IL Y A MÊME QUOI DANS «BÔTCHÔ» ?

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En posant cette question à la camerounaise, loin de moi l’idée de dénigrer les bôtchô. Il a récemment circulé sur internet une vidéo comique dans laquelle un homme d’un certain âge s’en prend physiquement, par une gifle bien administrée, à un jeune homme qui a osé dire à quelqu’un au téléphone que «garba n’est pas doux». Il pourrait m’arriver la même chose si j’écrivais ici que «bôtchô n’est pas doux».

Ah les Ivoiriens et leur affaire de garba! Ah les Ivoiriens et leur affaire de bôtchô! En effet, «bôtchô» est un mot nouchi qui désigne les «fesses», allusion faite surtout aux fesses de la femme lorsque celles-ci sont particulièrement généreuses. On dit aussi dans ces cas-là awoulaba, bobraba (littéralement, grosses fesses en dioula) ou tassa ba, ce qui veut dire «grosse cuvette» dans la même langue. La force de nos métaphores en Afrique!

Mais au-delà des Ivoiriens, c’est la majorité des hommes africains qui ont tendance à apprécier les femmes au postérieur mouvant et touchant, d’où, chez les jeunes filles, le recours croissant aux crèmes magiques pour se booster le derrière. Ce n’est pas par hasard si, en Côte d’Ivoire en particulier, dans les années 1990, le mapouka a fait les beaux jours de notre musique. Le mapouka est une danse traditionnelle des peuples du sud qui se pratique par les femmes en remuant fesses et bassins.

mapouka nouvo

Récupéré par la jeunesse dans ces années marquées par la liberté d’expression retrouvée avec l’avènement du multipartisme et du zouglou, le mapouka, «danse de l’émancipation» s’il en est, était servi au public par des groupes tels que Taboth Cadence, Nigui Saff K-Dance, Les Tueuses du Mapouka. Même dans sa version la plus osée que fut le «mapouka dédja» (dansée avec les fesses presque nues), beaucoup parmi ceux qui critiquaient le mapouka se cachaient ensuite pour s’en rincer les yeux. L’amour des fesses!

Témoin et acteur de cette réalité sociale, ma question n’a donc nullement pour but de dénigrer les fesses mais plutôt de chercher à connaître l’origine de cet autre mot nouchi, comme c’est désormais une tradition dans la rubrique «Au yôrô» d’Attoungblan.net. Autrement dit, la question posée à propos des «bôtchô» porte plus sur le signifiant que sur le signifié.

Il y a quelques jours, en effet, l’un de mes étudiants me disait que «bôtchô» pourrait avoir un lien avec «gbô/bô», qui veut dire «fesses» en langue wobé (Côte d’Ivoire). Je remarque aussi au passage que les Baoulé appellent les fesses «bohoundrê». Mais alors, qu’en est-il de la deuxième syllabe du mot, «-tchô»? Serait-ce une abréviation de l’exclamation dioula «A lélo tchô!» (C’est cela même!)? Car en réalité, il y a des bôtchô qui vous arrachent parfois de telles exclamations dans les rues d’Abidjan. Que Dieu nous garde…

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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