LE «GÔPÔ» EN PAYS BÉTÉ (1ère Partie)

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C’est un M. Tapéko, pratiquement déshydraté et sous forte pression qui arriva à l’Aéroport Félix Houphouet Boigny. Il avait à peine trente minutes pour sacrifier aux formalités d’usage avant l’embarquement. 10 H 15, le puissant speaker de l’aéroport informa donc les passagers de l’Airbus 07014 d’Air-France, Abidjan-Bruxelles-Paris, de se tenir prêts pour embarquement immédiat. Il reçut cela comme une décharge de foudre dans sa poitrine. Pourtant, il avait déjà fini. C’est donc au pas de course qu’il rejoignit les derniers passagers au bas de l’échelle découpée. Enfin, il commença à monter. Juste à l’entrée du mastodonte, il fut foudroyé par une crise d’Accident Vasculo-Cérébral (AVC). La mort fut instantanée. Les pompiers de l’aéroport Félix Houphouet Boigny arrivèrent dans la même minute, mais déjà trop tard pour le sauver.

Contrairement à leurs habitudes, ils avaient été prompts ce jour-là. Le médecin du Service d’Aide Médicale d’Urgence (SAMU) de l’aéroport vint constater le décès, puis en établit le procès-verbal sur-le-champ. C’est après cela que la dépouille fut transportée à l’Ivoire Sépulture (IVOSEP) de Treichville. La consternation fut à son comble quand, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) interrompit d’urgence ses émissions pour annoncer la nouvelle, la tragique nouvelle.

Il faut dire que l’Ingénieur Tapéko était une véritable icône partout où il passait. Il était aimé et adulé par tous ceux qui l’avaient pratiqué, d’une façon ou d’une autre. C’était la coqueluche des artistes de la musique moderne Bhété d’inspiration traditionnelle appelée musique tradi-moderne Bhété. C’est de lui qu’il s’agissait quand ceux-ci chantaient Tapéko Gbobia Tapéko, parrain attitré de tous les mouvements de femmes et de jeunesses, à Abidjan, et même dans sa région du Haut-Sassandra. Le lendemain, le Ministre des Mines envoya une délégation dans sa famille en vue de présenter ses condoléances, puis d’établir conjointement le programme des obsèques.

Sa veuve et ses trois enfants encore mineurs n’avaient aucun contact d’un membre de sa famille. L’un de ses frères par alliance donna le numéro de son ami qui était originaire de Koréguhé. C’est à ce dernier que l’on demanda le numéro de l’un des parents de l’ingénieur Tapéko. Il s’agissait de M. Gboizo Lébato Pierre, Directeur Régional de l’Éducation Nationale d’Abidjan 2, Président de la mutuelle de développement de Koréguhé. La délégation estima que c’était l’interlocuteur qu’il lui fallait, vu que c’était un haut cadre qui était décédé.

Le Directeur de Cabinet, Chef de la délégation, l’appela aussitôt. À l’autre bout du fil, le Président Gboizo se montra d’abord gêné, puis, pour se débarrasser d’eux, leur donna le numéro de M. Tapéko Kabogbo Ephraïm, son frère aîné, professeur d’Éducation Physique et Sportive (EPS) au lycée municipal de Yopougon-Andokoi. Le chef de délégation l’appela, juste après que M. Gboizo eût raccroché. M. Tapéko Kabogbo répondit à l’appelant qu’il venait d’apprendre la triste nouvelle de son poste radio de bureau et qu’il était sous le choc comme tous les Ivoiriens. Qu’il était consterné qu’un cadre du pays, d’une telle envergure, soit décédé de façon aussi tragique.

Le Directeur de Cabinet n’avait pas aimé son discours sans saveur, alors qu’il s’agissait pourtant de son frère cadet. Là, Ephraïm n’était pas passé par quatre chemins. Il répliqua à son interlocuteur qu’il y avait bien longtemps que l’ingénieur avait cessé d’être son frère. Et que ses obsèques ne l’intéressaient d’ailleurs pas. Toutefois, il ne lui aurait jamais souhaité pareil destin. La délégation repartit au cabinet pour faire le retour de mission au locataire du 24e étage de l’immeuble Harmattan, à Abidjan-Plateau, Monsieur le Ministre des Mines. Celui-ci appela le Préfet de Région du Haut Sassandra. Il lui fit d’abord le point des démarches déjà entreprises, puis lui demanda de diligenter une mission à Koréguhé afin de régler ce problème apparemment épineux.

Trois mois passèrent, et le corps était toujours à la morgue. En fait, il y avait problème sur le lieu des funérailles. Le père géniteur et toute la communauté villageoise de Koréguhé avaient refusé de le recevoir. Il y avait bien longtemps que l’ingénieur Tapéko avait, de façon unilatérale, sans aucune raison apparente, «coupé les ponts» avec son village et ses parents. Son père dit qu’il n’avait pas de maison digne pour recevoir les nombreuses délégations qui viendraient. Mais la diplomatie souterraine eut raison de lui. Un accord fut donc trouvé. Des engins de travaux publics et des ingénieurs s’étaient rendus dans le village pour entreprendre des travaux préparatoires devant permettre de recevoir des délégations.

Vendredi 7 juin 1996, 14 H 00, la levée de corps à l’IVOSEP de Daloa, le corps y ayant été transféré depuis le mercredi 17 avril 1996. Ce fut la levée de corps la plus colorée et qui avait connu un engouement sans précédent. En effet, tous les groupes constitués de jeunes, de femmes, de sportifs et d’artistes divers dont il était membre ou parrain, étaient là. Chaque entité avait son uniforme. Ceux qui n’étaient pas dans ces groupes s’étaient disputés les tee-shirts à l’effigie du défunt. Il y avait aussi une délégation du ministère des mines, forte de cinq membres, puis pratiquement 90 % des employés de la SIR arborant des tee-shirts blancs à cols orange, estampillés SIR. La levée se passa dans les règles de l’art, à la façon occidentale. Puis le cortège s’ébranla vers Koréguhé.

Suite: LE «GÔPÔ» EN PAYS BÉTÉ (2ème Partie et Fin)

Par LÉBATO Noël Yoroba

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