L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (3ème Partie)

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b. Le taux d’inflation annuel moyen de 3% maximum

C’est le critère fétiche de la zone Franc. C’est l’argument massue de tous les défenseurs du F CFA : sa stabilité même si celle-ci est artificielle. Ce taux étant strictement contrôlé par le Trésor Français, tous les pays de l’UEMOA le respectent. Ainsi nous avons, pour 2018, les taux suivants (%) : Bénin (0,8), B.F (1,9), C.I (0,6), G.B (0,4), Mali (0,00), Niger (2,7), Sénégal (0,5), Togo (0,9).

La maitrise de l’inflation (stabilité interne) permet de sauver la fixité de la parité du F CFA avec l’Euro (stabilité externe). Toute la politique bancaire de la zone CFA est dirigée vers le respect de ce critère. Cela se ressent au niveau de la politique du crédit dans la zone. Les banques de cette zone rechignent à octroyer des prêts aux petites entreprises pour leurs affaires et aux ménages pour leurs consommations (les crédits sont une forme de monnaie que créent les banques) afin de ne pas trop peser sur le compte d’opération qui lie les pays de la zone à la France.

En effet, compte tenu de la nature des économies de ces pays, les ménages et les PME, avec les facilités d’achat que leur procureraient les crédits bancaires, seraient tentés d’importer les biens de consommation ou des services. Ces services ou ces biens étant produits à l’étranger, leur acquisition se ferait par importation. Toute chose qui va accroître la pression sur les réserves de changes affectées aux comptes des opérations. Or, il est stipulé qu’en cas de manque de réserves, le Trésor français devra payer en avance pour ses partenaires africains. Pour prévenir cette situation qui risque d’être pénalisante pour l’État français, la politique du crédit est très contrôlée dans la zone Franc. Les banques, dans cette zone, opèrent dans des « niches ». Elles privilégient, par exemple, l’acquisition de titres publics et d’opérations génératrices de commissions comme l’exportation du cacao en Côte d’Ivoire ou d’intermédiaire pour la mobilisation de ressources sur le marché des capitaux pour les États.

L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (2ème Partie)

Cette politique du crédit se fait détriment du financement des entreprises, notamment les PME qui assurent pourtant l’essentiel de la production économique. Une majorité écrasante des PME et des artisans est exclue du crédit. C’est également cette politique monétaire qui explique la faible bancarisation dans les pays de l’UEMOA. Dans cette zone, l’accès à la banque est un luxe réservé à une élite. Or, c’est le contraire qui s’observe dans les pays comme le Nigeria et le Ghana. Le 13 juillet dernier, le directeur du contrôle de la Banque Centrale du Nigeria (BCN) a publié une circulaire en direction des banques du Nigeria dans les termes suivants « Afin d’accélérer la croissance de l’économie nigériane à travers l’investissement dans l’économie réelle, la BCN a approuvé les mesures suivantes :

– Toutes les banques sont tenues de respecter un ratio prêts/dépôts minimum de 60% à compter septembre 2019 ;

– Pour encourager les PME, les secteurs de vente au détail, l’hypothèque et les prêts à la consommation se verront attribuer une pondération de 150% dans le calcul du ratio prêts/dépôts ;

– Le non-respect de ce ratio à la date fixée entrainera un prélèvement de trésorerie de 50% de l’insuffisance de prêt.

En d’autres termes, le gouvernement fédéral contraint les banques nigérianes à prêter davantage ; ce qui relève de la mission de toute banque. Autrement celle-ci devient un simple intermédiaire qui capte l’épargne des ménages et la garde par devers elle. L’histoire économique n’a pas encore donné d’exemple de pays qui a développé son économie sur la seule base de la stabilité de sa monnaie. Par contre, les exemples d’économies construites à partir de la création de la monnaie par les banques sont légion. L’Allemagne, Le Brésil, l’Inde et la Chine sont les exemples les plus récents et les plus pertinents. Alors que le crédit à l’économie réelle est à peine de 17% du PIB dans la zone UEMOA, il est de 37% en Inde, de 90% en Chine. D’ailleurs, malgré la fluctuation de leurs monnaies respectives, les économies nigériane et ghanéenne dominent celle de la Côte d’Ivoire, la première de la classe dans la zone UEMOA. La politique du crédit exprimée dans la circulaire de la BCN indique que les pays de la CEDEAO ne sont pas tous d’accord sur une politique économique commune. Dans ces conditions, comment pourront-ils gérer une monnaie commune.

Suite: L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (4ème Partie)

Par Justin Katinan KONÉ

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