L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (6ème Partie)

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II. UNE STRUCTURE ÉCONOMIQUE INTÉGRÉE DE LA CEDEAO, L’AIR QUI MANQUE À l’ECO

La problématique sans réponse définitive entre l’antériorité de la poule et de l’œuf se pose dans les mêmes termes entre l’intégration monétaire et l’intégration économique. Une intégration monétaire peut-elle engendrer une intégration d’économies non liées entre elles, ou est-ce qu’il est important d’intégrer d’abord les économies avant la création d’une monnaie commune ? Certaines opinions laissent croire que l’ECO pourrait accélérer l’intégration économique de la CEDEAO. Une telle perspective semble difficile. En effet, la structure encore coloniale de l’économie des pays de la CEDEAO pose à l’ECO deux problèmes majeurs complémentaires entre eux : les échanges commerciaux intracommunautaires sont faibles et les pays ont une forte demande de devises étrangères.

1. LA FAIBLESSE DU COMMERCE INTRACOMMUNAUTAIRE CONTRE L’ECO

« La monnaie est un bien vide que la production remplit » dixit Professeur Joseph Tchundjang Pouemi. De toutes les fonctions de la monnaie, la plus connue et certainement la plus pertinente est celle d’instrument d’échanges. La monnaie se justifie difficilement là où il n’y pas d’échanges commerciaux. Bien qu’étant plus importants que ceux des autres espaces sous régionaux d’Afrique, les échanges commerciaux intra-CEDEAO restent cependant faibles pour justifier et soutenir une monnaie commune. En 2018, ces échanges ont représenté 15% des exportations et 5% des importations de l’espace commun. En d’autres termes, 85% des exportations de la CEDEAO se font vers l’extérieur et 95% des importations proviennent de l’extérieur également. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire assurent respectivement 77% et 10% des exportations de la CEDEAO grâce au pétrole de l’un et au cacao de l’autre. Les principaux clients de la CEDEAO sont l’Amérique prise dans son ensemble et l’Europe, notamment l’UE. Les importations de la zone sont dominées par le Nigeria et le Ghana qui font respectivement 41% et 18%, soit 59% de l’ensemble des importations. Les pays de l’UEMOA se partagent les 41% restant avec 10% pour la Côte d’Ivoire et autant pour le Sénégal, les deux poids lourds de cette sous-zone. Les importations de la zone portent essentiellement sur les produits énergétiques, les produits manufacturés sans compter les services.

L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (5ème Partie)

Il faut inclure dans les exportations intracommunautaires les réexportations, c’est-à-dire, des marchandises hors CEDEAO qui ont été importées d’abord dans un premier pays de la CEDEAO, puis exportées vers un autre pays membre de la CEDEAO. C’est la cause principale du conflit frontalier entre le Bénin et son géant voisin. Ce conflit, qui dure dans le temps et qui affecte maintenant le Ghana, pose toute la problématique de l’intégration économique avec des économies extraverties. Alors que le Nigeria entend développer sa culture de riz pour en diminuer l’importation, le Bénin continue d’importer du riz qui traverse, par la suite, la très longue frontière pour se retrouver au Nigeria. Cette pratique, qui s’ajoute à la contrebande du pétrole, saborde tous les efforts de redressement de l’économie nigériane. Le Nigeria n’a pas trouvé d’autre alternative que de fermer la frontière entre les deux pays au mépris des règles de libre circulation des biens et des marchandises qui fondent l’intégration de la CEDEAO. Cette mesure, que vient de proroger le gouvernement nigérian jusqu’à fin janvier 2020, étouffe le Bénin dans l’indifférence totale de la CEDEAO. Cette indifférence de la CEDEAO traduit à elle seule la faiblesse des échanges intracommunautaires.

Autrement, la première puissance régionale ne peut bloquer la circulation des marchandises sur tout son corridor ouest, qui est le point de départ vers le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée, voire le Sénégal, sans que cela ne suscite une crise sérieuse dans la sous-région. Une décision de l’UE de bloquer, par exemple, ses exportations pendant 48 heures vers la CEDEAO aurait eu un impact si énorme sur l’économie des pays membres qu’elle aurait suscité des réactions de première urgence. Parce que leurs intérêts se trouvent plus forts avec l’UE qu’avec le Nigeria. Seul le Ghana commence à réagir à cette mesure parce qu’il en ressent les effets collatéraux. Il y a quelques jours, à Kumasi, les populations ont entrepris des actions de représailles contre les commerçants nigérians en réponse à la mesure de fermeture de cette frontière.

Y-a-t-il une chance que l’avènement de l’ECO facilite un changement de la structure économique de la CEDEAO. Rien n’est sûr. D’ailleurs, c’est à dessein que les pères fondateurs de la CEDEAO avaient placé dans le long terme la création de la monnaie unique en espérant une modification substantielle de leur économie afin que celle-ci soit capable de justifier celle-là. Le plan de Lagos, conçu en 1975, répondait, entre autres, à ce souci. Ce plan n’ayant pas fonctionné comme il se devrait, l’intégration commerciale repose finalement sur des échanges commerciaux très faibles. Les courants d’échanges historiques avec les anciennes puissances coloniales continuent d’orienter les productions économiques qui ont du mal à s’adapter au niveau régional. À titre de comparaison, les échanges intereuropéens font 65% de l’ensemble des échanges commerciaux des pays de cette zone. Dans un tel contexte, l’Euro se justifie amplement. La faiblesse de la production industrielle et des services rend la sous-région encore dépendante des importations hors CEDEAO. La préférence des pays de la CEDEAO pour les devises afin de soutenir ces importations oblige les États à maintenir la nature de leur économie. Ce qui rend l’impact de l’ECO sur le changement économique et donc l’intégration économique très faible.

Suite: L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (7ème Partie et Fin)

Par Justin Katinan KONÉ

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