INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (26ème Partie)

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1. DE L’ÉCRITURE SMS : PRINCIPE SOUS-JACENT ET CONSTRUCTION

2. DE LA « LITTÉRATURE CELLULAIRE » : CONCEPT ET UTILITÉ SOCIALE

3. DU STYLE, DE LA FORME, DES GENRES ET DE LA THÉMATIQUE EN « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE

Nous ne nous en tenons ici qu’à quelques observations d’ordre général, pour réserver certains détails aux présentations qui introduiront les différentes rubriques du recueil de sms. Tous les écrits n’étant pas de la littérature, tout ce qui est écrit dans un téléphone portable ne relève pas non plus de la « littérature cellulaire ». Dans une perspective sartrienne, « La littérature est, par essence, la subjectivité d’une société en révolution permanente». Cependant, prévient Bootz (2006), la littérature numérique ne peut être considérée comme le résultat d’un simple changement de support:

L’introduction d’une technologie nouvelle produit toujours les mêmes effets. Dans un premier temps, les créateurs copient des modalités déjà existantes. La technologie nouvelle en simule alors une ancienne, amenant un gain de productivité par son apport technologique. Elle apparaît comme une aide purement instrumentale. C’est ainsi que la première imprimerie a commencé par simuler la copie des moines. Puis de nouvelles questions se posent qui sont liées aux implications sociales et culturelles de cette technologie nouvelle. Il y a alors déplacement des pratiques.

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (25ème Partie)

De cette façon, ce qui n’était au départ qu’un simple changement de support évolue progressivement jusqu’à devenir un changement de médium, cette notion, dont nous connaissons déjà la complexité, incluant et dépassant parfois celle de support.

Toute délimitation du champ de la « littérature cellulaire » doit donc nécessairement prendre en compte au moins deux éléments : a) le fait qu’elle est une littérature, c’est-à-dire, une utilisation particulière de la langue ; esthétique quand elle joue des signifiants et subjective quand elle joue des signifiés ; mais forcément toujours à la fois subjective et esthétique, étant donné la consubstantialité du signifiant et du signifié et l’obligatoire subjectivité de toute expression esthétique ; b) le fait qu’elle est une littérature numérique, c’est-à-dire, l’utilisation esthétique et subjective de la langue dans un médium informatique qui, parce qu’il n’est pas le papier, lui communique de nouvelles caractéristiques relevant de ses propres spécificités techniques, notamment l’interactivité comme propriété centrale à l’intérieur du dispositif de l’œuvre.

L’un dans l’autre, ces deux postulats infèrent qu’il faut exclure du champ de la « littérature cellulaire » :

a) les textos à caractère commercial ou publicitaire, provenant notamment des opérateurs de téléphonie mobile à destination de leur clientèle, des banques ou d’autres commerciaux ;

b) les textos à caractère informatif, reçus d’agences de presse nationale ou internationale ;

c) les textos à caractère officiel, provenant d’une autorité, d’une structure officiel, d’une administration publique ou d’une institution de la République ;

d) les textos à caractère professionnel, émis dans un cadre professionnel, par une entreprise à ses travailleurs ou par un chef de service à ses collaborateurs;

e) les textos à caractère personnel, écrits dans le cadre d’une conversation privée ou d’une relation très personnelle ;

f) les  textos destinés à la propagande, qu’elle soit religieuse, politique, ou de toute autre forme ;

g) les textos malveillants, émis dans le but inavoué de tromper, arnaquer ou nuire aux autres ; etc.

h) et, en général, tous les textos ne laissant transparaître aucune intention esthétique ni dans leur forme ni dans leur contenu.

Tout texto qui ne tombe pas sous le coup de ces restrictions jouit au moins d’une présomption de littérarité.

Par ailleurs, autant l’écriture sms n’est pas un critère de littérarité, autant elle ne remet pas en cause la littérarité d’un texto. Si ce langage « décalé » se présente, d’une part, comme la transgression d’un système scriptural normatif et donc d’une norme première ; il acquiert, d’autre part, une fois dans le médium informatique qu’est le téléphone portable, le statut d’un système scriptural parallèle, parce que généré justement dans ce milieu sous des contraintes spatio-techniques endogènes. L’écriture sms ne devrait donc guère choquer tant qu’elle est pratiquée sur un téléphone portable, parce qu’elle s’y trouve à sa place, dans l’environnement qui a favorisé son émergence et qui assure maintenant sa fonctionnalité. Ce médium informatique est son biotope. Qu’y a-t-il de choquant, en effet, à voir un poisson dans l’eau. N’est-il pas dans son milieu de vie  naturel? En revanche, n’importe qui serait en droit d’être au moins abasourdi de retrouver le même poisson encore frétillant dans du sable chauffé à plus de 50º dans un coin du Sahara.

En outre, l’écriture sms fait partie de l’ADN de la « littérature cellulaire » parce qu’elle y est aussi le fruit de l’interactivité, c’est-à-dire, de cette relation dynamique qui s’établit entre l’œuvre et le lect-acteur à travers le programme. L’interactivité, disait Bootz, est une propriété de la relation lecteur-programme, une capacité donnée au lecteur et une obligation pour le programme ; elle consiste en la capacité que l’œuvre donne au lecteur de pouvoir influencer la composition des signes proposés à sa lecture et en l’obligation que l’œuvre impose au programme de devoir tenir compte de certaines informations fournies par le lecteur. C’est ce qui rend possibles les mobilités intrasystémique et intersystémique du sms littéraire au point de faire du balancement entre deux systèmes scripturaux, incompatibles dans d’autres contextes, une des principales caractéristiques de la « littérature cellulaire » ivoirienne au moment où elle émerge.

Les mêmes contraintes qui ont généré les « SMismes » dans la « littérature cellulaire » ivoirienne ont contribué aussi à y imposer un style, une forme, des genres et une thématique dont voici pour chacune une description générale.

Suite: INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (27ème Partie)

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

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