LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (5ème Partie)

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I. LES FEMMES AFRICAINES HIER

1.3. SE MARIER OU NE PAS SE MARIER, TELLE EST QUESTION !

Si la finalité est la maternité, le moyen doit être le mariage. Le respect et la considération que confère la maternité à la femme sont plus effectifs si les enfants naissent et grandissent au sein d’un foyer. Le mariage en vient à être considéré comme la voie royale vers la maternité. Ainsi, dans une société qui absorbe l’individu et subordonne ses intérêts à ceux de la collectivité, le mariage est moins une union entre deux personnes qu’une alliance entre deux familles, deux clans.

LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 03)

Un bémol tout de même avant de poursuivre. Bien que l’homme et la femme ne jouissent pas des mêmes privilèges dans le foyer, le mariage confère aussi au premier la maturité sociale nécessaire pour être jugé digne de prendre part aux assemblées ou se prennent les grandes décisions pour la vie de la communauté. De fait, « il y a des secteurs de la vie humaine que seule la femme » peut combler et, pour l’homme africain, « il manque quelque chose à celui qui n’est pas marié » (Mbiti, 2012).

Comme le souligne Zadi Kessy (2010: 131), intellectuel et homme politique ivoirien, la répartition des tâches est si rigide qu’« un homme sans femme ne peut subsister en Afrique ».

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Il faut sans doute y trouver une explication de l’institution du mariage forcé dans de nombreuses sociétés. Dans toutes les langues et cultures du continent, il existe au moins un proverbe pour traduire cette nécessité vitale pour l’homme de se marier. Chez les Gouro du centre-ouest de la Côte d’Ivoire, par exemple, on dit « mieux vaut une vilaine femme que pas de femme du tout ».  

L’inégalité de droits entre l’homme et la femme devant l’institution du mariage est visible avant, pendant et après la vie de couple. On peut même y voir la raison d’être de l’excision. De la même façon qu’on interdit à la femme le plaisir du rapport sexuel pour qu’elle n’ait droit qu’à la douleur de l’accouchement, cela n’intéresse personne dans la société traditionnelle qu’elle soit amoureuse avant de se marier. Le choix du compagnon revient à la famille, qui regarde plus à ses propres intérêts qu’à ceux de la future épouse (Llara, 2010). Elle apprendra à l’aimer une fois mariée.

Le devoir de se marier et de faire des enfants est supérieur au droit d’aimer et d’avoir du plaisir sexuel.

Ainsi, pendant longtemps, des coutumes et des traditions telles que le mariage forcé, le mariage précoce, le sororat ou le lévirat ont maintenu les femmes dans une condition d’infériorité et favorisé leur exploitation (Esteso, 2007). Le lévirat est une pratique qui veut que le frère d’un défunt épouse sa veuve. Ma grand-mère maternelle, par exemple, avait dû épouser en secondes noces le petit-frère de son mari décédé. Et c’est ainsi que ma mère vint au monde. Son père lui donna pour cela le nom de son défunt grand-frère, Gbalébou, pour faire d’elle une Gonézié, c’est-à-dire l’homonyme d’un homme en langue gouro.

L’urgence biologique et la nécessité sociale pour l’homme d’avoir une femme et de fonder une famille ont favorisé l’émergence d’une sorte de sale commerce autour du mariage à travers les abus liés parfois à la dot. Quand le mariage échoue, la gestion a posteriori de la dot, au moins chez les Gouro traditionnellement, se fait souvent en faveur de l’homme. Si c’est la femme qui décide de partir, il revient à son père ou à qui de droit de rendre la dot, ou à la femme elle-même si elle n’a pas le consentement des siens. À moins de divorcer pour aller se remarier, auquel cas il incombe au nouveau mari de rembourser la dot de l’ancien. Si l’initiative du divorce vient de l’homme, celui-ci peut réclamer sa dot ou non.

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On comprend à la lumière de tout ce qui précède pourquoi la polygamie est une pratique si répandue en Afrique. Dans sa tradition et ses coutumes, insiste Zadi Kessy (2010: 127), le continent est profondément et naturellement polygame. Des pays comme le Sénégal, le Mali ou la Guinée Conakry l’ont même inclue dans leur législation. Mais légalisée ou pas, il existe dans toute l’Afrique une polygamie officielle, pleinement assumée par l’homme au nom de la religion et/ou de la tradition ; et une polygamie officieuse vécue en cachette ou en plein jour au nom de la croyance généralisée en une certaine détermination biologique du mâle à aller avec plusieurs femelles.

Dans le célèbre roman Une si longue lettre de l’écrivaine sénégalaise Mariama Bâ (1979), le personnage principal, Ramatoulaye, s’insurge contre cette pratique sociale que rien ne justifie à ses yeux:

« Ainsi donc, pour changer de ″goût″, les hommes trompent leurs épouses. J’étais offensée. Il me demandait de la compréhension. Mais comprendre quoi? La suprématie de l’instinct? Le droit à la trahison? La justification du désir de changement? Je ne pouvais être complice des instincts polygames. Alors comprendre quoi?»

Aussi bien pour ses parents que pour son mari, les coutumes et la tradition ont disposé que la femme, plus que l’homme, représente et incarne l’honneur de la famille. On lui refuse ainsi, d’une façon très habile, le droit aux instincts, à part bien sûr le noble instinct maternel. C’est toujours l’homme qui doit faire le premier pas dans une relation amoureuse; que cela vienne de la femme est très mal vu. Un homme va-t-il avec plusieurs femmes? Cela le valorise aux yeux de la société : c’est un vrai homme, un garçon pile! Une femme va-t-elle avec plusieurs hommes? C’est une prostituée! D’ailleurs, le mot « prostitué » est rarement utilisé au masculin, comme s’il avait été cousu pour n’être porté que par les femmes.

Au total, la société traditionnelle africaine, à l’image de bien d’autres de par le monde, est très masculine. Ses normes, ses lois, ses tabous, ses conceptions, sa vision du monde et de la vie favorisent plus l’homme que la femme. Elle a plus de devoirs que de droits ; lui a plus de droits que de devoirs. Si pas systématiquement dans tous les domaines de la vie, au moins dans celui du mariage et des relations entre les deux sexes. La femme elle-même constitue une composante essentielle des droits masculins.

Quand la femme est obligée de se contenter d’un seul homme, l’homme a, lui, le droit d’aller avec plusieurs femmes. La nécessité de perpétuer la lignée, le clan et l’espèce a été un prétexte à l’instrumentalisation de la féminité et à la limitation de la fonction sociale de la femme à la maternité, dans un espace tout aussi délimité : le foyer. Même si certains traits psychologiques et idéologiques de la société traditionnelle persistent de nos jours et continuent d’influencer l’organisation et le fonctionnement des sociétés modernes, les femmes africaines d’aujourd’hui se situent à des années-lumière de celles de jadis, au moins dans nos capitales et autres grandes villes.

Suite: LES FEMMES AFRICAINES HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN (Suite 05)

Par Djandué Bi Drombé

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