LA SUCCESSION DU CHEF CHEZ LES AGNI N’DÉNIAN

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Le choix du successeur

Comme la grande majorité du peuple Akan, la succession ou l’héritage chez les Agni N’dénian est basée sur la matrilinéarité. Les enfants des sœurs sont les héritiers de droit de leurs oncles maternels. Après le décès de l’oncle, une concertation familiale avec les membres de la famille associant hommes et femmes surtout, permet de désigner l’héritier de l’oncle défunt. Les femmes désignent à cette occasion l’héritier par lignage et par droit d’aînesse.

Des qualités de l’héritier

La nature a horreur du vide, dit l’adage. La nécessité de trouver un hériter au défunt est une étape très importante chez les Agni N’dénian. Il faut trouver un héritier capable de gérer les affaires et les biens de la famille. Il aura pour tâche de veiller sur tout, car tel est son devoir: les biens, les femmes et les enfants. Il doit donc avoir certaines qualités reconnues comme la probité, l’intégrité. Il doit être de bonne renommée, respectueux, de bonne moralité et être un rassembleur d’hommes. Toutes ces vertus sont des qualités sociales essentielles prises en compte dans le choix d’un chef.

Avant l’intronisation

L’héritier désigné sera alors publiquement présenté à la famille, étape suivie par la cérémonie de saupoudrage, de cris et de chants de joie, « Ho homo » (ossé yé), pour démontrer que ce choix est approuvé par tous. Il faut préciser qu’il n’y a pas de délai imposé pour installer un héritier. En fonction du charisme du défunt, les choses peuvent se précipiter. Le choix de la nouvelle autorité est du ressort de la famille régnante. Les femmes les plus âgées de la famille vont être consultées ; elles vont donc se concerter pour désigner selon le droit d’aînesse dans un lieu garde secret, un « lieu saint » le fils qui a droit à la succession, à l’héritage. Elles désigneront après plusieurs tractations un neveu de l’oncle défunt pour lui succéder. Une fois le choix opéré, les parents en informent le doyen des chefs de village qui, à son tour, informera le Roi de la désignation du nouveau chef. Toutes les dispositions seront prises pour la fixation de la date de l’intronisation et de l’organisation de la cérémonie. Le doyen des chefs, en collaboration avec le Roi, désignera un notable pour former, instruire le nouveau chef jusqu’à la date indiquée pour son intronisation.

De l’importance de l’autorité coutumière

La nature a horreur du désordre, dit encore l’adage. Sans une autorité coutumière dans un village, la population est sans guide, sans repère. Devant le vide laissé par le décès d’un chef, face aux interrogations et aux angoisses des populations, la désignation ou l’intronisation de la nouvelle autorité coutumière s’avère capitale et donc, elle s’impose. Compte tenu de la valeur de ce pan de la culture, les enfants et les femmes du défunt vouent le même respect, la même considération à l’héritier, car il représente dignement le défunt.

L’intronisation de l’héritier

Une fois l’héritier choisi, son intronisation se fait en général un Vendredi saint, c’est-à-dire Ananya tchin pour respecter la tradition. Au grand jour, rassemblées aux environ de quatorze heures sur la place publique, les populations parées de leurs plus beaux atours viennent attendre les membres de la famille, les invités et les autres autorités coutumières, politiques et administratives. Sous l’autorité du plus âgé des chefs de villages ou de cantons, la cérémonie d’intronisation peut commencer.

Les échanges de civilités entre les autorités coutumières hôtes et les autres citées plus haut donnent le ton. On désignera les porte-paroles et les porte-cannes à cet effet. A la fin de ces échanges, au nom de la royauté, les porte-cannes entrent en conciliabule avec les femmes les plus âgées de la famille pour connaître le nom du successeur désigné. Ils viendront sur la place publique pour annoncer à la population rassemblée et impatiente, le nom du nouveau chef.

Dès l’annonce, des cris de joies, des chants et des pas de danse fusent de partout. Toutefois, le porte-canne fera pousser le cri d’approbation qui est le « Ho homo» auquel les populations répondront « ho » à leur tour. Le nouveau chef, perdu au milieu de ses parents, sera saupoudré et porté en triomphe par des grands acquis à sa cause et qui le protègeront contre toutes menaces extérieures, car cela arrive parfois au moment de faire le tour d’honneur du village suivi par les chants d’allégresse. Après le tour d’honneur dans le village, on le ramènera sur la place publique pour l’installer devant, au milieu de ses parents.

