L’ « OUBLI », LA SPATIALITÉ DU TEMPS ET LA TEMPORALITÉ DE L’ESPACE CHEZ LES GOURO (2ème Partie et Fin)

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Dans ses trois formes d’oubli qu’il décrit, Marc Augé l’identifie au « retour » lié à la réactualisation de l’état normal d’un possédé qui s’ignore, au « suspens » ayant partie liée au jeu de rôle social, le « re-commencement » qui a trait au rachat social ; toute séquence de vie étant différente par ailleurs. Il note en conséquence que : « Les « figures de l’oubli » sont à cet égard exemplaires : la possession donne au possédé un surcroît d’identité aux yeux des autres ; les rites d’inversion sont bien évidemment des marqueurs d’identité sexuelle ou sociopolitique, dans la mesure même où ils mettent en scène une volonté (jouée) de s’en démarquer ; l’initiation donne un statut social à l’initié et crée une solidarité entre « promotionnaires ». Le rapport au temps se pense toujours au singulier-pluriel » (Marc Augé : 2001-81).

L’ « OUBLI », LA SPATIALITÉ DU TEMPS ET LA TEMPORALITÉ DE L’ESPACE CHEZ LES GOURO (1ère Partie)

C’est ainsi que les Gouro de Côte d’Ivoire accordent une importance aux rites funéraires eu égard à la ritualité initiatique qu’ils insufflent aux rapports entre humains. Sous l’angle de l’inversion sociale par exemple l’amitié a en pays gouro une valeur sociologique de premier plan. Ils désignent d’ailleurs « l’ami » par le lexème « an bé » qui signifie littéralement « mon autre ou l’autre moi-même ». Il faudra lire au-delà du narcissisme apparent, à travers cette dénomination, l’importance de l’amitié dont la sacralité constitue le primat des rapports interculturels ; comme certainement partout ailleurs.

OUBLI

Nous sommes loin des troglodytes et autres peuplades sauvages décrites çà et là par des ethnologues de renom ; quant à cette sociologie des comportements et des rapports transhumains. Le syntagme « Dji san » ou « di san » désigne littéralement « l’égarement de l’intérieur ». L’égarement pris comme un « faux bond », une entorse à la chronologie et la linéarité du temps que la mémoire vient régulièrement télescoper ; mais en même temps comme « territorialisation » imprévue et inattendue ; donc une fausse orientation. L’égarement implique donc à la fois le temps et l’espace comme l’oubli appelle la mémoire dans l’homothétie virtuelle trans-catégorielle ayant pour centre le temps. C’est ce que l’on peut lire chez Tzvetan Todorov dans ce passage : « La mémoire ne s’oppose nullement à l’oubli. Les deux termes qui forment contraste sont l’effacement (l’oubli) et la conservation ; la mémoire est, toujours et nécessairement, une interaction des deux » (Tzvetan Todorov : 1995-14).

Cette géométrie virtuelle catégorielle intègre l’oubli à l’espace de la mémoire. L’oubli devient certainement un faux reflet de « l’intérieur » par rapport à lui-même, notons que l’intérieur renvoie ici à la mémoire. La mémoire révèle d’ailleurs le temps. L’on note donc aisément à travers l’oubli la spatialité du temps mais aussi la temporalité de l’espace.

Par DIANDUÉ Parfait, Professeur des Universités

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