LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (7ème Partie)

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II. LES FEMMES AFRICAINES AUJOURD’HUI

2.1. LA FEMME LE VEUT-ELLE? EH BIEN, DIEU AUSSI !

Une fois impulsé par les transformations dans les conditions existentielles des personnes, le changement des mentalités, en toute logique dialectique, propulse à son tour l’évolution des sociétés et c’est lui qui, en dernier ressort, favorise son développement postérieur. En ce sens, le fait de penser et affirmer aujourd’hui qu’une femme peut obtenir tout ce qu’elle veut ou désire, devrait être perçu comme un pas important quant à l’image qu’on a d’elle dans nos sociétés ainsi que du rôle qu’on attend qu’elle y joue dorénavant.

LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 05)

Pas que l’adage « Ce que femme veut Dieu le veut » soit si nouveau que cela. Il remonte au XIXe siècle, utilisé par des écrivains français tels qu’Alfred de Musset (1838) ou Charles Deulin (1868). Ce qui est nouveau, et qui motive ce chapitre dans notre réflexion sur les femmes africaines c’est que si vous êtes de passage à Abidjan et que vous y séjourner plus d’une semaine, vous pourrez difficilement retourner chez vous sans entendre cela de la bouche de quelqu’un. Il était devenu si populaire que le Groupe Espoir 2000 l’avait repris dans son morceau « Calculeuses » de l’album Gloire à Dieu en 2006.

Même quand le groupe chante que « Ce que femme veut Dieu veut, ce que Dieu veut femme s’en fout », d’après le ton critique qu’il adopte habituellement pour stigmatiser certains comportements de la gente féminine en Côte d’Ivoire, il convient ici de voir la bouteille à moitié pleine. Après les indépendances dans les différents pays africains, « les élites féminines n’ont cessé de lutter pour faire voter des lois modernes supprimant le mariage forcé ou précoce et exigeant que ces lois soient réellement appliquées » (Esteso, 2007). Elles l’ont voulu et sont en train d’y parvenir progressivement.

À cette même époque, soit deux décennies après les indépendances, dans un village de Côte d’Ivoire, une paysanne analphabète a tellement désiré qu’aucun de ses enfants ne reste sans savoir lire et écrire qu’elle a investi toute sa jeunesse dans la culture de la terre pour parvenir à ses fins. Elle n’avait cesse de nous répéter : « Moi je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école ; je ne veux pas que vous viviez dans l’obscurité comme moi. » Et il en fut ainsi. Quatre filles et trois garçons à sa charge, tous scolarisés. Chacun a pu arriver jusqu’où le lui ont permis ses capacités naturelles. Si elle avait eu plus de moyens, il est certain que nous ne serions pas seulement deux à avoir aujourd’hui un travail et un salaire, parce qu’elle aurait payé pour que Patricia et Hippolyte, qui avaient aussi montré de bonnes dispositions pour les études, aient une seconde chance. Mais à l’impossible nul n’est tenu.

En affirmant que « Ce que femme veut Dieu veut », il y a dans l’esprit des Ivoiriens en général, et dans celui de votre serviteur en particulier, si nous pénétrons le subconscient collectif et individuel africain, l’idée fondamentale que la maternité est supérieure à la paternité.

Et pas nécessairement quand le père a failli ou échoué dans l’accomplissement de ses responsabilités ; et même quand, pour une raison ou une autre, la génitrice a failli ou échoué dans son rôle de mère. Dans les conditions familiales normales ou non, l’individu doit toujours plus à sa mère qu’à son père, au moins parce que c’est elle qui l’a porté dans ses entrailles pendant neuf mois ou plus, lui a donné la vie, le lait, l’a nettoyé, etc.

En 1953 l’écrivain Camara Laye, originaire de Guinée Conakry, publie son premier roman L’Enfant noir. L’introduction du livre est un hommage à sa mère qui résume et traduit parfaitement ce qui précède. En le reprenant ici dans son intégralité, j’entends partager avec le romancier cet hommage si mérité aux mères et aux femmes africaines de tous les pays et de tous les temps: 

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À MA MÈRE

Femme noire, femme africaine,

Ô toi ma mère, je pense à toi…

Ô Daman, ô ma Mère,

Toi qui me portas sur le dos,

Toi qui m’allaitas, toi qui gouvernas mes premiers pas,

Toi qui la première m’ouvris les yeux aux prodiges de la terre,

Je pense à toi…

Ô toi Daman, Ô ma mère,

Toi qui essuyas mes larmes,

Toi qui me réjouissais le cœur,

Toi qui, patiemment, supportais mes caprices,

Comme j’aimerais encore être près de toi,

Être enfant près de toi !