Une autre phase très importante va commencer. Sur instruction du porte-canne célébrant, le siège dont il a hérité doit être officiellement présenté au public. Il sera posé au beau milieu de la place. Dans certains villages ne disposant pas de siège, cela se passe sous silence. Le célébrant principal va alors interroger le chef désigné par rapport à son approbation publique ou non de cette désignation. Son approbation sera suivie de cris de joie, de chants et de danses. Dès que le nouveau chef a accepté publiquement sa désignation, le célébrant va imposer « une amende d’héritage » au nom des autorités coutumières présentes. Un forfait est fixé après négociations devant tout le monde : une caisse de gins, une somme de 100.000 F CFA, pour remercier les chefs et les notables d’avoir assisté et participé à la cérémonie.

A la fin de cette civilité, le chef nouvellement désigné sera (encore) interrogé pour permettre aux populations de savoir son nouveau nom, c’est-à-dire son nom de règne. Il le choisit au regard de ce que furent ses prédécesseurs en vue de perpétrer leurs actions. Alors dorénavant, c’est avec ce nouveau nom que toutes les populations l’appelleront. Ses vêtements d’homme ordinaire sont déchiquetés en menus morceaux par la population, afin de le revêtir de sous son nouvel apparat.

La prestation de serment

La prestation de serment est une autre étape très importante dans la cérémonie d’intronisation du chef. On viendra faire allégeance au chef en tenant du sel à la main, symbole du pouvoir. Cette allégeance commence par le fils aîné du défunt qui le fera au nom de ses frères et sœurs. Suivront tour à tour le responsable des jeunes, le chef de famille, les notables du village. Par trois fois, les responsables désignés jureront respect, obligation et soumission au chef. A son tour, le chef fera allégeance au Roi selon le même rite. Les femmes, soulignons-le, ne font pas d’allégeance. Après ce rite, le chef fait un tour d’honneur à pieds de la place pour saluer et témoigner sa reconnaissance à ses hôtes et aux populations, avant d’aller prendre place pour recevoir les recommandations du chef de canton ou du Roi.

La cérémonie prendra ainsi fin dans la liesse générale aux sons des tam-tams, de chants et de danses. La grande parade du chef est prévue pour le lendemain. Paré de tous ses attributs, le chef fera sa sortie officielle dans le village et recevra des dons de toutes parts. Les chefs nouvellement intronisés ne sont jamais portés dans un hamac. Ils doivent pour cela observer une période de sept ans. Après cette période, ils pourront se faire porter dans un hamac s’ils le désirent pendant les grandes cérémonies traditionnelles comme la fête de l’igname.

La dernière nuit et la parade du lendemain

Après la cérémonie de présentation du nouveau chef et en attendant le lendemain pour sa sortie officielle, il est appelé à passer une nuit blanche. Il n’a pas le droit de fermer les yeux dans la nuit, il lui est imposé de veiller toute la nuit. Entourés des notables, des hommes de la cour et des membres de sa famille, le chef intronisé doit avoir les yeux ouverts toute la nuit jusqu’au petit matin. Dès qu’il somnole, il est rappelé par ceux qui l’entourent. Pour réussir cette veille, des sujets de tous genres seront abordés. Les causeries et les discussions maintiendront tout le monde en éveil. Le « Ho homo» prononcé comme signe d’approbation a aussi son coût.

L’installation sur le siège ou l’intronisation reste une phase importante de la cérémonie et demande beaucoup de vigilance. Vigilance du côté des célébrants et des anciens. Le chef désigné, débout entre deux vigoureux anciens et tenu par les bras, doit, par trois (03) fois, faire le geste de s’asseoir sur le siège, le tabouret royal, dont il a hérité avec leur soutien. Mais son postérieur ne doit en aucun cas toucher ce siège. Il peut être installé par le même cérémonial sur n’importe quelque siège, mais pas sur le tabouret royal, car le tabouret royal est adoré, c’est un fétiche. Si cela se produit, c’est un mauvais présage ; il faudra alors un tout autre protocole, un autre cérémonial et invoquer les esprits afin de conjurer le sort. Une fois cette cérémonie faite, on recommence donc cette dernière étape.

Par Julien N’GUESSAN

Nb : Les titres et sous-titres sont de la rédaction

 

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