LE «KPÊTOU» ET LA MÉTAPHORE DU «COUPE-TOUT»

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Le nouchi est le rendez-vous du donner et du recevoir entre les langues ivoiriennes elles-mêmes, d’une part et, d’autre part, entre celles-ci et le français que la Côte d’Ivoire a hérité de la colonisation pour en faire sa langue officielle. Il en résulte un parler nzassa riche en sons et en sens, qui autorise par ailleurs une approche interlinguistique des choses.

Saisissant le mot «kpêtou» dans une telle approche, il est permis de le décomposer en deux vocables: le baoulé «kpê» (couper) et le français «tout», pronom indéfini marquant la totalité, «l’intégralité d’une réalité». Ainsi, kpêtou, le plus célèbre des termes nouchi qui désignent le sexe féminin, pourrait signifier à la base «coupe-tout».

Dans cette lecture décalée du mot «kpêtou» (désormais kpêtout), le sexe de la femme se voit assimilé à un coupe-tout, comme pour dire que rien ne lui résiste, pas même un Samson et toute la puissance de sa chevelure. Au-delà de l’appareil génital féminin dont la puissance dissuasive sur l’homme n’est plus à démontrer, c’est la femme elle-même qui est ainsi investie de tous les pouvoirs.

Mais coupe-tout s’entend aussi presque au sens propre. Car dans la dialectique du tendu (sexe masculin) et du fendu (sexe féminin), l’organe génital de la femme semble être plus conçu pour couper que l’autre. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si la notion de «lèvres vaginales» (petites lèvres et grandes lèvres) assimile le vagin à la bouche. En plus des lèvres, le vagin peut effectivement avoir des dents, d’où le phénomène à la fois mythique et psychanalytique du vagina dentata (vagin denté).

Selon ce mythe, en effet, le vagin de certaines femmes serait pourvu de dents. Dans la mythologie hindoue, le démon Adi, petit-fils de Parvati et de Shiva, veut venger son père Andhaka. Parvati absente, il prend l’aspect de la femme de Shiva, arme son vagin de dents acérées et se présente à Shiva. Le dieu veut s’unir à elle, mais, découvrant qu’elle ne porte pas la marque du lotus sur son flanc gauche, il soupçonne un stratagème. Il arme alors son phallus d’un puissant éclair, pénètre le démon et le foudroie.

En 1896, une série de cadavres ayant le sexe sectionné par des dents est retrouvée à Baltimore, toutes les victimes fréquentaient les milieux de la prostitution. Ces pénis avaient-ils été tranchés par des dents de la bouche ou du vagin? Mystère. En 2005, une chercheuse sud-africaine met au point un préservatif féminin dont l’intérieur est pourvu de piques barbelées qui, en cas de pénétration sexuelle, blessent le pénis et causent des douleurs extrêmes à l’homme, jusqu’à ce qu’il subisse une opération chirurgicale pour s’en débarrasser. Mais le vagina dentata est aussi un concept psychanalytique désignant l’angoisse de castration inconsciente de l’homme par les organes génitaux de la femme.

En langue baoulé, comme dans bien d’autres langues ivoiriennes, le même verbe di est utilisé pour exprimer à la fois l’idée de «manger» et celle d’«avoir des rapports sexuels». Même s’il est plus habituellement perçu par l’imaginaire collectif que c’est l’homme qui «mange» la femme, la réalité du coït démontre plutôt le contraire. C’est le pénis qui est avalé et mangé par le vagin. Et si celui-ci est pourvu de dents naturelles ou fabriquées, c’est peut-être le dernier kpètou que vous cassez là. Que Dieu nous garde!

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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