INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (16ème Partie)

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2. DE LA « LITTÉRATURE CELLULAIRE » : CONCEPT ET UTILITÉ SOCIALE

2.1. Du concept de « littérature cellulaire » : un bref historique

2.1.1. Une littérature numérique en miniature (2/4)

a) Des propriétés spécifiques du médium

 Le mot « médium » désigne tout à la fois un milieu, un moyen, un intermédiaire, un canal  de transmission et de réception de l’information. Dire donc qu’un dispositif informatique est utilisé comme médium signifie en tout premier lieu que l’ordinateur est utilisé par l’auteur pour créer l’œuvre littéraire (le milieu) et par le lecteur pour la lire (le moyen). Autrement dit, l’œuvre littéraire ne quitte jamais totalement le dispositif informatique (canal et intermédiaire entre auteur et lecteur).  Il en est de même du téléphone portable dans la « littérature cellulaire », notamment dans sa version tapuscrit où le texte est directement saisi à partir du mobile.

– L’interactivité

L’interactivité est la propriété la plus caractéristique des œuvres numériques. Abandonnant une vision techno-centrée de l’œuvre comme système technologique en fonctionnement au profit d’une vision anthropo-centrée, Bootz conçoit l’interactivité comme une propriété de la relation lecteur-programme, c’est-à-dire une capacité donnée au lecteur et une obligation pour le programme. Elle consiste en la capacité que l’œuvre donne au lecteur de pouvoir influencer la composition des signes proposés à sa lecture et en l’obligation que l’œuvre impose au programme de devoir tenir compte de certaines informations fournies par le lecteur. L’activité interactive constitue ainsi un dialogue entre l’auteur et le lect-acteur par l’intermédiaire du programme.

INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (15ème Partie)

Le concept de lecteur actif souvent évoqué en enseignement-apprentissage des langues et de la littérature, lecteur motivé et en interaction constante avec le texte, dans une posture davantage de compréhension-interprétation que de décodage passif, se voit ainsi enrichi par de nouveaux gestes imposés par un environnement technique habité, dans le cas de l’ordinateur, par de nouveaux instruments tels que le clavier, la souris et le curseur.

Sur un téléphone portable, des instruments de l’interactivité sont aussi le clavier mais, en lieu et place de la souris, la touche directionnelle qui permet de faire circuler le texto en déplaçant le curseur dans le sens souhaité. L’activité interactive en « littérature cellulaire » est à l’origine de l’autorat populaire dans un espace littéraire où « tous les coups sont permis » pour quiconque désire corriger, modifier ou adapter un texto reçu afin de l’envoyer à son tour. Alors le lecteur, déjà acteur, a souvent vite fait de passer de « lect-acteur » à co-auteur. L’interactivité poussée à un tel niveau d’implication du lecteur explique aussi l’instabilité esthétique du texto littéraire dans sa transhumance électronique.

L’ubiquité et le feed back

Le résultat produit par le programme peut être matérialisé simultanément sur plusieurs ordinateurs. C’est le cas des œuvres situées sur Internet. Il devient alors possible, si l’interactivité le permet, d’établir des communications entre lecteurs à travers l’œuvre, l’action de l’un modifiant le système de signes lu par les autres. Il y a alors retour (feed back) de l’activité de lecture sur l’œuvre, la lecture d’une personne modifiant l’œuvre pour les lecteurs suivants.

La capacité qu’ont certains téléphones portables d’accéder à Internet rend donc cette propriété viable en « littérature cellulaire ». Mieux, point n’est besoin d’être connecté à la toile pour que de feed back soit effectif en littérature cellulaire.  Le SMS qui rend possible l’envoi d’une œuvre d’un portable à plusieurs autres, permet à tout émetteur de partager avec d’autres lecteurs un texte reçu après l’avoir adapté ou modifié à sa guise.

– La compatibilité

Deux ordinateurs sont dits compatibles s’ils sont capables d’exécuter les mêmes programmes ; un programme est dit « portable » s’il est capable de s’exécuter sur des machines ou sous des systèmes d’exploitation différents. Cette propriété technique prend toute son importance esthétique dès lors qu’on remarque que, même si l’exécution du programme est possible dans des environnements informatiques compatibles, le résultat produit ne sera pas rigoureusement identique sur les deux machines. Or toute différence esthétique est susceptible d’entraîner une différence d’interprétation de la part du lecteur. En clair, deux lecteurs lisant le même programme sur deux machines différentes ne verront pas nécessairement la même chose et même, dans certaines situations, n’auront pas la sensation de lire la même œuvre.

Le risque d’incompatibilité esthétique en dépit de la compatibilité technique ou technologique est aussi vrai entre les téléphones portables. La dimension encore plus réduite de l’écran sur ce support augmente d’ailleurs ce risque, si bien que des modifications apparentes (de ponctuation ou d’accentuation) ou des cas de mutilation du texto à l’arrivée ne sont pas toujours le fait de l’activité interactive des lecteurs. L’origine de cette incompatibilité esthétique peut se situer en amont (au niveau du système d’envoi des sms) ou en aval (au niveau de l’appareil qui reçoit le sms).

– Un médium complexe

En littérature numérique, le dispositif informatique offre des possibilités nouvelles et ne se limite pas à simuler des appareils d’enregistrement (machine à écrire, caméra, appareil photo, etc.) ou de restitution (livre, projecteur, radio, etc.). C’est davantage un médium qu’un appareil. Il est à la fois seul médium du média numérique travaillé par le programme, support du résultat multimédia produit par le programme à destination du lecteur, milieu dans lequel s’effectue l’écriture, et siège de processus physiques comme l’exécution du programme ou la transmission des informations entre machines ou entre programmes, d’où sa complexité.

En « littérature cellulaire », le dispositif informatique offre aussi toutes ses nouvelles possibilités. Le téléphone portable peut être à fois, et c’est souvent le cas, le milieu dans lequel s’effectue l’écriture sous les conditions fixées par la technologie ambiante, le canal par lequel l’œuvre produite est transmise aux lecteurs, le support utilisé par ces lecteurs pour accéder à l’œuvre et l’outil de leur activité interactive.

Suite: INTRODUCTION À UNE « LITTÉRATURE CELLULAIRE » IVOIRIENNE (17ème Partie)

Par Dr DJANDUÉ Bi Drombé, Version originale achevée en septembre 2013

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