L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (7ème Partie et Fin)

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2. L’ECO, UN FAIBLE IMPACT SUR L’INTÉGRATION ÉCONOMIQUE

L’appétence pour les devises étrangères que chaque pays exprime, compte tenu de sa structure économique, s’illustre déjà par le manque de solidarité qui se lit dans la structure de l’institution d’émission de l’ECO. La Banque Centrale de la CEDEAO sera de forme fédérale. En d’autres termes, il n’y aura pas de mise en commun des réserves de change. Ce que la France a réussi à imposer aux pays africains de la zone Franc pendant un demi-siècle, les pays africains qui veulent migrer vers l’ECO refusent de se l’imposer. Or, il y a une si grande différence entre les réserves de change des pays de la Sous-région que l’on ne voit pas l’intérêt d’une monnaie commune sans cette solidarité de départ. Le Nigeria dispose de réserves de change équivalentes à 13 mois d’exportations quand la moyenne de l’UEMOA varie de 3 à 6 mois, alors que certains pays de la zone arrivent à peine à couvrir 2 mois de leurs importations. Si le Nigeria refuse de mettre à la disposition des plus faibles sa réserve de change, comment ceux-ci pourraient-ils gérer la transition vers une économie qui réponde aux besoins des populations nigérianes ? Or cette période transitoire est nécessaire dans la migration vers une économie intégrée de la CEDEAO en adéquation avec les aspirations des populations de la zone.

Imaginons par exemple que la Côte d’Ivoire décide de transformer son agriculture pour l’orienter davantage vers la production de riz pour couvrir l’énorme besoin des populations de la CEDEAO; il lui faudra des machines. L’importation de celles-ci lui coûtera une bonne partie de ses réserves de change qui sont assurées pour l’essentiel par l’exportation de son cacao. Pendant la période de reconversion de son agriculture, il faut bien qu’elle trouve les devises nécessaires pour assouvir ses besoins d’importation et du remboursement de son énorme dette libellée elle-aussi en devises. S’il n’y a pas de solidarité forte au niveau régionale, une telle initiative du gouvernement ivoirien serait vouée à l’échec. L’idée de faire de l’ECO une force attractive vers l’intégration économique semble très peu conciliable avec la nature des économies nationales.

La conclusion que l’on peut tirer de cette analyse se présente sous forme de propositions pour rendre possible l’ECO. Celles-ci sont d’ordre purement économique et sont sans préjudice des réponses politiques qu’il faudra nécessairement apporter au défi de l’ECO. Une étape transitoire de 5 ans s’impose à la CEDEAO pour mieux préparer l’économie des pays membres à aller vers l’unification monétaire. Pendant cette période certaines mesures doivent être prises.

L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (6ème Partie)

a) Casser le lien exclusif de parité du F CFA avec l’Euro. C’est la condition première qui s’impose aux pays de l’UEMOA pour gagner la confiance des autres membres. Comme le souligne le Président Béninois, la monnaie a une dimension psychologique qui la rattache à la souveraineté. Il faut en tenir compte. Mais au-delà de sa dimension psychologique, cette rupture s’’impose aussi pour des raisons d’ordre technique. Pendant la période transitoire, l’UEMOA va servir de laboratoire expérimental pour la gestion d’une monnaie commune de façon souveraine sans l’intervention directe d’une puissance étrangère. Les aménagements techniques que l’UEMOA sera obligée d’opérer pour gérer seule sa monnaie seront de bons repères pour l’ECO.

b) Il urge de fixer un plan commun d’industrialisation de l’espace CEDEAO. Ce plan est indispensable pour diminuer la dépendance de la zone vis-à-vis de l’extérieur pour ses besoins en produits manufacturés. Ce plan ne peut réussir que s’il est fondé sur la complémentarité et non sur la compétition. Une production industrielle uniformisée étouffera le mouvement d’intégration économique. La suppression des barrières n’est pas suffisante si elle n’est pas accompagnée d’une logique intracommunautaire de la demande et de l’offre.

c) Prévoir un mécanisme de solidarité qui rend facile la transition des économies. Il est possible de créer une caisse de péréquation dans laquelle sera logée une partie des stocks de change des différents pays proportionnellement à leur capacité contributive. Cette caisse permettrait de soutenir les importations des pays membres qui font les efforts pour couvrir les besoins domestiques de l’espace commun. S’il est décidé, par exemple, que les pays du Sahel aient l’exclusivité de l’approvisionnement en protéine d’origine animale (viande de bovins, caprins, volailles), il faudra que la CEDEAO fasse front commun pour répondre aux besoins d’importations de produits manufacturés qui ne sont pas produits dans l’espace. Cette solidarité est nécessaire puisqu’en vendant en ECO le fruit de son élevage aux autres pays de la CEDEAO, ils leur font économiser des devises.

d) Il faudra cibler déjà les produits de consommation de première nécessité pour l’ensemble des populations qui sont importés et implanter des usines communautaires de fabrication desdits produits. Les médicaments, les engrais et autres pesticides, etc. peuvent bien être produits localement. L’objectif est de réduire au maximum la dépendance vis-à-vis des devises étrangères au profit de l’ECO. Le succès de l’ECO dépendra de la capacité de la CEDEAO à assurer en interne l’essentiel de ses besoins vitaux. Moins les États auront besoin de devises pour acheter les produits de première nécessité, plus l’ECO se renforcera.

e) La CEDEAO doit pouvoir utiliser ses importantes réserves de matières premières, notamment de source énergétique, pour faire de sa monnaie une devise recherchée par les grandes places financières. La libre convertibilité de l’ECO avec certaines devises dites fortes pourrait bien s’imposer d’elle-même eu égard à l’importance des matières premières stratégiques de la zone à la double condition, d’une part, que la CEDEAO diminue sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur pour ses besoins vitaux et, d’autre part, que les États membres aient effectivement une main mise sur l’exploitation de leurs matières premières. Cela suppose que les pays membres arrêtent une politique de commercialisation desdites matières premières.

f) Les plans communs d’énergie et d’infrastructures de communication doivent être conduits jusqu’à leur accomplissement total. Aujourd’hui, il est plus facile de voyager de Londres à Freetown que de Niamey à Freetown. Il y a urgence pour la CEDEAO de mutualiser ses efforts dans ce domaine.

C’est en changeant profondément la structure de leurs économies que les pays de la CEDEAO pourront donner plus de chance de survie à l’ECO. Tout cela nécessite des réformes politiques de nature à transférer certains pouvoirs souverains des États à une structure politique communautaire. Mais c’est une autre paire de manches. L’opération risque d’être compliquée si elle n’est pas portée par un mouvement politique volontariste. Kwame Nkrumah avait vu juste lorsqu’il disait qu’il sera difficile d’aller vers l’unité africaine une fois que les consciences nationales se seront solidement cristallisées.

Par Justin Katinan KONÉ

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