INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (28ème Partie)

0 94

Obtenez des mises à jour en temps réel directement sur votre appareil, abonnez-vous dès maintenant à Attoungblan.net.

3. DU STYLE, DE LA FORME, DES GENRES ET DE LA THÉMATIQUE EN « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE

3.2. De la forme des écrits

La forme renvoie à la structure, la configuration ou l’organisation interne des écrits. On peut observer dans l’ensemble une structure en trois parties :

– L’introduction, par laquelle l’auteur entre en contact avec le lecteur et établit avec lui une relation autour de son œuvre, éveille son intérêt et sa curiosité. Ce contact avec le lecteur s’inscrit dans le sillage du contact téléphonique sonore, par vibration ou par éclairage avec l’utilisateur du portable. Ce peut être une salutation, une interpellation, un décor planté à travers une phrase ou un groupe nominal, une image, etc.

– Le développement, où l’auteur donne « les nouvelles » au lecteur, c’est-à-dire, le contenu de son œuvre, qui peut être une histoire, un conseil, une prière, etc.

– La conclusion, par laquelle l’auteur prend congé du lecteur, en lui laissant, de par la propriété interactive du médium utilisé, toute liberté d’action sur l’œuvre ainsi mise en circulation. Ce peut être une invitation, une injonction amicale, une bénédiction, un vœu ou un souhait, ou une formule quelconque personnalisée ou pas. Elle est personnalisée lorsqu’elle installe soudain le texto dans une relation de type privé.

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (27ème Partie)

La forme des écrits étant fortement tributaire de l’espace et de sa gestion, cette contrainte, plus encore que les contraintes liées au coût et au temps, explique que les œuvres en « littérature cellulaire » ivoirienne soient très courtes, et donc faciles à lire et à comprendre. La contrainte de l’espace, à l’origine de ce que nous avons appelé l’écriture directe au regard du style, favorise l’existence de quatre types d’écrits par rapport à la forme :

– Les textos IDC, comportant une Introduction, un Développement et une Conclusion.

03/07/2013 22:18 : Aaah, Elève d’aujourd’hui ! Le maitre fait une phrase : »les jeunes dansaient et tapaient le tam-tam dans la rue ». il dit à koffi : quel est le temps de cette phrase? koffi repond:-« ahiii…c’est le temps du zouglou et du woyo !!! ki connè pa ca? rit doucement.

Introduction : « Aaah, Elève d’aujourd’hui ! », le décor est planté à travers une exclamation. Le lecteur ne peut qu’être curieux de poursuivre pour savoir ce que les élèves « d’aujourd’hui » ont encore inventé.

Développement : « Le maitre fait une phrase : »les jeunes dansaient et tapaient le tam-tam dans la rue ». il dit à koffi : quel est le temps de cette phrase? koffi repond:-« ahiii…c’est le temps du zouglou et du woyo !!! ki connè pa ca? ». Voici donc la nouvelle invention des élèves « d’aujourd’hui » ; l’histoire est racontée.

Conclusion : « rit doucement. », une injonction amicale dans ce cas-ci.

– Les textos ID, comportant seulement une Introduction et un Développement.

09/06/2013 20:05 : A bord d’1 « woro-woro » 1 typ se retrouv assis à coté d’1e superb jeun fille. C dernier remark ke la fill li 1 livr sur ls statistik sexuel. Il l’interoge sur ce sujé é ell l8 répond : – C 1 livr trè intéressan. Ainsi ls Gouro sont ceu dont le sex è le plu long et ls Dioula sont ceu ki sav le mieu s’en servir. Au fait, g m’appel Flore. Et vous? Le gar répond: « Irié bi Moussa!

Introduction : « A bord d’1 « woro-woro » 1 typ se retrouv assis à coté d’1e superb jeun fille. ». Le décor est planté à travers une phrase.

Développement : « C dernier remark ke la fill li 1 livr sur ls statistik sexuel. Il l’interoge sur ce sujé é ell l8 répond : – C 1 livr trè intéressan. Ainsi ls Gouro sont ceu dont le sex è le plu long et ls Dioula sont ceu ki sav le mieu s’en servir. Au fait, g m’appel Flore. Et vous? Le gar répond: « Irié bi Moussa! ». L’histoire racontée, l’auteur s’en va sans prendre congé.

– Les textos DC, comportant seulement un Développement et une Conclusion.

16/06/2013 05:49 : La Lune est l’Expression de la Beauté. Le Soleil l’Expression de l’Espoir et l’Etoile l’Expression de la Réussite. Ce message est l’Expression 2 toute ma Sympatie et ma considération pr toi. Que Dieu te benisse et te comble de sa grace infinie. Excellente jrne a tw.

Développement : « La Lune est l’Expression de la Beauté. Le Soleil l’Expression de l’Espoir et l’Etoile l’Expression de la Réussite. ». C’est le message à proprement parler, une poésie dans ce cas-ci.

Conclusion : « Ce message est l’Expression 2 toute ma Sympatie et ma considération pr toi. Que Dieu te benisse et te comble de sa grace infinie. Excellente jrne a tw. ». Où l’auteur expose le motif de son écrit et prend congé du lecteur.

– Les textos D, limités à un Développement.

21/05/2013 20:41 : Mme dit à son mari : chéri, quand tu me draguais tu me faisais beaucoup de cadeaux, maintenant tu as arrèté. Pourquoi ? Le mari sourit puis lui répond: « depuis quand tu as vu un pecheur donner un ver de terre à un poisson déja pris »?

Ce texto rédigé d’un trait est prototypique de l’écriture directe en « littérature cellulaire » ivoirienne. Le lecteur est directement confronté à une histoire, à une réalité. L’œuvre, donnée en dehors de toute communication (ni sur l’œuvre elle-même ni entre l’auteur et le lecteur), tombe comme un cheveu sur la soupe, mais semble tout dire d’elle-même : raconter une histoire (les faits), le pourquoi de cette histoire (une certaine moralité ?) et le motif de sa mise en circulation (faire rire un peu).

Suite: INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (29ème Partie)

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

Commentaires
Loading...
%d blogueurs aiment cette page :