INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (7ème Partie)

0 89

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

1. DE L’ÉCRITURE SMS : PRINCIPE SOUS-JACENT ET CONSTRUCTION

1.1. Un principe de base : la transgression par la simplification

1.1.2. L’écriture sms comme simplification des formes conventionnelles

a) La gestion de la contrainte liée au temps

L’écriture n’étant pas une manifestation naturelle du langage, elle suppose un supplément de travail en contrepartie de ce qu’elle apporte comme valeur ajoutée dans l’utilisation sociale de la langue. Dans l’absolu, en effet, il est plus facile de parler que d’écrire. Parler nous prend pour cela aussi moins de temps qu’écrire. Il y a donc dans l’écriture quelque chose de contre-nature par rapport à la représentation et à l’utilisation de la langue, quelque chose qui a toujours poussé certains usagers de l’écriture à chercher à la ramener à ce qui est ressenti profondément comme une norme dans le langage : la rapidité. L’écriture sms n’est que la traduction moderne d’un vieux désir, celui d’écrire aussi vite qu’on parle.

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (6ème Partie)

On évoque ainsi souvent la sténographie, une « écriture phonétique compacte » comme « l’ancêtre du langage TEXTO (SMS) ». La sténographie est une manière d’écrire rapidement, de manière phonétique. Du grec στενός (sténos) = étroit + γράφειν (graphein) = écrire. Cette écriture permet de prendre des notes au rythme du langage parlé. Cette manière d’écrire a perdu de sa pertinence depuis l’apparition des dictaphones, petits appareils utilisés pour enregistrer la parole.

Mais Lætitia Bianchi (2008, p.55) va plus loin dans la comparaison de l’écriture sms avec des formes scripturales antérieures : L’écriture SMS a d’ailleurs de fortes proximités avec des systèmes sténographiques existants. Non pas les plus rapides, qui se défont de l’alphabet au profit de tracés plus simples, mais par exemple la méthode Speedwriting, mise au point en 1924 par un professeur américain, Emma Dearborn, et révisée en 1950 par Leon Sheff. Dans ce système, les sons et les mots sont représentés par les lettres de l’alphabet et les signes de ponctuation. Un C majuscule, par exemple, figure le son ch. Exemples: recevez s’écrit rsv, autoriser s’écrit otrse, monopole s’écrit mnpl, âge s’écrit aj.S’ajoutent des mots usuels: lequel, laquel, lesquels s’écrivent lc, vôtre ou vous s’écrivent v, commerce se dit co, américain se dit am, financier se dit fi, et ainsi de suite…

3-x-4-keypad

Au-delà des caractéristiques individuelles des personnes en interaction et du contexte de la communication, la question du temps est étroitement liée au type de clavier utilisé pour composer le sms. L’évolution technologique très rapide dans le domaine des TIC fait qu’il existe aujourd’hui des téléphones mobiles utilisant des claviers QWERTY ou AZERTY pour le SMS. Avec ce type de clavier, les téléphones mobiles deviennent en réalité des mini-ordinateurs. Le temps de composition d’un texto se voit donc substantiellement réduit dans la mesure où chaque lettre peut s’écrire désormais en un seul clic.

Mais c’est surtout à l’origine les claviers 3×4, ces claviers avec trois lettres ou quatre par touche qui ont conditionné la construction des sms, contribuant ainsi fortement, par les contraintes techniques liées à la disposition des lettres, à fixer les contours d’une nouvelle « norme » ou d’un nouveau système scriptural.

Touche

Nombre de clics nécessaire pour écrire chaque lettre

2ABC A Un seul clic B Deux clics C Trois clics Quatre clics
3DEF D E F
4GHI G H I
5JKL J K L
6MNO M N O
7PQRS P Q R S
8TUV T U V
9WXYZ W X Y Z

Pour écrire plus vite que le permet cette distribution des lettres, le défi consiste à composer chaque mot du texto en tapant le moins possible sur le clavier, d’où le recours systématique et parfois massif à l’abrégement, et surtout lorsqu’en plus de cette contrainte technique, l’utilisateur du SMS est soumis à l’urgence qui caractérise une conversation spontanée par ce biais. Dans ce que nous appelons « littérature cellulaire », le processus de simplification échappe plus ou moins à cette urgence dans la mesure où l’auteur, qui ne se trouve pas impliqué dans une conversation directe par sms, prend du temps pour composer son texto. Mais les contraintes, celles liées notamment au type de clavier utilisé, peuvent encore conditionner son écriture et motiver des choix de raccourcis divers.

Suite: INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (8ème Partie)

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

 

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :