LA CÔTE D’IVOIRE ET SES PRINCIPALES VILLES EN GOURO

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Arrivés en rangs dispersés d’horizons divers pour nous établir un peu partout au gré des guerres de conquête et de reconquête territoriale, l’espace géographique que nous sommes désormais une soixantaine d’ethnies à partager aurait commencé à s’appeler «Côte d’Ivoire» au XVe siècle, à la faveur du contact avec les premiers Européens, en l’occurrence les Portugais.

Depuis, le nom «Côte d’Ivoire» est devenu aussi un trait d’union entre tous les peuples installés dans ce pays. D’autant que pour le dire, il ne vient à l’esprit d’aucun d’entre nous de traduire «Côte d’Ivoire» dans sa propre langue, auquel cas les Gouro diraient par exemple «Vi swè ta» (littéralement, «Sur les défenses des éléphants»). Nous nous contentons donc d’appliquer au mot français la phonologie de nos langues respectives, ce qui donne «Côdivoi» pour les Gouro.

« KA MI TI FLA » : L’AFRIQUE ET LE MONDE EN GOURO

La région de la Marahoué qui abrite le plus gros du peuple gouro est limité dans sa partie Est par les régions du Gbêkê et du Bélier, d’où les échanges et les influences précoces avec les Baoulé. Dans la région du Bélier en particulier, Yamoussoukro est théoriquement la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Les Gouro d’à côté, notamment ceux de Nananfla, l’appellent «Gôôfla». C’est en effet le petit village de N’gôkro qui est devenu Yamoussoukro par la volonté du président Félix Houphouët-Boigny. Dans la bouche des Gouro, le «N» initial saute, le « ô » central s’étire un peu et le «-kro» baoulé est substitué par son équivalent gouro «-fla».

MARAHOUE1

À plus de 200 kilomètres de là, au bord de l’Océan atlantique, Abidjan notre capitale économique se la coule douce. Les Gouro disent «Bidja» ou «Bidjan». Des dix communes d’Abidjan, trois (Abobo, Adjamé et Attécoubé) voient également appliquer à leurs noms la règle naturelle qui veut qu’aucun mot gouro de plus d’une syllabe ne commence par une voyelle. C’est ainsi qu’Abobo devient «Bôbôga» (Abobo Gare), Adjamé «Djinmin» et Attécoubé «Técoubé». Pour preuve, un Gouro aura plutôt tendance à dire «Yissia» que Issia.

En vertu de cette même règle, la plus grande ville de l’Est ivoirien, capitale de la région de l’Indénié-Djuablin, passe de Abengourou à «Binglo». Il faut en déduire qu’en gouro, Agboville donnera «Gbovil», Adzopé «Zopé», Aboisso «Boisso», Alépé «Lépé» ou Akoupé «Koupé». Si pour Akoupé c’est le nom de la ville qui était vraiment « à couper », alors les Gouro font exactement ce qui est demandé.

Mais revenons à là où nous aurions sans doute dû commencer cette aventure linguistique, puisque nous parlons des Gouro. Trois départements composent la région de la Marahoué : Bouaflé le chef-lieu, Zuénoula et Sinfra. Dans notre langue nous les appelons respectivement «Bouavlêfla», «Zouononfla» et «Sianfla». Dans la région du Gôh, une ville telle que Oumé, dont les Gouro sont aussi autochtones, s’appelle chez nous «Oumèdi».

Cela dit, ailleurs sur le territoire ivoirien, la majeure partie des villes conservent presqu’en l’état les noms que nous leur connaissons tous, la différence se situant juste au niveau de l’intonation. Pour les toponymes qui subissent des transformations plus ou moins prononcées dans la prononciation, on peut citer, pour clore cette modeste contribution, Gagnoa («Guinwa»), Korhogo («Klôkô» ou «Klôkôfla»), Danané («Dananin»), Mankono («Mankonlon»). Et ce n’est peut-être pas tout.

Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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