IL A «BÉOU» AVEC LE «BÉDOU»…

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En nouchi, les mots qui se ressemblent s’éclairent aussi parfois mutuellement au niveau sémantique. Les sens s’aiguisent avec la lime de la rime, au rythme des mots qui s’animent pour tenter de saisir du mieux qu’ils peuvent la réalité dans son extrême complexité. Ainsi en va-t-il de béou et bédou.

Dans «Il a béou avec le bédou…» (Il a fui avec le porte-monnaie…), béou signifie «fui». Il est par conséquent synonyme de fraya, gagner temps, mettre dedans, disap, entre autres curiosités lexicales. Quant à bédou, c’est un substantif qui désigne le «porte-monnaie». Le nouchi, né dans la pègre abidjanaise, est aussi à l’origine le langage plus ou moins codé des pickpockets, spécialistes du vol à l’arraché.

En dépit de ce possible rapport entre béou et bédou, la question de l’origine du second mot qui motive en réalité cette contribution demeure entière. Ayant récemment posé le problème pendant l’un de mes cours, un étudiant originaire de Zuénoula, Siaholé Franck, a fait remarquer que dans la variante dialectale du gouro qu’il parle, «baadhɔ» veut dire 10 000 F CFA.

Le bédou (porte-monnaie) servant effectivement à garder de l’argent, voici sans doute une hypothèse plus plausible. Qui sait, on est peut-être parti de ce «baadhɔ» du gouro de Zuénoula pour créer le «bédou» en nouchi, sur la base d’une synecdoque construite, dans ce cas de figure, selon la logique du contenu pour le contenant.

Malgré tout, difficile de clore cette réflexion sans mettre également en rapport le substantif bédou avec le verbe badou, pour des raisons qui sonnent assez clairement à l’oreille. En effet, badou veut dire «manger» en nouchi. Et il se trouve qu’il faut souvent avoir quelque chose dans le bédou pour pouvoir badou.

À moins qu’il ne s’agisse, comme l’a suggéré Zilé Rodrigue sur Facebook où j’ai aussi lancé la réflexion, d’un «mot béninois», tant les Béninois nous ont habitués au concept de «bédou magique». Tout ce qui précède n’aurait alors qu’une valeur littéraire, ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose. Dans cette rubrique d’Attoungblan.net, il y a bien longtemps que j’explore un champ d’étude à cheval entre la linguistique et la littérature. On peut l’appeler linguistique littéraire.

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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