LA PHILOSOPHIE DES TENUES VESTIMENTAIRES: DE LA MALÉDICTION DE CHAM À LA MANIPULATION DE LA BIBLE, LA TRAITE DES NOIRS

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La chronique de Guinée (1453) de Gomes-Eanes de Zurara, qui relate les débuts de la mise en esclavage des Africains par les Européens, montre que les Portugais, dès le milieu du 15e siècle, se servaient de la malédiction de Cham1 (en prétendant que c’était une croyance des musulmans) pour légitimer l’esclavage des Africains.

Sous l’influence du Français La Peyrère, qui a suggéré, dès 1655, que les hommes ne seraient pas tous de même origine, et que certains (des êtres inférieurs, des sous-humains, les préadamites) auraient été créés avant Adam2, de nouveaux commentateurs, Horn, Hanneman, vont tenter de fonder la séparation de l’humanité en «races», dont l’une, devenue noire du fait de cette malédiction de Noé, serait condamnée à l’esclavage sous l’autorité de la Bible. Il est plus qu’évident que cette interprétation, qui fait de la couleur sombre de la peau la tare d’une «race» maudite et qui coïncide avec la mise en route du système de la traite atlantique, était destinée à la justifier.

Ce récit, qui évoque en quelques versets la personnalité des pères des 70 nations qui ont, selon la Bible, composé l’humanité, a connu diverses exégèses. Certaines ont eu des répercussions historiques, leurs auteurs ayant voulu y voir une caution religieuse à la dépréciation des peuples d’Afrique noire et à leur réduction en esclavage.

Ces absurdités sont très souvent colportées et donnent lieu aux interprétations les plus variées qui ont toutes en commun de troubler les esprits. Tel était bien le propos des «exégètes» hollandais. C’est pourquoi ont perduré tous les mensonges sur l’origine de la couleur sombre de la peau de ce peuple et toutes les méchancetés induites de ces mensonges et bien d’autres hérésies encore. Et c’est sur la base de cette prétendue justification biblique que des descendants de ces mêmes Hollandais ont construit le système d’apartheid. La Bible en main, les Eugène Terre-Blanche et autres ne citaient que Dieu comme fondement et origine de leur doctrine.

Pourquoi Noé était-il nu? Cham n’a-t-il fait que voir Noé (voir Lévitique 20,11)? Ainsi la tiare, cette triple couronne du pape, le “souverain pontife” comporte-t-elle trois étages, symboles des trois parties du monde: l’Europe, peuplée par les descendants de Japhet, l’Asie où vivent les descendants de Sem et l’Afrique, terre des descendants de Cham. Les Africains sont souvent noirs puisque, croit-on, Cham en hébreu signifie “chaud” et qui dit “chaleur” dit “brûlé” donc “noirci” et “noir”.

Ainsi, le noir est devenu dans la symbolique médiévale la couleur du diable. Il n’en faut pas plus pour associer avec le diable et le mal des Noirs d’Afrique que les Européens ne connaissaient que par ouï-dire. Heureusement, aucun théologien médiéval pourtant n’accrédite cette croyance populaire.

Au début du 16ème siècle, le dominicain Jean Annius de Viterbe reprend cette idée, aussitôt combattue, dans le but de justifier l’envoi par les Espagnols d’esclaves africains3 pour remplacer les amérindiens, victimes en masse des épidémies et des mauvais traitements. Les tenant de cette lecture ont-ils cru à ce qu’ils affirmaient ou se servaient-ils de la Bible pour justifier ce que la conscience déjà réprouvait? Certains témoins de ce désastre, membres du clergé, conquistadores et jusqu’à Isabelle la Catholique s’émeuvent. Peut-on, lorsqu’on est chrétien, pratiquer ainsi l’esclavage?

Références

1- Georges Boisvert, «La dénomination de l’Autre africain au XVe siècle dans les récits des découvertes portugaises», L’Homme [En ligne], 153 | janvier-mars 2000.

2- Gilles Boëtsch (1995), «Noirs ou blancs: une histoire de l’anthropologie biologique de l’Égypte», Égypte/Monde arabe, URL : http://journals.openedition.org/ema/643 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ema.643

3- Collin de Plancy (1993), Dictionnaire infernal, Editions Slatkine, 740p.

4- Guillaume HERVIEUX, L’ivresse de Noé (2011), histoire d’une malédiction, Perrin, 363 p.

Par Dr. YAPI Michel

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