LA COLÈRE DU GÉNIE

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Dans un village baoulé du centre de la Côte d’Ivoire, une situation inattendue allant au-delà de l’entendement des humains se produit dans un champ. Ce jour, les femmes regroupées au sein d’une association appelée Anouanzê se rendent dans le champ de leur camarade, membre de l’association, pour nettoyer la parcelle débroussaillée et brûlée en vue de l’apprêter pour la confection des buttes d’igname. Comme d’habitude, elles s’y rendent en grand nombre en chantant et bavardant. Dès leur arrivée dans le champ, elles se mettent à la besogne. Des coups de machette par-ci, des coups par-là, des morceaux de bois entassés avec les feuilles mortes, des cris de joie meublés de merveilleuses mélodies constituent l’essentiel des faits et gestes de ces braves femmes. Vers la mi-journée, elles mettent le feu aux différents tas généralement faits autour des gros arbres et s’éloignent pour se reposer en prenant leur repas. En mangeant, un groupe de femmes assises près d’une termitière constatent que l’une d’entre elles, Adjoua, parle seule. Elle dit ceci :

Tu penses que je vais t’en donner ? Tu as menti hein ! Tu n’auras rien de cette nourriture.

Ces camarades se renseignent sur son interlocutrice, s’accusant intérieurement. Elle leur fait signe de laisser tomber cette affaire. Elle continue de murmurer ces paroles inhospitalières une ou deux fois et tout à coup, Adjoua tombe sur la nuque, ses yeux écarquillés et perd connaissance. Affolées, les autres femmes arrêtent de manger et accourent à son chevet en poussant des cris de détresse. Elles lavent son visage et aspergent de l’eau sur tout son corps. Mais, elle ne réagit pas. Préoccupées par cette crise subite, certaines continuent de la réanimer quand d’autres se mettent à prier pour conjurer ce malheur. Après près d’une heure, Adjoua se lève brusquement, se saisit d’une machette et commence à courir dans le champ. Les femmes se trouvant sur sa trajectoire s’affolent. Sauve qui peut ! C’est la débandade totale. Les femmes prennent le chemin du retour en courant et en poussant des cris effroyables.

Au village, personne ne sait qu’il y a un problème au champ. Sauf une femme, N’Guessan, l’épouse du vieux Koffi, danseuse de Kômien, se met subitement à trembler. Son génie est entré en elle. Elle annonce aux villageois que les femmes de l’Anouanzê sont en danger au champ là où elles sont allées car Adjoua a refusé de partager sa nourriture avec une femme génie infirme qui a trouvé refuge sur une termitière dans sa volonté de fuir le vacarme et le feu produits par les paysannes. Ayant elle-même faim et voyant les femmes manger, elle a tendu la main à Adjoua pour lui remettre un morceau de ce qu’elle mange. Adjoua ayant refusé, elle l’a frappée pour la punir. N’Guessan demande que des hommes la suivent là-bas pour régler ce problème. Elle se met en route avec plusieurs personnes. En cours de route, ils rencontrent les femmes apeurées et fatiguées de courir avec Adjoua à leurs trousses, la machette en main. N’Guessan, tremble plus énergiquement, laisse passer les femmes fugitives et ordonne à Adjoua de s’arrêter. Elle s’arrête, tourne sur elle-même, tape plusieurs fois dans sa poitrine et fait signe de ne pas laisser tomber. En fait, le génie mécontent est entré en elle. Il n’a pas l’intention de faire du mal aux femmes. Il pousse Adjoua à venir au village et avouer sa méchanceté aux villageois. Adjoua est sa principale cible. Avec un œuf et du kaolin, N’Guessan et son génie arrivent à calmer le génie en colère. Cependant, il reste dans le corps d’Adjoua jusqu’au village. Il la fait passer de cour en cour dans son quartier pour expliquer le mal qu’elle a fait au génie. Le pardon des villageois et une bouteille de boisson alcoolisée suffisent à calmer le génie qui sort du corps d’Adjoua.

Commentaire

Voilà un exemple parmi tant d’autres qui montre que les génies ne sont pas toujours méchants. Comme les hommes, certains peuvent être méchants, d’autres non. D’ailleurs, s’ils étaient méchants comme certaines personnes le croient, personne ne pourrait ni entrer en brousse ni rester au village.

En un mot, il serait difficile aux humains de vivre ! Tout dépend du comportement des humains. Ils sont hypocrites, égocentriques, criminels, voleurs, etc. Ils enfreignent toujours les règles préétablies dans la communauté. Certains humains justifient l’adultère, les sacrifices humains pour de l’argent, la sorcellerie, la richesse des responsables religieux au détriment des fidèles, l’empoisonnement de leurs semblables, l’élimination de leur prochain en utilisant des mauvais fétiches appelés « douwlê » en Baoulé, l’escroquerie, la discrimination à travers la réservation des postes à leurs protégés dans l’administration publique, la médisance, etc. D’autres, les moins nombreux de nos jours, condamnent fermement ces comportements indécents. C’est là où les génies interviennent pour punir les méchants. Cela peut paraître lent, mais, certainement que les jours des humains et ceux des esprits n’ont pas la même longueur. Ce qui semble durer chez les humains est apparemment récent chez les esprits.

Vivement que les recherches se poursuivent dans ce domaine pour repositionner les bons génies dans la vie quotidienne des humains car la maladie peut être physique, spirituelle ou à la fois physique et spirituelle. Soigner le volet physique sans soigner le volet spirituel est comparable à soigner une plaie sans ouvrir la peau qui la recouvre. Naturellement, elle ne pourra pas cicatriser ! Plusieurs maladies ont été très bien soignées ! Des maladies qui déciment aujourd’hui des populations noires n’étaient pas craintes par les Africains. Dans le temps jadis, tout homme demande l’avis du devin avant de poser tout acte. Les prédictions ont été toujours concluantes. Rappelons-nous la naissance de Soundjata et de ses prouesses immenses, l’apparition extraordinaire des différents peuples en Côte d’Ivoire, etc. Ces faits sont racontés et ce qui est raconté a toujours une origine.

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Je rends hommage à Jean-Marie Adiaffi, à Georges Niangoran-Bouah, à Bernard Zadi Zaourou et à tous ceux qui, de près ou de loin, cherchent à aider les humains à élucider ce mystère spirituel important pour l’Afrique en général et pour la Côte d’Ivoire en particulier. Il sera question de présenter au reste du monde les indescriptibles acquis culturels et spirituels des Ivoiriens.

Par Djlagny

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