«KPATA»: DE L’ABRI ET DU PARDON EN PAYS BAOULÉ (1ère Partie)

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Les mots baoulé sont pleins d’images, d’allégories, de symboles, de métaphores. Cette particularité fait du baoulé une langue subtile. Le changement dans le ton pour dire un même mot afin de lui donner une autre signification est en fait un voile qui masque le secret que renferme l’expression. C’est dans ce contexte qu’intervient le vocable kpata qui possède une multiplicité de sens. Nous en retenons quelques-uns qui se rejoignent et s’opposent dans une symphonie sémantique ou morphologique.

Dans une première approche, kpata est un abri de fortune qu’on réalise au champ pour se protéger du soleil ou se reposer en cas de pluie. C’est aussi le lieu où l’on garde ses instruments de travail. On voit ce genre de kpata plus généralement dans les champs de riz ou les plantations de cacao et café.

Les deux premiers sens que nous retenons, et qui s’accordent sémantiquement de par leur fonction, c’est d’un côté un abri, une cabane basse faite de branchages et recouverte de chaume, que l’on construit dans les champs et qui sert d’abri aux enfants, aux personnes qui travaillent dans les champs, aux chasseurs et qui peut servir d’endroit pour garder les volailles (ngbatangba) ou même d’abri en cas de tempête ou pluie. Sa fonction se rapproche de celle du kpata, abri fait de poteaux qui soutiennent un toit de palmes ou une bâche.

Un autre sens un peu plus proche que les deux premiers est aussi à considérer: séchoir pour vaisselle (akpa, ngbatangba). Le terme kpata se compose de deux syllabes: kpa (coudre) et ta (planter). Mais kpa-ta, dans le sens que nous développons, pourrait provenir de kpè (couper) ta (planter), donc couper pour planter. Alors que coupe-t-on pour planter?

Dans l’univers baoulé, la vie champêtre comme sociale en général, consiste à reprendre à sa manière l’existant, à la modeler ou la façonner pour en créer un nouvel élément. Cette re-création peut être comprise comme une adaptation à un mode de vie qui lui convient certes, mais en symphonie et en harmonie avec la nature. Ainsi, on peut couper un arbuste par nécessité pour le planter et en faire un tuteur d’igname ou de haricot en pleine saison champêtre. De cette même manière, les tiges des arbres utilisés dans le cadre du kpata, sont d’abord coupés (kpè) et ensuite plantés (ta) pour le construire.  De kpè (couper) à ta (planter) il n’y a qu’un pas.

À suivre…

Par Dr. YAPI Michel

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