INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (43ème Partie et Fin)

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III. POUR FINIR

Mais pour finir quoi ? Certainement pas la réflexion, car elle doit continuer, continuer ailleurs, sous cette plume ou sous d’autres, ce que nous appelons de tous nos vœux. L’objet décrit et analysé n’ayant pas dit son dernier mot, comment cesser de tendre l’oreille et de chercher à comprendre, chaque fois encore mieux, ce qu’il lui reste à raconter. Nous le savons bien sous ces cieux, les bras n’arrêtent pas de balancer tant que la marche se prolonge. Et la marche, nous savons à quel point elle est rapide dans le monde des TIC où se meut cette « littérature cellulaire ».

Alors pour finir quoi ? Simplement une étape dans la course, cette étape-ci, ce premier jet sur un tableau encore presque vierge. D’ailleurs la fin d’une introduction, car ce n’était qu’une introduction à une « littérature cellulaire » ivoirienne, n’est que le début d’un développement. Et les champs à explorer sont immenses. Il fallait commencer quelque part et ce début, modeste, nous semble un bon commencement.

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (42ème Partie)

En même temps, il peut paraître osé de voir de la littérature là où beaucoup ne voient encore que du jeu et de l’amusement. Fondamentalement, nous n’y voyons pas autre chose, mais tout juste un peu plus. Qu’est-ce que la littérature si ce n’est un jeu de langage. La littérature commence dès que les usagers d’une langue décident de jouer avec cette langue, arrachant des mots à leurs habitudes sémantiques, brisant des tabous lexicaux et syntaxiques, etc.

L’explosion du SMS n’a pas seulement facilité la communication entre les personnes par le biais de ce service ; elle a aussi favorisé un usage esthétique de la langue dans un espace d’écriture nouveau, dépassant de très loin la simple volonté de transmettre un message et d’utiliser le téléphone portable comme un simple instrument de transmission d’informations. C’est déjà pour beaucoup, consciemment ou inconsciemment, un véritable espace de création ou de recréation d’idées, de sens, de sentiments, voire de vie.

Oui, quelque chose a germé sous nos yeux et est en train de se développer. Ce n’est peut-être pas encore « la littérature », mais c’est déjà pour nous « une littérature ». Une littérature populaire et informelle, spontanée et « jetable », et largement calquée sur l’oralité.

Nous avons tenté de la décrire telle qu’elle se présente aujourd’hui, et tout ce qui la caractérise actuellement lui donne en même temps une bonne marge de progression, notamment dans la forme et la présentation des œuvres, tout cela étant conditionné, en partie, par les nouvelles performances que l’évolution technologique offrira aux téléphones portables en général et au SMS en particulier.

Il faut sans doute s’attendre à voir surgir ici, dans quelques années, les questions relatives à la propriété intellectuelle et aux droits d’auteur, avec des œuvres désormais systématiquement signées, mieux élaborées et structurées et, comme déjà sous d’autres cieux, téléchargeables moyennant des frais. D’ailleurs, sorte de préfiguration de cette probable évolution, des opérateurs de téléphonie mobile, notamment Orange, offrent déjà à leur clientèle la possibilité de recevoir différents types de contenus, dont les blagues, en souscrivant à un certain nombre de services.

Info Orange 19/09/2013 12:45 : Infos People, Blague, Horoscope, Amour et Vie? Détendez-vous à partir de votre mobile en composant le #124*12#. Cout: à partir de 25F/service.

Il y a aussi la possibilité d’accéder plus directement au service Blagues :

7700 21/09/2013 17:20 : Envie de détente? Souscrivez au service Blagues et recevez chaque jour pendant un mois 2 histoires drôles. Envoyez MBLAGUE au 7700 pour souscrire (500F/mois).

Il n’est pas sûr, cependant, que l’émergence et l’existence d’un espace culturel formalisé dans ce domaine sonne le glas de ce qui ne serait alors plus que la version populaire et informelle d’une « littérature cellulaire » ivoirienne officielle : la cohabitation entre professionnels et amateurs de la littérature dans le même médium numérique.

En attendant d’arriver à ce bicéphalisme, la « littérature cellulaire » ivoirienne, au stade embryonnaire où elle se trouve, représente un champ fertile pour la recherche. Et pas seulement pour la grande famille de la linguistique. Il y a du grain à moudre pour le sociologue, le psychologue, le spécialiste de la communication, etc., tout comme pour le pédagogue et le didacticien. De nombreuses études ont démontré, en effet, que l’écriture sms a une utilité didactique et qu’elle pourrait et devrait prendre place parmi les instruments de l’enseignement-apprentissage.

Car pour beaucoup, l’écriture sms ne pouvait pas entrer dans nos vies, celle des adolescents et des jeunes notamment, sans entrer aussi dans nos classes. Et il n’est plus question, à ce stade, de les empêcher d’adopter cette nouvelle forme d’écriture, il faut plutôt chercher à les rendre capables, depuis nos écoles, d’un aller-retour intelligent entre cette écriture de circonstance et l’écriture standard. Avec l’écriture sms, c’est la « littérature cellulaire » ivoirienne qui, sans frapper à la porte, se retrouve déjà dans nos salles de classe. Nous sommes de ceux qui pensent qu’il est nettement plus facile et plus utile de l’intégrer au processus d’enseignement-apprentissage que de chercher à l’en écarter.

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

 

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