LA DÉMYSTIFICATION QUI TUE LES POUVOIRS EN AFRIQUE (2ème Partie et Fin)

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Comment en est-on arrivé là ? Petit, j’ai été le témoin privilégié de ces cérémonies où le mystique, la peur, la frayeur accompagnaient les jours qui précèdent la sortie des masques, le jour de leurs prestations et toutes les actions qui l’entourent. En son temps, nos masques faisaient peur, car les secrets étaient bien gardés, nos parents étant conscients du rôle qu’ils jouent dans la perpétuation et la transmission des valeurs spirituelles et sociales. Les masques ne jouaient pas seulement un rôle de protection du village contre les ennemis. Plus que cette fonction cardinale, nos masques avaient aussi un rôle de régulation sociale, maintenaient l’ordre et la discipline qui faisaient de Proukro un village craint. Malheureusement, la perte des valeurs spirituelles s’est accompagnée de la dégradation des valeurs morales et sociales. Les jeunes, devenus de véritables saoulards, se sont mis à révéler des secrets, détournant au passage la fonction des masques.

À partir de cet instant, les masques ne sortaient, dans la plupart des cas, que lorsqu’un cadre nanti revenait au village et était capable de leur acheter à boire et à manger ou même, quand ces derniers avaient envie de manger quelques poulets ou cabris. Certains même se retrouvaient à l’église les dimanches et les jours de sorties des masques, ils se retrouvaient dans la forêt sacrée en train de manger les animaux sacrifiés dans le cadre des cérémonies traditionnelles dédiées aux ancêtres. C’est ainsi qu’aujourd’hui, les masques n’existent que de noms. D’ailleurs, une partie avait été volée et vendue.

LA DÉMYSTIFICATION QUI TUE LES POUVOIRS EN AFRIQUE (1ère Partie)

Quelques deux jours après l’affrontement spirituel qui a tourné à l’avantage des chrétiens, l’une des filles appartenant au groupe de prière découvre en ouvrant sa porte au lever du jour, un fétiche juste à l’entrée de sa maison. Elle avertit le responsable du centre qui désigne un groupe de personnes, va prier sur le fétiche et le calcine. Le problème prend une autre ampleur dans le village et nous sommes avertis. Des personnes avaient été désignées pour régler le problème mais, trop proches de Nanan, elles ont catégoriquement refusé d’y aller. C’est ainsi que KKM, un cadre du village, conscient de l’arnaque qui risque de tourner au vinaigre, décida de prendre le problème en main. Il réussit de la façon la plus brillante à régler le problème dans la plus grande discrétion. À Aboisso où il était en service, un problème s’était posé entre ces deux entités et les féticheurs étaient allés empoisonner l’eau des chrétiens quand ils ont été pris la main dans le sac.

Cette version rejoint la thèse du professeur Boa Thiémélé pour qui la sorcellerie n’existe pas. Mon père adoptif disait également que la sorcellerie existe, mais que le sorcier n’existe pas, car ils sont tous des empoisonneurs. Sans nier l’existence d’une autre face de la médaille, il existe des faits biens établis mais peu connus pour soutenir cette thèse. Dans un village d’Aboisso, un problème éclate entre chrétiens et animistes. Le problème n’est pas réglé. Fâchés, les animistes passent à la vitesse supérieure en tentant d’empoisonner une source d’eau qui servaient aux besoins quotidiens des chrétiens. Mais en réalité, l’objectif est de prouver, quand les effets se feraient sentir, que c’est suite à une offense des esprits que les mannes des ancêtres ont décidé de sévir afin de se faire respecter.

Cette stratégie a toujours fonctionné dans bien des cas. Elle met en exergue le mystique et le grand mystère que cachent certaines pratiques de nos sociétés traditionnelles. De ce constat, ils vont exiger des boissons, des poulets, des cabris, des moutons, voire un bœuf. Or, le chrétien est totalement opposé à ces pratiques, arguant que Jésus Christ a payé le prix fort, qu’il a déjà fait le sacrifice suprême, et que, par refus de se soumettre au diable, ils ne peuvent payer de telles choses pour lui faire plaisir.

Logiquement, lorsque l’éclaireur du bois sacré a vu une femme, cela signifie que la femme a vu le masque, qu’elle a transgressé les lois spirituelles des ancêtres et qu’il faut procéder à des sacrifices pour la délivrer du sort qui va s’abattre de façon imminente sur elle. Il ne sert donc à rien d’aller appeler un quelconque Nanan pour venir tuer quelqu’un. Le faire revient à comprendre que l’éclaireur est totalement déconnecté des réalités spirituelles des ancêtres. Cela signifie aussi qu’on s’est déconnecté du pouvoir que Dieu a donné à ses représentants sur terre. Le pouvoir a été enseigné et transmis. Malheureusement, la nouvelle génération a préféré modifier les règles enseignées à sa guise, mettant à mal ce pouvoir millénaire qui faisait la puissance de notre belle Afrique.

Une démystification faite de façon consciente ou inconsciente porte toujours atteinte à la crédibilité de nos valeurs traditionnelles et réconforte la thèse des religions révélées, à savoir que nos traditions sont totalement négatives. L’évolution et le développement tant prônés ont contribué à saper ces valeurs spirituelles africaines qui étaient pour notre continent un bouclier contre les attaques extérieures. Ne pouvons-nous pas aller au développement en gardant intactes nos valeurs spirituelles, mieux, en les adaptant au temps?

Par Dr. YAPI Michel

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