LE PARADOXE DE LA DOT EN CÔTE D’IVOIRE

0 2 152

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

Dans la tradition africaine, peut-on lire dans le Dictionnaire universel (2008), la dot ou compensation matrimoniale, est l’ensemble des « biens donnés par le fiancé à la famille de la fiancée pour obtenir celle-ci en mariage. »

La dot a une composante financière, c’est-à-dire qu’elle comprend une certaine somme d’argent; une composante matérielle qui varie d’un peuple à un autre: vêtements, animaux domestiques, armes, bijoux, ustensiles de cuisine, boissons, etc. ; et une composante symbolique : du sel, de l’huile, quelque objet de femmes, etc.

Quand le coût global de la dot est trop élevé, l’homme qui parvient à la fournir pour obtenir la main de la femme désirée, a souvent tendance à considérer cette dernière comme un bien personnel dont il peut disposer à sa guise.

De cette façon, la dot semble renforcer l’infériorité sociale de la femme en même temps qu’elle aiguise le sentiment de domination de l’homme.

De tels excès justifient sans doute l’interdiction de la dot par la législation de pays comme la Côte d’Ivoire ou le Burkina-Faso, quand d’autres comme le Bénin ou le Togo ont décidé de la maintenir eu égard à sa haute valeur culturelle et, même quand on l’a interdite, sa persistance dans le quotidien des populations.

Article 20 : Loi n° 64-381 du 7 octobre 1964, relative aux dispositions diverses applicables aux matières régies par les lois sur le nom, l’état civil, le mariage […], et portant modification des articles 11 et 21 de la loi n° 61-415 du 14 décembre 1961 sur le code de la nationalité : « …, l’institution de la dot, qui consiste dans le versement au profit de la personne ayant autorité sur la future épouse, par le futur époux ou la personne ayant autorité sur lui, d’avantages matériels conditionnant la réalisation du mariage traditionnel, est immédiatement abolie. »

Même si ce que cette disposition de la législation ivoirienne interdit est la dot et non le mariage traditionnel, on voit mal comment le mariage traditionnel pourrait avoir lieu sans le versement de la dot, puisque le versement de la dot est une étape essentielle de la cérémonie. On comprend par-là pourquoi la société maintient solidement la pratique de la dot en dépit de son interdiction. Ainsi, au lieu de chercher vainement à interdire une pratique sociale si profondément ancrée, les décideurs seraient mieux inspirés de chercher à l’encadrer au double bénéfice de nos cultures et des droits de la femme.

En l’absence d’une langue nationale capable de rivaliser avec le français comme au Burkina-Faso, au Bénin ou au Mali, la Côte d’Ivoire passe pour être le plus francophone des pays francophones d’Afrique au sud du Sahara. Mais aussi parce que le colonisateur français parti en 1960, nous sommes sans doute de ceux qui ont le moins œuvrer pour la sauvegarde de leurs pratiques culturelles. Pendant que nous prônons la revalorisation de nos cultures, nos lois et nos comportements rament à contre-courant des belles paroles :

  • le français est toujours la seule langue d’enseignement dans nos écoles, depuis la maternelle ;
  • beaucoup d’entre nous ont honte de parler Gouro, Baoulé, Bété, Yacouba, etc. en public, et sont plutôt fiers de clamer qu’ils ne les comprennent pas ;
  • nous donnons à nos enfants des prénoms russes, juifs, arabes, français, et d’oiseaux migrateurs ;
  • après plus de cinquante ans d’indépendance, nos villes et villages continuent de porter les mêmes noms curieux dont nous savons tous pertinemment qu’ils sont le fait de la mauvaise prononciation des colons.
  • etc.

Et plutôt que de rendre légales les cérémonies de mariage telles qu’elles existent dans nos traditions, avec des symboles et des rituels qui donnent à cet acte fondamental de la vie tout son sens, nous avons préféré, là encore, nous renier au profit de la culture occidentale, allant parfois jusqu’à paraître plus royalistes que le roi. Il ne nous reste plus qu’à légaliser le mariage homosexuel, pour accorder au diable ce que nous avons refusé à Dieu.

De nos jours, l’Ivoirien modèle est celui qui se marie au moins trois fois : mariage traditionnel, mariage civil, mariage religieux. Voici là, sans doute, l’une des causes structurelles de notre «pauvreté». Nous sommes arrivés au rendez-vous de la mondialisation les mains vides. Et c’est d’une tristesse !

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

NB.: C’est désormais chose faite: LA LÉGISLATION IVOIRIENNE AUTORISE ENFIN LA DOT

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :