LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (8ème Partie)

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II. LES FEMMES AFRICAINES AUJOURD’HUI

2.2. ELLES PEUVENT TOUT…

Vouloir c’est pouvoir et qui veut beaucoup peut autant. La volonté « confère à nos vies un caractère, un style de fermeté dans la conduite de nos décisions » (Mariscal, 2008: 140). Le rôle que joue la femme dans la société et son statut de mère lui donnent un grand pouvoir. Ce pouvoir, autrefois limité et contrôlé par la coutume et la famille, s’il n’est pas encore totalement libéré pour exprimer tout son potentiel sur le continent, est au moins de plus en plus visible et audible (Esteso, 2007). Car les femmes sont en train de prendre conscience qu’elles peuvent décider de leur avenir et l’homme ne pourra que respecter cet état de fait (Giner Abati, 2007). Le principal obstacle à vaincre reste le taux d’analphabétisme féminin encore très élevé dans la majorité des pays africains.

LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 06)

Selon le site web enfemenino, quatre des pires États au monde pour les femmes sont africains. Il s’agit du Maroc, avec 76% de la population masculine alphabétisée contre seulement 58% pour la frange féminine ; la Côte d’Ivoire, qui détient l’un des plus bas taux de scolarisation au monde et où seulement 56% des filles accèdent à l’école primaire et 14% au secondaire; le Mali, l’un des rares pays au monde où l’espérance de vie des femmes est inférieure à celle des hommes, avec une moyenne de 48 ans ; le Tchad, avec un taux d’alphabétisation bas : seulement 28% des femmes savent lire et à peine 55% des filles accèdent à l’école primaire. C’est la bouteille à moitié vide.

Mais il n’y a pas de quoi désespérer. À en croire Leila Loupis (2002) de l’Institut de statistiques de l’Unesco, l’évolution de l’alphabétisation des femmes est particulièrement encourageante. Bien qu’à l’échelle mondiale elles représentent toujours les deux tiers des adultes analphabètes, elles accèdent à l’éducation et à l’alphabétisation à un rythme plus soutenu que les hommes sur tous les continents. L’institut souligne qu’en 2002 la proportion d’analphabètes parmi les femmes de quinze ans et plus a diminué de 28,5 à 25,8%. Le changement  est plus visible en Afrique où ce pourcentage a baissé de 6,4 points, soit de 57,2 à 49,2%. En d’autres termes, pour la première fois de son histoire, le continent compte une majorité de femmes alphabétisées.

S’ajoutent à cela d’autres facteurs objectifs liés au poids démographique et à l’espérance de vie des femmes en Afrique. Sur le premier, les Nations Unies soulignent qu’en 2014, même si la fécondité a diminué aussi sur le continent, cette baisse s’est produite à partir d’un niveau initial plus élevé et a été plus lent que dans d’autres grandes régions. Ainsi, cette année-là, le taux africain de fécondité était le plus élevé au monde. Selon Manfredi, la population africaine dans son ensemble compte 51,2% de femmes et 48,8% d’hommes, soit 14,7% de la population féminine du Tiers Monde et 10,8% de la population féminine mondiale.

Qu’aucun macho malintentionné ne voit dans ces chiffres une justification arithmétique de la polygamie sur le continent ; soit dit en passant.

Concernant l’espérance de vie, cela faisait un moment que je m’étais personnellement rendu compte, en observant la réalité sociale autour de moi, qu’il y a plus de veuves que de veufs. J’en avais déduit que les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Dieu sait sans doute pourquoi. Mais si c’est aussi à cause de ce à quoi je pense en ce moment, je crains fort que la situation aille de mal en pis… Trêve de plaisanteries ! En 2011, l’espérance de vie des femmes en Afrique était de 60,6 ans contre 57,4 pour les hommes. Pas étonnant que cette donnée essentielle figure au nombre des « quinze choses que seules nous les femmes pouvons faire », selon le même site web enfemenino. En traduisant de l’espagnol, ces quinze choses sont les suivantes:

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  1. Nous pouvons être mères;
  2. Nous avons nos infaillibles « armes de femme »;
  3. Nous sommes capables de tout comprendre sans savoir besoin d’un contexte;
  4. Nous sommes plus qu’un titre universitaire;
  5. Nous pouvons porter des talons;
  6. Les femmes vivent plus longtemps…;
  7. Les femmes sont meilleures communicatrices;
  8. Nous avons un fort instinct maternel;
  9. Nos looks et nos accessoires sont infinis;
  10. Nous ne perdons pas le contact avec nos sentiments;
  11. Nous sommes multifonctions;
  12. Les artistes s’inspirent de nous. Nous sommes leurs muses;
  13. Teindre ses cheveux est très normal chez nous;
  14. Beaucoup parmi les meilleurs personnages de fiction sont des femmes;
  15. Nous conduisons mieux.

