LE «KPAKPATO» ET LE «TÔGÔ-GNINI»: QUELLE DIFFÉRENCE?

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Dans le parler populaire ivoirien, le mot «kpakpato» est plus en vue, plus employé que le mot «tôgô-gnini», sans doute parce que les kpakpato sont plus nombreux et plus actifs dans notre société que les tôgô-gnini. Mais le tôgô-gnini n’en est pas moins nuisible aux relations interpersonnelles dans tous les domaines de la vie, et notamment celui du travail.

Du point de vue de leur étymologie, pour commencer, kpakpato semble être d’origine baoulé ou plus généralement akan. Pour tôgô-gnini, il n’y a aucun doute: c’est un terme dioula ou malinké. Cependant, dans le dérivé kpakpatoya, le suffixe «ya» provient du dioula pour désigner, ici, l’action ou l’activité du kpakpato: le commérage.

Le kpakpato et le tôgô-gnini sont des personnes qui parlent pour dire ce qu’on ne leur a pas demandé, avec cette différence fondamentale qu’on peut être kpakpato sans être tôgô-gnini alors qu’un tôgô-gnini est un kpakpato à la base. Car le kpakpato, qui l’est souvent par nature, n’attend aucune récompense de son action, à part la satisfaction personnelle de «mettre sa bouche dans affaire des gens», de rapporter des faits en y ajoutant presque toujours son petit grain de sel sale.

Pour le confirmer, les locuteurs naturels du dioula font la différence entre «djahili», synonyme de «kpakpato», et «tôgô-gnini». Le tôgô-gnini étant littéralement «celui/celle qui cherche nom». Un groupe zouglou peu connu appelé Aggrave-affaire peut alors donner ce conseil dans son morceau intitulé «Bruit»: «Yêrê-gnini kafissa ni tôgô-gnini yé», ce qui veut dire: «Il est mieux de se chercher que de chercher nom». Dit autrement, il est préférable de chercher à faire quelque chose pour s’en sortir que de passer son temps à calomnier les autres pour faire parler de soi, pour paraître ce qu’on n’est pas.

Monsieur Thôgô-gnini (1970, Paris, Présence Africaine) est d’ailleurs le titre d’une œuvre théâtrale écrite par Bernard B. Dadié. Elle met en scène deux femmes et seize hommes sur 115 pages divisée en six tableaux. Au milieu du XIXe siècle, un traitant blanc et son acolyte débarquent sur l’une des côtes occidentales pour établir des liens commerciaux avec les autochtones. Thôgô-Gnini, le porte canne du roi, devient leur auxiliaire et s’enrichit grâce aux liens qu’il réussit à tisser pour son propre compte personnel avec l’Europe. Monsieur Thôgô-Gnini, le héros de l’œuvre, est un homme orgueilleux qui aime faire le malin d’où son nom Thôgô-Gnini. Seul personnage présent à tous les tableaux, il ne se contente pas d’avoir «le monopole du riz, et du tabac, le monopole de l’huile et de la banane, le monopole du gingembre, de l’ivoire et du coprah», il a également celui de l’espace.

À la lumière de ce personnage, et comparé au simple kpakpato, il y a chez le tôgô-gnini une attitude à se montrer plus royaliste que le roi, au point même d’en devenir un lèche-bottes. Car son comportement consiste, pour l’essentiel, à «gâter le nom» des autres pour arranger le sien, pour se faire une place dans le cœur de quelqu’un ou rentrer dans ses bonnes grâces. Il casse du sucre sur le dos des autres pour se sucrer la vie. Et c’est de cette manière aussi basse que dégradante que certaines personnes se comportent pour être promues dans leurs services. Oh honte!

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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