LES ÉPLORÉS SANS NOM

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Fredonnant un cantique dans mon lit, la sonnerie de mon téléphone capte mon attention et ma curiosité est de savoir quel nom m’indique l’écran. C’est Yotin, ma sœur aînée, elle dont les appels sont si rares, ce doit être très important.  Lorsque je raccroche, il est 14h35. Le pire s’est produit, la mort a encore frappé. Et c’est sur toi, Sékongo Tenena, que le sort est tombé. On dit que les bonnes choses ne durent pas, les bonnes personnes non plus. Toi qui as réussi à gagner ta place dans mon cœur par ton courage et ton respect.

En classe de CM2, je me souviens de toute la motivation que tu me donnais pour aspirer au travail bien fait. Dès lors, l’échec dans ma vie venait de prendre fin. Tu m’as permis de me forger un caractère. Mais ta promesse de venir nous voir pendant ces vacances-ci, tu ne l’a pas tenue ; ce n’est pas dans tes habitudes. Sans doute avais-tu besoin de vacances plus longues. Car l’homme s’use au travail mais ne jouit pas toujours de ses efforts. Tu as donc décidé de prendre du repos pour toujours. Mais tu es trop tôt parti à mon sens.

YIRE 2

Je garde et conserve cependant les valeurs que j’ai reçues de toi. La date du 06 juillet 2018 restera à jamais gravée dans mon cœur. Tu laisses derrière toi ton bout de chou. Elle sera désormais reconnue comme orpheline par la société. Ton épouse est devenue une veuve. Et moi? Quel nom me donnes-tu pour qualifier mon état et ma douleur?

Le deuil est partout un moment très douloureux pour ceux qui y passent. Il existe une variété de mots et expressions pour désigner les personnes éplorées. En français celui ou celle qui a perdu sa conjointe ou son conjoint est un « veuf » ou une « veuve ». En pays sénoufo, on dit « lagou nahou » pour désigner le veuf et « lagou tchaou » pour la veuve.

En analysant ces deux groupes de mots, il ressort que « lagou » fait allusion à celui qui a perdu un conjoint. En y ajoutant « nahou » (homme) ou « tchaou » (femme), on précise le genre de la personne concernée.

La mort d’un être affecte profondément ses enfants, car ces derniers deviennent orphelins ou orphelines. Le Sénoufo emploie le terme « tchiri » ou « tchiribile » pour dire orphelin ou petit orphelin. Ce sont des personnes qui requièrent la plus grande attention dans les moments difficiles qu’elles traversent. Et le mot « tchiri » en dit long à ce propos.

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En effet, ce mot veut aussi dire « éclore ». Comme les œufs. L’œuf représente pour le poussin une première demeure. Et tant qu’il reste dans cette coquille, à l’abri du monde extérieur, il n’a pas à craindre les rapaces ni à se préoccuper pour la nourriture. Les soucis commencent généralement dès l’éclosion. Il en va de même de l’orphelin dont la vie se trouve chamboulée au décès d’un parent, quand nous savons les traitements inhumains qui lui sont souvent infligés par les tuteurs.

En revanche, je ne connais pas de nom qui désigne un père ou une mère ayant perdu son enfant. Sans doute parce que le dernier vœu d’un parent est d’être dignement enterré par ses enfants. La situation contraire n’est jamais envisagée et c’est de loin la pire chose qui puisse arriver à un père ou une mère.

Par SÉKONGO Yiré Débora

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