Je passe sous silence les commentaires de l’auteure sur chaque compétence. Mais pour revenir au point six en particulier, elle explique qu’une étude réalisée par une université du sud de la Californie révèle que les femmes vivent plus longtemps que les hommes depuis le XXe siècle. Grâce notamment à l’amélioration des traitements des maladies infectieuses et à une meilleure alimentation, la femme a augmenté son espérance de vie pendant que les hommes âgés de 50 à 70 ans sont plus exposés aux maladies du cœur. La situation en Afrique confirme ces conclusions, au moins en ce qui concerne les femmes.

Il ressort de tout ce qui précède que la première force des femmes est leur nombre. L’union fait la force et j’ai envie de crier, en paraphrasant Karl Marx : « Femmes africaines de tous les pays, unissez-vous! »

Parce que leur alphabétisation croissante et la progressive démocratisation de nos Étals sont en train de leur offrir une opportunité historique et une scène politique plus favorables que jamais. Partout sur le continent, l’avantage numérique féminin est en train de se transformer en force politique et démocratique pour leur permettre d’accéder à des postes importants de prise de décisions, à partir desquels elles peuvent influencer davantage et impulser les changements en faveur de la promotion du genre.

De plus en plus actives sur le front politique, elles le sont aussi sur le terrain économique. La candidate aux élections présidentielles américaines, Hilary Clinton, affirmait en 2011 à Addis-Abeba que: « Dans le monde actuel les femmes africaines sont celles qui travaillent le plus, mais que leur travail n’est pas intégré dans l’économie formelle » (Ngale, 2015).

Championnes incontestées de l’économie informelle en effet, les femmes africaines ont entrepris ces dernières années des actions en vue d’apporter de la valeur ajoutée à leurs activités, en en est soustrayant certaines de la précarité, la solitude et la vulnérabilité du secteur informel.

Les groupements et associations se sont multipliés aussi bien dans les villes que dans les campagnes pour permettre aux femmes de mieux s’organiser, s’affirmer. De nos jours, de nombreuses femmes exercent des travaux rémunérés dans le secteur privé ou dans la fonction publique.

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Dans les différents pays, elles sont en train d’intégrer des professions naguère exclusivement réservées aux hommes, comme c’est le cas de la police, de l’armée ou du transport. Bien que leur présence y soit encore insignifiante du point vue numérique, elle représente un symbole fort et un motif d’espoir dès lors qu’elle ouvre de nouvelles voies vers l’émancipation, l’égalité et le futur.

Les femmes africaines sont en train de démontrer qu’elles peuvent travailler dans le foyer et en dehors. Et même en sortant pour travailler comme leurs maris, elles n’ont pas abandonné, pour beaucoup, les tâches domestiques, bien au contraire. Là-bas aussi, chaque jour, elles remportent des victoires qui font avancer des familles entières. Aujourd’hui en Afrique, de nombreuses femmes sont chefs de familles; elles élèvent et éduquent seules des enfants à qui le père n’a souvent rien donner d’autre à part le nom, comme si un nom suffisait pour faire un Homme.  Et comme cela est habituel sur le continent, elles doivent aussi donner un coup de main aux frères, à la nièce ou au cousin.

Pour être ce que je suis aujourd’hui, j’ai dû bénéficier de l’assistance permanente de la grande sœur qui vivait depuis des années à Abidjan et qui m’avait donc accueilli chez elle au début de mon cursus universitaire. Emma n’avait pas eu beaucoup de réussite dans les études ni dans le mariage.

Grace à son modeste commerce de revendeuse de pains, elle me donna le gîte et le couvert, elle m’assurait mensuellement la carte de bus et le matériel nécessaire pour étudier. Elle m’a soutenu jusqu’à ce que je sois capable de voler de mes propres ailes. En cherchant mon chemin vers le destin, je me souviens qu’elle avait payé pour que j’aie le tout premier passeport de ma vie. Si bien que ce que maman avait commencé avec bravoure au village, elle le termina avec bravoure en ville.

La maison dans laquelle vit notre mère en ce moment, et qui nous accueille quand nous sommes de passage au village, est la troisième qu’elle construit de sa main et de sa poche. Une grande maison de deux salons et sept chambres, une pour chaque enfant. Cela suscite aussi l’admiration dans le village et lui vaut le respect et la considération de beaucoup. Ne parlons pas ici des jaloux et des aigris, pour l’hygiène de nos propos. Car dans les sociétés africaines en général, une femme n’a pas de maison à elle. Si elle ne vit pas chez ses Parents, elle vit chez son mari. Aujourd’hui, cependant, tant en campagnes que dans les villes, mais plus ici que là-bas, qu’une femme construise une maison par ses propres moyens est devenu aussi banale qu’une banane ou que manger de l’attiéké en Côte d’Ivoire. Définitivement, sur ce continent aussi, nous sommes en marche vers l’égalité.

Suite: LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 08)

Par Djandué Bi Drombé

 

 

 

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