LE MARIAGE EN PAYS BHÉTÉ

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Aujourd’hui, avec le brassage des cultures, nous assistons à des cérémonies de mariage diverses, avec des pratiques empruntées çà et là, au point de ne même plus nous y retrouver, de ne pas savoir quelle coutume est appliquée au juste. L’exercice qui nous est soumis ici est d’essayer de restaurer le mariage typique bhété. Trois centres d’intérêt ont retenu notre attention dans cet essai que nous comptons proposer comme document de base pour le débat. Nous parlerons donc de: 1/ La dot, 2/ Le mécénat, et 3/ Le rapt.

1/ LA DOT

La dot est le seul gage marital que le Bhété reconnaît et cela concerne exclusivement la fille nubile (en âge de se marier). Le mariage est exclusivement une affaire d’hommes. Les femmes y participent mais elles n’y ont rien à dire. Elles ne participent en aucune façon à la palabre. Elles servent le repas et la boisson, puis applaudissent quand le faut. La dot se fait au domicile du tuteur (bhiteba ou bhewouli selon qu’on soit vers Daloa ou vers Guiberoua) de la promise. Sont présents, pour le camp qui reçoit, le tuteur, les parents biologiques, l’interlocuteur, les frères et sœurs, les amis (es) et connaissances… Pour les soupirants : le requérant, l’autorité parentale qui dote, l’interlocuteur, l’ami intime. Tous les autres n’étant pas obligés par la loi coutumière d’y être.

Après les civilités d’usage (salutations, offre de l’eau), la cérémonie peut débuter. L’interlocuteur (qui est très souvent un djigbahi, un maître de la parole) présente tout d’abord la famille qui reçoit, puis donne les nouvelles. Après quoi il demande les nouvelles aux visiteurs. L’autre interlocuteur présente, à son tour, la délégation dont il est le porte-parole, puis donne leurs nouvelles d’un seul trait, je dis bien d’un seul trait. Il n’y a pas de première, deuxième, troisième… nouvelle chez nous. On leur demande comment ils sont venus. C’est à ce moment qu’ils vont chercher les présents en vivres, en non vivres et en espèces, là où ils les avaient gardés.

MARIAGE BETE

En général, il y a un gros pagne kita pour le père-tuteur, un complet de pagne pour la mère, un sac de sel, de l’argent. Tout le reste étant superfétatoire. Puis on présente le candidat lui-même. C’est après que les cadeaux aient été agréés qu’on demande aux visiteurs le nom de la fille qui les intéresse. Bien que le nom ait été donné, on fait venir toutes les filles nubiles de la famille afin qu’ils désignent l’objet de leur convoitise. Une fois désignée, le tuteur, en présence de tous, prodigue des conseils d’usage à « sa fille », puis la remet au père du fiancé ou à celui qui paie la dot, à charge à lui de la rendre à son fiancé. Alors commence une grande fête avec nourritures, boissons, danses et chants.

2/ LE MÉCÉNAT

En pays bhété, un jeune homme est célibataire pour la seule raison qu’il n’a pas les moyens de payer une dot. Un homme qui a beaucoup de moyens dans une famille peut se comporter en mécène. Il peut aller dans une famille, un village en vue d’y doter une ou plusieurs filles. Il se présente lui-même comme requérant et respecte toutes les étapes obligatoires de la loi coutumière. Après, il regarde dans la famille les braves jeunes gens en l’avenir de qui il a confiance, qui lui sont dévolus. Un jour, il fait venir la famille de la nouvelle mariée afin de lui présenter l’heureux élu. Et la fête peut commencer…

3/ LE RAPT

Il peut arriver que deux jeunes gens s’aiment. Des personnes plus fortunées arrivent et épousent la fille. L’indigent prend tout son temps pour se préparer. Il s’informe sur la dot donnée qu’il réunit entièrement. Il envoie un message à la jeune fille là où elle est mariée par l’entremise de sa meilleure amie. Le jour venu, il s’organise avec ses amis. Au détour d’un chemin de marigot ou du champ, ceux-ci enlèvent la fille pour l’envoyer chez son amoureux qui l’attend dans sa chambre. On fait alors sortir les grands tambours qu’on bât à tout rompre. Puis un groupe d’anciens s’organisent afin d’attendre la délégation du mari abandonné. Pendant ce temps, la famille de la jeune femme est prévenue, qui vient aux nouvelles. On reçoit le mari trahi et sa famille dans les règles des civilités bhété. Après l’échange des nouvelles, on leur rappelle toutes les composantes de la dot versée à leurs ex beaux-parents qu’on leur rembourse immédiatement. Ils la prennent ou non, c’est selon. Toujours est-il que le mariage va être célébré dans les heures qui suivent, vu qu’il s’agit, avant tout, de deux personnes qui s’aiment véritablement.

Au total, chez le Bhété, le mariage concerne deux individus, mais aussi deux familles, deux villages, deux peuples. La loi maritale bhété est d’autant plus simple qu’il n’est point nécessaire de la contourner. Elle permet, dans la foulée, que les tourtereaux soient réconciliés avec Dieu. La dot chez le Bhété est presque éternelle. Tout est prétexte à la payer encore et encore. Principalement à tous les événements heureux et malheureux dans la belle famille, il est important pour le mari d’intervenir.

 Par LÉBATO Noël Yoroba

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