Femme simple, femme de la résignation,

Ô toi ma mère, je pense à toi.

Ô Daman, Daman de la grande famille des forgerons,

Ma pensée toujours se tourne vers toi,

La tienne à chaque pas m’accompagne,

Ô Daman, ma mère,

Comme j’aimerais encore être dans ta chaleur,

Être enfant près de toi…

Femme noire, femme africaine,

Ô toi ma mère,

Merci, merci pour tout ce que tu fis pour moi,

Ton fils si loin, si près de toi.

Femme des champs, femme des rivières

Femme du grand fleuve, ô toi, ma mère je pense à toi

Pour cette raison, et particulièrement pour sa progéniture, la bénédiction de la mère est considérée comme la clé qui ouvre la porte de la réussite et du futur. Le respect à la mère qui, paradoxalement, n’a pas toujours poussé à respecter la femme en général ni à reconnaitre ou à mieux valoriser son rôle dans les sociétés africaines, est déjà en soi une prière à Dieu.

Parce que si la vie vient de Dieu, c’est toujours par la femme qu’elle passe pour arriver sur la terre des hommes. Co-créatrice avec le Créateur de l’Univers, puissante à côté du Tout-puissant, la femme est la mère de l’humanité. L’Église catholique romaine le symbolise très bien par l’image de la Vierge Marie: « La femme est même la mère de Dieu. »

Il faut souligner qu’en dépit de tout ce que nous avons exposé plus haut, l’adage fait référence à toutes les femmes en réalité, qu’elles soient mères o pas, mettant ainsi en relief, d’une certaine façon, non seulement leur énorme pouvoir de séduction et de persuasion sur les hommes, mais aussi leur meilleure capacité de communication.

Beaucoup de choses qu’un homme n’accepterait ou ne ferait pour rien au monde, il les ferait pour une femme, oubliant ses propres principes. Une femme le fait bien remarquer en parlant de leur « infaillibles armes de femme »: « Il n’y a rien ni personne qui puisse nous résister si nous voulons quelque chose. Il nous suffit de nous fixer un objectif et le reste coule de source. » Depuis l’antiquité jusqu’à notre ère, par les traditions orales, les littératures ou le cinéma, de nombreuses légendes ou récits racontent des histoires d’hommes ayant abandonné tout ou affronté des royaumes entiers, des dangers terribles ou relevé des défis extraordinaires pour une femme. 

L’ère de l’information et de la communication dans l’actuel monde globalisé pousse aussi les sociétés africaines modernes à plus donner la parole aux femmes pour exercer pour leur propre bien et pour le bien de tous cette prédisposition naturelle pour la communication, capacité que la société traditionnelle empêchait généralement qu’elles développent en leur imposant des barrières culturelles. Révolu le temps du silence résigné, les femmes africaines parlent de plus en plus et expriment leur volonté et leurs désirs. Parallèlement, leur rôle social se renforce et se diversifie avec la chute des murs asphyxiants du foyer.

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La femme le veut-elle? Eh bien, Dieu aussi et, pourquoi pas, beaucoup dans la société. D’où l’irruption des femmes africaines, ces dernières années, dans le secteur du marketing en général et, en particulier, celui de la publicité, de la mode. Leur image est plus attractive, ce qui fait qu’elles savent mieux vendre et faire vendre. On l’associe à presque tous les produits sur les écrans et les affiches : véhicules, boissons, aliments, vêtements, etc. Tant et si bien que, revers de la médaille, la femme tend à devenir un produit de consommation parmi d’autres au gré du capitalisme sans pitié et sans pudeur.

Pour finir de la meilleure façon, l’adage qui s’est généralisé dans les années 2000 dans la capitale économique de Côte d’Ivoire, vient renforcer l’idée que la situation de et le rôle des femmes africaines dans leur société changeront si elles-mêmes le veulent et le désirent fortement, parce que vouloir est le premier pas à faire pour pouvoir.

Personne ne peut avoir entre les mains la clé du succès de beaucoup sans avoir aussi la clé de son propre succès. Habituées à « risquer ce qu’elles sont pour ce qu’elles peuvent être », « elles peuvent arriver loin, atteindre les étoiles, faire de leurs rêves des réalités; elles peuvent voler haut sur les ailes de la foi… », pour le dire avec les mots de Gloria Estefan y Voces unidas (Traduit de l’espagnol).

Suite: LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 07)

Par Djandué Bi Drombé

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