LA FRANCE ET LES PARODIES DE REFORME EN AFRIQUE, UNE VIELLE HABITUDE À LA PEAU DURE

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Le 25 mars 1944, au sortie de la Seconde Guerre mondiale, le Secrétaire d’État américain Cordell Hull adresse un message des États-Unis aux puissances colonisatrices, les invitant à « fixer le plus rapidement possible les dates qui permettront d’accorder aux peuples coloniaux le statut d’indépendance complète ». À sa suite, les élites africaines, décomplexées par l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, qui a brisé le mythe d’infaillibilité et exposé la fragilité de la France, s’engouffrent dans la brèche ouverte. Ainsi, le gouvernement français s’est retrouvé enjoint de décoloniser sans avoir été impliqué à aucun moment dans la prise de cette décision. Le comble est que la dynamique est déclenchée au moment de la reconstruction post-crise. Ce qui revenait à la délester du concours vital de ses colonies au moment où la France en avait le plus besoin pour relever son économie et se repositionner sur la scène internationale. Elle choisit donc de ne pas se soumettre à un tel bouleversement.

Mais dans le même moment, le gouvernement français discerne une réalité qui s’impose à elle. C’est le caractère irréversible du processus d’autonomisation des peuples colonisés, du fait notamment du soutien unanime des deux grands (USA-URSS) et de l’intensification progressive des revendications nationalistes. Elle comprend que la seule alternative pour éviter que ce changement se fasse à ses dépens, ce n’est pas de s’enfermer dans le déni, mais de prendre le devant des choses, en initiant UNE RÉFORME DE FAÇADE POUR FLOUER LA VRAIE REFORME ESPÉRÉE par l’agitation nationaliste naissante. Prendre de vitesse le processus de changement afin d’en biaiser la finalité. C’est la même chose qu’elle vient de faire avec l’annonce du remplacement du FCFA par l’ECO.

L’ECO ENTRE PROMESSES ET RÉALITÉS (1ère Partie)

COMMENT A-T-ELLE PROCÉDÉ EN 1958 ?

Alors qu’elle avait commencé par jouer la montre de 1946 à 1956, en libérant au compte-gouttes les mesures d’autonomie, l’accélération de la dynamique nationaliste, confirme à partir de 1956 l’irréversibilité du processus. La question devient dès lors pressante pour la France : Fallait-il croiser les bras et attendre que ses colonies arrachent elles-mêmes cette indépendance, ou devait-elle au contraire prendre ce processus de vitesse en octroyant une indépendance sous contrôle et taillée à sa convenance ? Elle choisit la deuxième option en proposant la Constitution de la Communauté Franco-africaine de 1958. Pour arriver à imposer le plébiscite de ladite Constitution, la France avait ses hommes au sein de l’élite africaine sur lesquels s’appuyer. En plus de ceux-ci, sous des apparences de neutralité, l’administration coloniale a été emmenée à jouer les premiers rôles dans le vote référendaire, allant des mesures d’entrave contre la propagande du NON à la mise à disposition des leaders acquis à la cause du OUI d’avions militaires pour sillonner tous les hameaux. En colonie ivoirienne, les leaders du P. R. A. battant campagne pour le NON, arrêtés et gardés à vue dans les locaux de la sûreté pendant la visite du Général De Gaulle, sont même expulsés vers la Guinée de Sékou Touré.

Mais pourquoi la France tenait tant à prendre de vitesse le processus d’indépendance qui pointait irrémédiablement à l’horizon avec la montée du nationalisme africain ? Parce qu’il était préférable pour elle que cette indépendance soit octroyée à un État en qualité de membre de la Communauté Franco-africaine, plutôt que de colonie. Car la colonie n’était tenue par aucun engagement légal constitutionnel vis-à-vis de la France, dont elle pouvait se séparer sans fioritures ni cérémonies. Ce qui est impossible si cette même colonie a préalablement souscrit au statut constitutionnel de membre de la Communauté Franco-africaine.

La Constitution de la Communauté contenait pour tout membre qui désirait son indépendance un dispositif légal de départ négocié, qui permettait non pas la rupture mais le recyclage des liens coloniaux avec la France. En effet, les accords de coopération, de transfert de compétences, ou de conventions spéciales qu’impliquaient le principe de départ négocié de la Communauté, permettait à la métropole de vider toute indépendance acquise dans ce cadre de toute sa substance. Voici comment en prenant de vitesse le processus de libération des colonies, la France a réussi l’exploit d’octroyer dans le cadre de la Communauté Franco-africaine des indépendances factices sans décoloniser réellement. Et c’est le même scénario, la même mise en scène qui vient de se reproduire sous nos yeux avec l’annonce du remplacement du FCFA par l’ECO.

LA RÉPÉTITION DE L’HISTOIRE

Lorsque la fronde contre le Franc CFA a commencé, la France s’est d’abord enfermée dans le déni, avant de réaliser la force de la dynamique contestataire, portée par la jeunesse africaine et toute l’opinion publique. Un malheur n’arrivant jamais seul, la mobilisation de la rue africaine a donné un coup de réanimation au projet de monnaie commune de la CEDEAO, qui était sorti des priorités des chefs d’État. La conjonction des deux dynamiques a donné à Paris de comprendre qu’elle devrait prendre de vitesse le processus pour éviter le sabordage du FCFA et sauver sa poule aux œufs d’or. Ainsi le même scénario de 1958 nous a été à nouveau servi. L’ECO est au FCFA ce que le NEO-COLONIALISME est au COLONIALISME. L’ECO n’est rien de moins que le NEO-FCFA, qui maintient le principe de la parité fixe avec l’Euro et reconduit la garantie française tant décriée. Si la France avait persisté dans le déni, tout changement de régime au Sénégal ou en Côte-d’Ivoire aurait été fatal pour ses intérêts, dans la mesure où la réforme du FCFA se serait imposée à elle, sans qu’elle ait son mot à dire. D’où l’idée de nous rejouer le coup de 1958 en prenant de vitesse la mort annoncée de cette monnaie coloniale pour proposer en lieu et place du projet de monnaie commune de la CEDEAO incluant le Nigeria et le Ghana, le NEO-FCFA qu’est l’ECO. Ainsi, de 1958 à 2019, le temps semble s’être arrêté sur les méthodes de la France en Afrique. Il n’y a que les hommes qui ont changé, la matrice conceptuelle est restée la même.

Par Dr. BANGALI N’goran

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