LE BUS 39 ET MOI: POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE

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Le bus numéro 39, qui fait la ligne Plateau-Yopougon, on ne le voit pas de façon aussi ordinaire que les autres numéros de bus. Il est rare comme femme Wan à Abidjan. Pour cela, chaque fois que je l’aperçois, j’ai le sourire aux lèvres. La règle la plus importante avec le 39, c’est la patience, sinon tu vas toujours te plaindre, te lamenter. Si tu arrives et que tu es la première personne dans le rang, ne te réjouis trop vite car tu pourrais être le dernier à monter à l’heure de vérité.

Les goumin ne manquent pas à bord du 39. Quand un passager monte et qu’il n’est pas aisé de circuler entre les passagers pour atteindre le conducteur, il doit faire passer ses 200 francs ou sa carte pour payer son ticket ou valider. En principe, ta carte ou ton ticket doit te revenir au bout d’un moment. Mais dans le 39, il arrive parfois que cela tarde tellement que ton  cœur commence à battre, tu commences même à transpirer à grosses gouttes…

Arès avoir posé mille et une questions autour de toi pour savoir à quel niveau se trouverait ton argent, ton ticket ou ta carte, la prière devient ton seul recours: «Bon Dieu, fais que les contrôleurs n’arrêtent pas notre bus aujourd’hui, sinon je suis mort(e) dans le film…». Et ce sont les mêmes sorciers coupeurs de route qui diront: «Hum, toi vieux comme ça, toi choco, jolie comme ça, tu fraudes bus…» Honte de ça là, walaye c’est pas bon!  

Comme souvent dans les bus, il y a toutes sortes de parfums et d’odeurs dans mon bus 39: les odeurs buccales et le choc des haleines, les odeurs corporelles d’aisselles suantes et puantes, de sueurs mélangées à mille et une marques de parfums…. Le 39 est pareil à un grand carrefour culturel, un n’zassa concentré d’hommes et de femmes, de vies et de conditions humaines.

Depuis le Plateau, à la Gare sud, certains le prennent pour descendre à la Gare nord, bien qu’il existe le bus numéro 10 ou d’autres pas très chargés pour eux; donc nous aussi on les loupe pas. Quand on arrive à la Gare nord et qu’ils demandent à descendre, on crie au machiniste que ce sont des «rumeurs…»; obligeant ainsi les concernés à insister… C’est là aussi que vous entendez une âme sensible plaider avec des mots bien choisis pour faire mouche: «Pardon chauffeur, faut ouvert c’est pas rumeur, ça descend…»

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Cette ambiance mosaïque est renforcée par un type particulier de lutteurs. Chaque fois que le bus vient stationner au quai, chacun a sa tactique pour monter afin d’avoir une place confortable, debout ou assise. Il y a des lutteurs violents, rapides, malins, bêtes, intelligents, distraits, prudents, peureux, etc. Vous connaissez l’anecdote du lutteur idiot qui est le premier à monter dans le bus mais qui reste à tourner sur lui-même jusqu’à ce que toutes les places assises soient occupées. Embarras du choix…dans ça là!

Ici à Babi, les bus sont souvent pleins à craquer. Dans ces conditions, on  se retrouve dans des positions pas très commodes, mais on va faire comment? Ces positions difficiles à tenir permettent malheureusement à des individus aux intentions lugubres de s’adonner à de basses besognes sur les filles. Et quand tu te plains, ils ont en plus la mauvaise foi de te répondre: «Ma chérie pardon, ce n’est pas moi oh, c’est le bus…»

Alors les filles ont développé des armes de défense contre ces jouisseurs ambulants, ces éjaculateurs précoces. Pour certaines, ce sont des perruques malodorantes ou des coiffures d’un an et demi sur la tête, pour d’autres, ne pas rester dans la même position tout le temps, à moins d’avoir dans le dos un gentleman qui ne se colle pas à sa voisine d’en face. Chacune a son arme à elle et, la mienne, je préfère la garder secrète. Tu ne sais jamais qui te lit (rires…).

En revanche, les gentlemen gardent toujours la distance et s’excusent chaque fois qu’ils te touchent un peu, sans le vouloir. Quand c’est ainsi, je dis toujours merci au voisin en descendant. Je le regarde droit dans les yeux et, avec un sourire bien sympathique, je dis: «Voisin, merci hein!» Mais jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’a pu décrypter le sens de ce merci de ma part. La preuve, ils me regardent à chaque avec un air ébahi, surpris.

Par DJATA Zinzi

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