INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (18ème Partie)

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2. DE LA « LITTÉRATURE CELLULAIRE » : CONCEPT ET UTILITÉ SOCIALE

2.1. Du concept de « littérature cellulaire » : un bref historique

2.1.1. Une littérature numérique en miniature (4/4)

2.1.2. Quelques principes de base

Au moins trois principes essentiels régissent la production, la circulation et la consommation de la « littérature cellulaire », les deux premiers parce qu’ils gouvernent déjà le monde virtuel des TIC dans la Société démocratique, le troisième parce qu’il est consubstantiel à cette littérature mobile et populaire par nature.

Le principe de la liberté d’expression et d’opinion

Ce principe découle du droit à la liberté d’expression et d’opinion universellement reconnu à tous les Hommes et consacré par des textes nationaux et internationaux. C’est au nom de ce principe fondamental qu’il y a trois ans, par exemple, l’association Internet Sans Frontières estimait que la décision de l’agence officielle ivoirienne des télécommunications (ATCI) de suspendre la diffusion de sms en Côte d’ivoire du jour du scrutin présidentielle d’Avril 2010 jusqu’après la proclamation des résultats, constituait « une atteinte majeure à la liberté d’expression ».

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (17ème Partie)

Le principe de la liberté d’expression et d’opinion connaît plusieurs applications dans le quotidien des acteurs de la « littérature cellulaire » : a) penser librement et émettre son avis sur tous les sujets d’intérêt général ; b) écrire librement sur tous les sujets d’intérêt général ; c) conserver un texto, l’effacer aussitôt ou au bout de quelque temps, l’envoyer à son tour ou pas. L’interactivité peut être donc considérée comme le pendant technique de ce principe de liberté, qui permet à chaque lecteur d’apporter les modifications qu’il juge nécessaires à tout sms reçu dans le cadre de la « littérature cellulaire ».

Cette propriété fait que la mobilité de la «  littérature cellulaire » ne se trouve pas seulement dans la circulation rapide des contenus entre les usagers mais aussi dans l’élasticité et la malléabilité même de ces contenus. Comme les planètes tournent autour du soleil (révolution) en tournant sur elles-mêmes (rotation), les contenus en « littérature cellulaire » passent de téléphone en téléphone en se modifiant constamment, si non par la volonté et l’action des lect-acteurs, au moins par les limites de la compatibilité technique quant à disposer et montrer l’œuvre littéraire d’une façon identique sur tous les écrans de portables.

Le principe du respect de la dignité et de la vie privée

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule également, en son Article 12, que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »

Le tollé international créé récemment par le scandale des « écoutes américaines » est révélateur de l’importance accordée à ce principe et justifie les inquiétudes de l’Union Européenne (Stroobants, 2013). En effet, « Plusieurs pays européens et  associations de défense des droits des internautes considèrent PRISM comme une intrusion grave des services secrets américains dans la vie privée et une violation des droits des internautes de protéger leurs données perso. » (Zoubeir, 2013). Ni la tragédie du 11 Septembre 2001 ni les menaces terroristes qui, depuis lors, donnent du fil à retordre aux services secrets du monde ne semblent inciter à la moindre concession dans ce domaine.

Ramené à l’objet de notre étude, ce principe se fonde sur le fait que tous les sms ne sont pas les bienvenus partout et à tout moment, ce qui n’est pas moins vrai en « littérature cellulaire » que pour les utilisations privées ou personnelles du SMS. Selon ce principe, on ne devrait envoyer des sms qu’à ceux qu’on connaît et à partir de son propre numéro, un numéro que le destinataire est donc censé avoir dans son répertoire, ou alors prendre le soin de signer le sms envoyé à partir d’un autre téléphone.

On évite de cette façon de heurter des sensibilités, qu’elles soient religieuses, politiques ou idéologiques ; ou qu’elles touchent à l’orientation sexuelle ou à la vie privée. Il est bien connu, en effet, comme le note heureusement un(e) internaute, que « l’usage des sms est semblable à un couteau à double tranchant ». Et de s’interroger : « Combien de ruptures conjugales ont été provoquées par la simple lecture d’un sms […]? » Pas besoin de répondre à la question pour comprendre à quel point un sms peut bouleverser des vies entières.

– Le principe de la convivialité, du partage et de la solidarité

La convivialité est l’art du vivre ensemble, du vivre avec. Elle se définit à la fois comme la « capacité d’une société à favoriser la tolérance et les échanges réciproques des personnes et des groupes qui la composent » et le « caractère chaleureux des relations entre les personnes au sein d’un groupe, d’une société ». Mais, coïncidence pour coïncidence, la convivialité est aussi, selon les deux sources consultées, la simplicité ou la facilité d’emploi d’un système informatique. La convivialité technique du SMS devrait donc favoriser la convivialité sociale. Il est de bon aloi, en effet, de renvoyer l’ascenseur à ceux qui vous envoient des textos, une façon de leur démontrer aussi votre amitié. Et la réponse à un texto « littéraire » peut être un texto du même type ou quitter ce registre pour se situer dans une relation personnelle à travers un simple « Merci ! ». Une attitude contraire à celle-là peut être considérée au bout d’un certain temps comme un manque de courtoisie et de convivialité et conduire à ne plus envoyer de sms à un correspondant montrant si peu de sympathie, surtout quand l’absence de réciprocité « SMiste » n’est pas compensée par quelques appels téléphoniques.

Le partage découle de la convivialité et aboutit avec elle à la solidarité. Ce troisième et dernier principe, celui de la convivialité, du partage et de la solidarité, est donc consubstantiel à la « littérature cellulaire », car si cette littérature prend son envol grâce aux forfaits de sms, c’est justement parce que ces forfaits favorisent d’abord et avant tout le contact, le partage et la générosité. Que cette littérature se présente à nous comme un espace de générosité est ce qui justifie et rend possible et plausible son rôle social. Le donner et le recevoir prend ici tout son sens, d’autant qu’on ne reçoit de textos que dans la mesure où on en envoie aux autres. Il se crée ainsi à l’échelle nationale des cercles d’amitié, de relation et de partage qui, par le truchement des amis en commun, font circuler et font vivre au quotidien la « littérature cellulaire ». Elle en devient une littérature populaire où, au stade où nous en sommes encore, monsieur « Tout le monde » est l’auteur de tous les écrits ; l’autorat n’est pas collectif, il est populaire.

Suite: INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (19ème Partie)

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

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