LES «COUCHÉS» DE LA GASTRONOMIE IVOIRIENNE

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Tout ce qui est debout est appelé à se coucher un jour. C’est vrai pour les hommes; c’est aussi vrai pour ce qu’ils mangent, d’où les «couchés» de la gastronomie ivoirienne. Le plus célèbre d’entre tous est incontestablement le riz couché, auquel j’ai déjà consacré, pour cette raison même, un texte sur ce site. C’est aussi le plus fréquent dans nos ménages. Cela dit, entre riz couché et placali couché, beaucoup d’Ivoiriens choisiraient sans hésiter le deuxième.

En termes de popularité, en effet, le placali couché vient en deuxième position au menu de notre gastronomie traditionnelle. D’ailleurs le placali, je le préfère personnellement plutôt couché que «debout» (nouveau), lorsque l’effet de la fermentation fait dupliquer son goût et celui de la sauce qu’il accompagne. Toutes les sauces sont bonnes pour faire la recette: kopê (gombo frais), djoumgblé (gombo sec), kwlala (feuilles comestibles), etc. Mais le placali couché passe encore mieux avec la sauce graine blessée au djoumblé, que j’ai toujours considérée comme la sauce idéale pour manger le placali.

LE BAOULÉ DANS LE SECTEUR DE LA RESTAURATION EN CÔTE D’IVOIRE

Lorsque j’étais plus jeune, au village, certains matins, maman découpait en petits morceaux, la taille d’une bouchée, les restes de placali de la veille pour les plonger dans la sauce et réchauffer le tout ensemble. Il y a aussi la possibilité, pour les grandes personnes notamment, de réchauffer la sauce seule pour la manger avec le placali bien nettoyé. Dans un cas comme dans l’autre, le placali couché est d’autant plus savoureux qu’il y a assez de sauce pour le mouiller.

Pour les peuples du nord de la Côte d’Ivoire, le kabato couché vient sans doute avant le placali couché. Les rares fois où nous en consommons au sud, nous le préparons plus ou moins de la même façon que le placali couché. Même si je mange aujourd’hui le kabato à presque toutes les sauces, il m’a toujours semblé que l’arachide blessée au gombo est la sauce idéale pour cela, tant avec le kabato nouveau qu’avec son couché.

Je classerais en troisième position, pour finir, le foutou couché: banane, igname ou manioc. Mais en ce qui concerne le foutou igname couché, il pourrait venir en première position chez certains peuples de notre pays pour lesquels, du fait de la tradition, il n’y a de nourriture que l’igname. Pour le Gouro que je suis, le couché de foutou concerne plus généralement le foutou banane, que ma mère traitait parfois de la même manière que le placali couché. Il eut une époque où je raffolais du foutou manioc couché, mais elle est bien loin aujourd’hui.

Riz couché, placali couché, kabato couché et foutou couché sont la preuve savourable que, au moins dans le domaine alimentaire, nous n’avons pas attendu le réchauffement climatique pour faire du recyclage une règle, un art de vivre. Aujourd’hui plus que jamais, chaque fois que vous mangez l’un de ces «couchés» de notre gastronomie, vous aidez notre planète à rester debout.   

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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