisme des ONG et des associations féministes dans la région et d’une volonté politique plus forte ; certainement à cause de la religion.

Concrètement, onze des premiers douze pays africains dans le Global Gender Gap Report 2015 se trouvent dans la partie australe du continent, la ligne de démarcation se situant au niveau de l’Ouganda et du Kenya. Le Ghana, le mieux classé des États d’Afrique occidentale, occupe le rang numéro 63 avec 0.704 point. Pour l’Afrique du nord c’est la Mauritanie au rang 120 avec une note de 0.646.

L’alphabétisation et l’éducation sont la clé et le principal catalyseur de la promotion du genre. Heureusement, même si le taux de scolarisation féminin est toujours plus bas que celui des garçons (Mutume, 2005; Fernández, 2011), la disparité entre filles et garçons en la matière a diminué dans de nombreux pays en ce qui concerne l’enseignement primaire. Il faut obtenir les mêmes résultats dans le secondaire et reformer les programmes éducatifs qui orientent les filles vers des activités spécifiques et les garçons vers d’autres. Par ailleurs, la modification de la législation dans divers domaines, depuis le droit à la propriété jusqu’à la liberté de mouvements, commence à rendre beaucoup de choses possibles. Il convient maintenant de faire en sorte que ces droits soient respectés dans la pratique et qu’ils facilitent l’accès des femmes à la justice pour mieux les défendre (Goldstein, 2012).

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Ainsi que le regrette Ndiobo Mballo (2014), les inégalités continuent d’être préoccupantes malgré la prises de nombreuses lois et l’adhésion d’un grand nombre d’États à la majorité des conventions internationales de promotion des femmes, qui a même permis à certains pays africains d’inscrire la prise en compte de la femme dans leurs constitutions. On vote des lois et beaucoup de pays ratifient les conventions internationales, mais le poids de la réalité continue de s’imposer : la lutte entre les coutumes et le droit fragilise toujours la femme et empêche la réalisation effective de l’équité et de l’égalité du genre, d’où le paradoxe criant d’un contexte national et international favorable pour les femmes et, malgré cela, la persistance de pratiques qui bloquent ou retardent encore son autonomisation.

Dans tous les cas, la situation au Rwanda et au Burundi démontre très clairement que les États et les sociétés africains sont capables aussi de mieux valoriser le rôle de leurs femmes et de créer des cadres législatifs plus favorables pour leur promotion et leur plus grande participation à la vie politique, économique et sociale.

Tenez, en nous référant à  Daniel Fernández (2011) et Markus Goldstein (2012), le Rwanda est le pays détenant la plus grande proportion de parlementaires femmes au monde ; les femmes participent plus à l’activité économique en Afrique que dans la majeure partie des régions du monde avec 61% d’entre elles dans la population active du continent, et en étant responsables de 60 à 80% de la production de vivres dans des pays tels que la Côte d’Ivoire ; dans certains secteurs de l’économie, la disparité de genre est moindre que dans d’autres parties de la planète.

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De l’avis de Ndiobo Mballo (2014), en Afrique occidentale et d’autres régions du continent où les changements sont plus lents, le combat doit tenir compte à la fois des nécessités pratiques et des intérêts stratégiques du genre. Il entend par nécessités pratiques les tâches domestiques, l’amélioration et la diversification des sources de revenus, les services de santé maternelle et l’exercice d’emplois. Quant aux intérêts stratégiques, ils se manifestent sur le long terme et revêtent des aspects non seulement économiques mais aussi socioculturels: l’égalité, la liberté, la politique, le droit à la propriété et à l’héritage, l’élimination de toutes les formes de discrimination, de toutes les institutions qui décident de la mutilation génitale, du mariage précoce dans les villages, l’abolition de la répartition discriminatoire des tâches domestiques et la promotion de la liberté du choix en matière de procréation.

Si la clé est la scolarisation et l’éducation, c’est parce que les obstacles les plus sérieux à l’égalité du genre, tant en Afrique qu’ailleurs dans le monde, sont de type socioculturel, tout ce que j’ai appelé dès le début de mes réflexions les traits psychologiques et idéologiques des sociétés traditionnelles profondément intériorisés par les personnes des deux sexes et qui continuent d’influencer la distribution des tâches et des rôles dans nos sociétés, les relations entre hommes et femmes dans et en dehors du foyer, les comportements des citoyens, les décisions prises dans nos administrations et institutions et les politiques publiques des États.

Si bien qu’on le veuille ou non, dans la lutte contre toutes les formes de discrimination du genre, il faudra aussi compter sur le coup de main de dame nature à travers le renouvellement des générations.

