LE PREMIER DE LA CLASSE

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Au collège, Sanogo était premier de la classe. Élève doué, il excellait dans toutes les disciplines. Un as, un génie ! Nous lui prédisions tous un avenir radieux. Lors des devoirs et interrogations écrites, lorsque nous ne voyions sur nos copies que du noir, Sanogo se faisait disponible pour nous aider. Il écrivait les bonnes réponses sur une feuille de papier et la balançait au premier voisin tocard. Le précieux  »pédja » faisait le tour de table des vauriens de la classe dont je faisais partie. À l’époque, Sanogo a aidé bon nombre d’entre nous à arrondir notre moyenne.

Plus de deux décennies après les années collèges et après que notre promotion s’est perdue de vue, j’ai retrouvé Sanogo aujourd’hui dans un gbaka. Je suis resté silencieux en l’observant faire ses manèges à la portière du véhicule. On aurait dit un acrobate. Puis, il s’est arrêté devant nous en nous demandant le transport. Je lui ai donné un billet de 500 francs sans qu’il ne me reconnût.

– Vous-là, quand on vous dit de monter avec la monnaie là vous n’entendez pas ? S’est-il plaint.

Le gbaka arriva à son terminus. Sur le trottoir, au rond-point, Sanogo libéra quelques passagers attroupés autour de lui en les mettant deux à deux dans une association  »monnayeuse ». En tournant le regard vers moi, il se surprit de m’entendre prononcer tout son nom à l’état civil :

– Moi ce n’est pas la monnaie que j’attends. Tu peux garder la mienne. Je suis tout simplement heureux de te revoir Sanogo Idriss Ibrahim !

Sanogo me regarda en fronçant les sourcils. Quand quelqu’un prononce ton nom de la tête à la queue, il ne peut qu’être un compagnon avec qui tu as partagé la même classe. Idriss Ibrahim sembla le comprendre par sa façon de me dévisager :

– Collège Moderne d’Adjamé, Bandé Louis-Gaspard ? Bégaya-t-il.

– Non Sanogo Ibrahim, rectifiais-je en souriant. C’est BANCÉ Louis-César !

– Tout à fait. On s’appelle cher ami on s’appelle !…

Son gbaka passant devant nous, l’apprenti en profita pour bondir à l’intérieur. On s’appelle ? Il s’était pourtant échapper sans me laisser son numéro de téléphone. Comme s’il avait honte de notre rencontre. L’orgueil d’un premier de la classe, peut-être. Ce qu’il ne savait pas, c’est que je n’étais pas mieux que lui non plus. Je venais à Adjamé pour pousser wotro…

Rien ne garantit que le premier de la classe sera le premier dans la société. Le dernier de l’école peut se retrouver à donner du travail au premier. C’est pourquoi l’humilité et le respect doivent être des valeurs qui nous animent à l’égard des autres. Car la vie est tellement imprévisible !

Par Louis-César BANCÉ

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