INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (22ème Partie)

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2. DE LA « LITTÉRATURE CELLULAIRE » : CONCEPT ET UTILITÉ SOCIALE

2.2. De l’utilité sociale de la « littérature cellulaire » en Côte d’Ivoire

2.2.1. Écrire comme on parle (3/3)

Les emprunts ; en entendant par ce terme un mot ou une expression empruntée à une autre langue pour sa notoriété dans un domaine précis ou pour combler un réel vide lexical, c’est-à-dire, pour traduire un concept pour lequel la langue qui emprunte ne dispose pas de signifiant ou d’un signifiant capable de traduire toutes les nuances de la réalité concernée.

03/07/2013 09:54 : Yako mon frère! j’ai apri la nouvelle. Vraiment yako! on m’a dit qu’hier sous la menace d’une arme, on t’a proposé de choisir entre donner ton derrière ou ton telephone. Mais je suppose que si tu lis ce sms c’est que tu as préféré garder ton téléphone. Encore Yaako!!! Bonne soirée et soigne toi bien hoo!!

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (21ème Partie)

L’expression « YAKO » est un cas intéressant d’emprunt du français aux langues locales dans le langage quotidien de Côte d’Ivoire, tout comme l’expression « KWABA » ou « AKWABA » pour souhaiter la « BIENVENUE » en Akan. Cette expression que se partage le groupe Akan dans sa diversité linguistique et culturelle, a fini par tomber dans le domaine public national. Pouvant signifier, selon le contexte, « Prompt rétablissement !», « Mes condoléances !», « Courage ! » etc., il sert principalement à exprimer sa compassion à l’endroit d’une personne en détresse. Et parce qu’il n’existe pas dans la langue française un réel équivalent pour traduire toute la charge émotionnelle, affective et forcément culturelle de cette expression, elle est devenue un emblème national, utilisé, non plus uniquement entre les seuls Akan, mais aussi entre les personnes n’appartenant pas au même groupe ethnique, car chaque langue de Côte d’Ivoire a sa façon de dire le « YAKO ».

Entrent également dans ce mode de contamination de l’écriture par l’oralité l’emploi de nombreuses interjections telles que « tchrrrrr!!!!! » ou « tchrouu… », pour exprimer le dégoût ou le dépit, « dèh! », « hein » ou « tchié ! », pour exprimer une certaine surprise ou simplement pour ponctuer le discours (« dèh »). L’interjection, qui n’est pas réellement un signe linguistique, relève davantage de la culture et de la manière particulière qu’a chaque peuple d’exprimer les plus vives émotions humaines. On comprend alors que, dans la vie de tous les jours, les Ivoiriens aussi mêlent au français (signes linguistiques français) des sons relevant de leurs propres cultures pour exprimer des sentiments plus profonds.

Les transcriptions ; nous parlons de transcriptions lorsque l’auteur rapporte directement les propos d’un personnage tels que tenus dans la langue locale concernée. Le but ici n’est plus de combler un vide lexical, lesdits propos pouvant être parfaitement rendus en français, mais pour les besoins de la narration (Exemple 2), pour coller davantage aux faits ou pour une peinture plus réaliste du personnage (Exemple 1).

22/06/2013 07:10 : Le vieux diallo apres une nuit bien agité soldé par un travail bien fait par sa nouvelle petite et charmante femme part à la mosquée à 5h du matin. L’imam lui demande mais qu’est ce ke tu tiens en main là? le vieux diallo repon: « c’es mon chapelet ». L’imam lui demande: « es-tu sur d’avoir bien regardé ». Il s’écrit safroulaye rokia ta baya loh. Llaadjilaaa!!! Eeeh allah.

06/07/2013 17:19 : Slt, Un evangeliste dans un village baoulé dit: <<jesus n’aime pas la SORC-E-LE-RIE>>(sorcelerie).Le traducteur dit:<<jesus kloman avié ni tro>>(jesus n’aime pas la sauce et le riz). La foule repond: hein!! C’est à cause de Ça dans ses films c’est pain seulement il mange avec du vin……

Les interférences ; si dans les deux cas précédents le mot ou l’expression emprunté ou transcrit est visible dans le texte, il ne l’est pas dans le cas des interférences. Il faut alors entendre par ce terme le fait d’écrire en français en traduisant directement les langues ivoiriennes, c’est-à-dire, « la représentation sémantique » des langues locales avec « des signes linguistiques » du français (Fernández Sánchez, 2000, p.109).

07/06/2013 17:33 : Un père surprend sa fille entrain de faire l’amour avec son répetiteur sur la table d’étude. Heureux,le père lui dit:«c’est bien ma fille,si papier ne rentre pas et que c’est «  »PINE » » qui rentre, c’est bon. Au moins quelque chose rentre,comme ca tu seras « CON-TABLE »». plutard. bonne soirée.

23/07/2013 20:36 : Une servante à genou et en pleur devant sa patrone: -Tantie, je te demande pardon. je me confesse. je sors avec ton mari. La tantie:-Ouf ! Tu as coupé mon coeur dèh. je pensais que tu couchais avec lui. si c’est sortir-là ce n’est pas grave ma fille. Bonne soirée!

Dans le premier texto, le mot « papier » tel qu’employé résulte d’une traduction littérale des langues locales ivoiriennes. Il faut donc entendre par « si papier ne rentre pas » « si les études ne marchent pas ». Il s’agit d’une construction synecdochique basée sur la partie pour le tout, « papier » ou « papier de blanc », dans cette formule complète, renvoyant au livre comme moyen moderne, en son temps, de divulgation du savoir. L’autre cas d’interférence que révèle ce texto est l’omission de l’article aussi bien dans « si papier ne rentre pas » que dans « c’est «  »PINE » » qui rentre ». Dans ces deux phrases, l’absence des articles « le » (« papier » au lieu de « le papier ») et « la » (« PINE » ou lieu de « la PINE ») s’explique par l’influence de nos langues locales qui ne disposent pas d’articles.

Dans le second texto, l’expression « Tu as coupé mon coeur… » est aussi le produit d’une traduction littérale de nos langues locales, pour dire « Tu m’as effrayé… / Tu m’as fait peur… ». Chez les Gouro, par exemple, une autre expression liée au « Mian zrou tchinhin. » (« Tu as coupé mon coeur. ») est, conséquence directe de la première idée, « I gninhin zin an di. » (« Tu as versé le sang dans mon intérieur. »). En clair, puisque le cœur, organe chargé de la distribution du sang dans l’organisme, est « coupé », le sang est dispersé partout dans le corps. La peur, dans cette métaphore anatomique, n’est pas très loin de la mort.

Suite: INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (23ème Partie)

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

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