LE BAOULÉ ET LE DIOULA DANS LE SECTEUR DE LA VENTE DE PLANTES MÉDICINALES

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Quoique le concept de «marché gouro» soit devenu une marque déposée en Côte d’Ivoire, les langues ivoiriennes les plus en vue dans la communication sur nos marchés sont incontestablement le dioula et le baoulé. Ce qui explique d’ailleurs, d’une part, que ce soient aussi les langues locales les plus pourvoyeuses de mots à notre nouchi national et, d’autre part, qu’elles soient omniprésentes dans le secteur de la restauration. C’est donc à juste titre que j’ai consacré des articles aux baoulé et au dioula dans le secteur de la restauration en Côte d’Ivoire.

Le samedi 12 octobre 2019, je commence à roter de façon intempestive et à ressentir une curieuse douleur à la frontière du thorax et de l’abdomen, ce qui me met mal à l’aise et me fait penser à l’ulcère. Le dimanche matin, mon ami Yao Olivier est de passage chez moi. Ayant expliqué mon malaise, lui qui s’y connaît un peu dans ce domaine me propose de presser les feuilles d’une plante appelée Mangnrin en baoulé et d’en boire le jus. Le Gouro que je suis a cru d’abord entendre «manlingnrin» (œuf de poulet).

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C’est en route pour aller chercher du Mangnrin chez les vendeuses de plantes médicinales que nous engageons la conversation autour de l’objet de cet article. La première vendeuse n’ayant pas la plante recherchée dans son stock, nous continuons jusqu’au marché d’Abobo Belle-ville. Et l’occasion est bonne pour mener ma petite enquête. Il se trouve en effet que, dans ce domaine très fermé de la commercialisation de plantes médicinales, même quand les vendeuses sont majoritairement des femmes dioula, comme c’est aussi le cas pour les plantes comestibles (foué, kplala, feuilles de patate, épinards, etc.), de nombreuses plantes sont plutôt reconnues à travers leurs noms en baoulé.

Ainsi en va-t-il de Anoumanliè (littéralement, nourriture des oiseaux), Djéka, Akpolèmgbli, Aplôplôni, Mien et j’en passe. Bien entendu, le dioula même n’est pas en reste: Moussofi’n (littéralement, femme noire), Mentélatonebrou (feuilles mentholées) ou encore Kamélessamara, etc. Il y a enfin des plantes vendues sous des appellations en langue française: c’est le cas par exemple de Mille maladies. De retour du marché, je ne tarde pas à me rendre compte que Mangnrin est ce que les Gouro appellent Srèbè, une plante au parfum foudroyant.

Le petit secteur de la commercialisation informelle de plantes médicinales est le théâtre d’un contact des langues dans lequel le baoulé et le dioula confirment leur statut de langues locales ivoiriennes les plus populaires, au moins dans les échanges qui animent chaque jour la vie dans nos marchés où les femmes dioula et baoulé font souvent la pluie et le beau temps. Si bien que, le temps d’une course au marché du quartier, chacun en vient presque toujours à être momentanément locuteur de l’une ou l’autre langue.  

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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