C’est une merveilleuse coïncidence qu’au moment où j’écris ces lignes ma mère, un peu malade, soit chez moi, tout comme ma grande sœur pour, en l’absence de mon épouse, mieux s’occuper d’elle. Ma belle-mère était aussi là pendant tout un mois à la naissance de Widotchie, ma deuxième fille. Parce que cela m’interpelle beaucoup que ma mère, qui a bientôt 80 ans, et ma belle-mère qui n’est plus très jeune maintenant, se gênent tellement en me voyant donner un petit coup de main à la cuisine, balayer la cour, laver la vaisselle ou faire un peu de lessive. Ce que fait alors ma mère, au cas où Emma est absente quand cela se produit, c’est de lui en parler lorsqu’elle est de retour à la maison: « Tu sais ce que ton frère a fait aujourd’hui? Eh bien, il a lavé les assiettes… ou il a lavé le linge. »

Quant à ma belle-mère, elle courait quasiment pour prendre ma place et je devais parfois insister pour qu’elle me laisse faire. Parce que dans la mentalité traditionnelle africaine, la cuisine, la vaisselle, le linge et l’eau sont affaires de femmes et c’est presqu’un sacrilège de voir un homme s’y mettre. Il s’expose en plus à la risée de toute la communauté » (Zadi, 2010: 131). En revanche, cela ne dérange pas vraiment mon épouse et j’espère de tout cœur que cela dérangera encore moins voire pas du tout nos deux filles dans la Côte d’Ivoire et l’Afrique de demain.

Cuisiner, nettoyer la cour ou la maison, laver la vaisselle ou le linge ne coûtent rien à l’homme ni en dignité ni en virilité. Cela permet plutôt d’alléger un tant soit peu les tâches multiples de la femme dans le foyer.

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À la fin des années 2012, le parlement ivoirien a modifié la loi sur le mariage en abrogeant le rôle de « chef de famille » assigné anciennement au seul homme en vue d’instaurer une égalité parfaite entre les conjoints dans la gestion quotidienne et les dépenses du foyer. Les débats avaient été longs et houleux dans l’hémicycle et dans la société pendant et après l’adoption de la nouvelle loi. Pour beaucoup dans la société ivoirienne, hommes comme femmes, par pragmatisme, pour des raisons socioculturelles et/ou pour des motivations religieuses, la nouvelle loi est inopérante. Si les femmes l’avaient accueilli au tout début avec un certain soulagement et enthousiasme en se voyant réhabilitées par elle, elles durent déchanter très vite du fait de la disposition selon laquelle conjointement responsables de la famille, les deux conjoints doivent contribuer aux dépenses du foyer proportionnellement à leurs revenus.

Il faut en déduire qu’un changement de mentalité chez la femme elle-même est nécessaire pour que nous avancions tous rapidement dans notre marche commune vers plus d’égalité.

La société traditionnelle, en faisant de l’homme « l’unique chef de la famille », l’obligeait aussi à supporter seul la majeure partie des charges économiques générées par le foyer. Habituées à cette situation plutôt commode, beaucoup de femmes africaines, des plus traditionnelles aux plus modernes, préfèrent que le mari continue de jouer ce rôle et de les entretenir effectivement ou, tout au moins, symboliquement. Même quand elles ont les moyens de le faire elles-mêmes. Leur argent sert alors plus pour leurs dépenses personnelles. Si vous invitez une bonne Africaine dans un restaurant et la laisser payer sa consommation, soyez sûr, au cas où vous en seriez amoureux, que vous serez éconduit. Ce conditionnement psychologique dû à la vision traditionnelle de la relation entre les deux sexes explique, en outre, que l’homme africain soit très gêné de voir une femme qu’il a invitée payer la facture.

Tant et si bien que c’est dans les sphères privées de la vie sociale telles que le mariage que l’égalité du genre nous demandera le plus d’effort personnel et collectif.

En même temps, en dépit de ce qui précède, le succès dans ce domaine dépend des réussites dans les sphères économiques et politiques, parce que si la femme peut accéder aux mêmes métiers et gagner autant que l’homme, si elle peut hériter et posséder la terre; alors sa voix peut être entendue et compter dans les décisions du foyer, dès lors que disparaîtront en même temps le sentiment et la situation d’infériorité qui la relèguent à un second plan s’ils ne la rendent pas totalement vulnérable et invisible. Il est bien connu que celui qui paie décide ; c’est une réalité dans les relations entre les Êtas mais aussi dans les relations interpersonnelles. C’est en la dépouillant de tout que les coutumes et traditions ont subordonné le destin de la femme au bon vouloir de l’homme; une condition de son autonomisation est donc la réhabilitation de tous ses droits humains, ce qui inclut, entre autres, la possession de terres et de richesses, le libre accès au marché de l’emploi, la liberté de mouvements, le pouvoir de donner son avis et de décider sur tout ce qui touche directement à son intégrité physique et morale.

Suite: LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 09)

Par Djandué Bi Drombé

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