HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 10 et fin)

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Précédemment: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 09)

Quatrième partie : MATHIEU ÉKRA ET LE PROBLÈME DE L’ABIDJANAISE (pp.73-81)

Chapitre IV : Pourquoi et comment a-t-il participé à ce concours

e) La réaction des deux prêtres face à cette imposture

Pour les raisons que nous ignorons, le candidat le moins bien classé, usant de son poids et de son passé politique, a réussi à convaincre Houphouët-Boigny, qui avait certainement d’autres chats à fouetter, de lui permettre de faire des modifications au niveau des paroles qui, à ses yeux, n’étaient pas assez pugnaces et élevées. Tout cela s’est déroulé en dehors du Jury ad hoc, en toute illégalité.

Ainsi, contre toute attente, et en dépit de l’évidence (les abbés Pango et Coty avaient déjà été informés des résultats du concours), M. Mathieu Ékra va faire mentionner sur la feuille de la musique de l’Abidjanaise : « Paroles de Ékra Mathieu avec la collaboration de Joachim Bony et de l’abbé Coty ». Il l’a certainement fait avec la complicité du responsable de l’Imprimerie nationale chargée d’imprimer l’Abidjanaise en août 1960. Ainsi, son désir longtemps caressé devenait réalité.

Ce fut l’étonnement total dans le camp du Clergé ivoirien déjà informé du résultat du concours par ses deux représentants. Dans ce milieu, on n’est pas coutumier de tels agissements. Les hommes de Dieu de la hiérarchie de l’Église catholique se sont vite ravisés, se rappelant les paroles de leur Maître et Seigneur Jésus Christ : « Vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde… » Comprenne qui a des oreilles.

Devant ce hold-up intellectuel, les abbés Pango et Coty manifestèrent leur indignation auprès de leur ami, le député Usher Assouan, celui-là même qui les avait convaincus de participer à ce concours national.

Le député de Grand-Lahou promit d’en parler au Président de la République et de leur obtenir un rendez-vous auprès du Chef de l’État.

Mais comme les Ivoiriens avaient la tête à la fête, nos deux abbés durent attendre jusqu’au 09 septembre 1960 (soit un mois et deux jours après la proclamation de l’indépendance) pour obtenir le rendez-vous tant souhaité.

C’est, il faut le souligner, sur l’insistance de l’abbé Pango, parce que l’abbé Coty devait s’absenter du pays pour deux ans pour des études en France. Avec le concours de Me Arsène Usher, les deux prêtres obtinrent le rendez-vous souhaité, et c’est en sa compagnie que les deux hommes de Dieu ont été reçus par le Président Houphouët-Boigny, le samedi 09 septembre, à 18 heures, en sa résidence de Cocody.

Le Président de la République, après les avoir écoutés attentivement, leur a promis de rétablir les choses dans leur état…

Je rappelle et précise, pour la petite histoire, que l’abbé Coty, qui devait se rendre à Paris, ce même soir pour y passer le concours d’entrée au Centre de Formation des Journalistes de la Rue du Louvre (le fameux CFJ), a failli rater son avion à cause de ce rendez-vous. Heureusement que son Archevêque, le futur cardinal Bernard Yago, qui l’attendait à l’aéroport, a dû intervenir auprès des autorités aéroportuaires en disant : « l’abbé Coty est chez le Président de la République ». Cela a suffi pour que l’avion attende le retardataire.

Resté au pays, l’abbé Pango a attendu en vain la réalisation des promesses du Président Houphouët-Boigny. Et comme rien ne se décidait, il a fait publier, en 1964, les partitions de l’Abidjanaise (version Originale pour chœur à sept voix mixtes) aux Éditions musicales Alphonse Leduc et Compagnie, au 175, rue Saint-Honoré, à Paris, avec les mentions suivantes : Musique de l’abbé Pango, paroles des abbés Pierre-Marie Coty et Pierre-Michel Pango. Cette musique, avec ces mentions, fut enregistrée à la SACEM, organisme français chargé des droits d’auteur et de la protection des œuvres de l’esprit.

C’est cette œuvre des abbés Pango et Coty qui est distribuée dans les 193 pays indépendants admis à l’ONU (y compris le Soudan du Sud récemment indépendant). Le nom de M. Mathieu Ékra n’y figure pas. Évidemment.

f) Le silence apparent des deux Prêtres a-t-il encouragé M. Mathieu Ékra à persister ?

Peut-être que le silence de Mgr Pierre-Marie Coty, astreint, par sa fonction, au devoir de réserve, et la mort de l’abbé Pango, en 1993, ont donné de la voix à M. Ékra Mathieu pour écrire ce que la décence réprouve. Pour seulement 6 lignes d’un refrain à problèmes (dont il a décidé de l’écriture) contre quarante-sept lignes (1 refrain et 5 couplets), œuvre de Mgr Pierre-Marie Coty, le Député de Bonoua s’est autoproclamé parolier de notre Hymne national.

La sagesse africaine lui donne raison, car lorsqu’un oiseau traverse un village une fois, deux fois, trois fois, et qu’on ne lui lance pas de caillou, il s’imagine qu’on ne l’a pas vu, et/ou que ce village n’est pas habité. Notre réaction, certes tardive, c’est de dire à cet oiseau que ce village, qu’il traverse impunément, est habité. C’est une métaphore. Comprenne qui a des oreilles.

FIN

NOTE DE LA RÉDACTION :

Ce n’est pas la fin du livre ; c’est la fin des larges extraits qu’Attoungblan.net a décidé de publier pour contribuer, à sa façon, à la vulgarisation d’une vérité historique à laquelle chaque Ivoirien a droit. L’hygiène et la santé de notre mémoire collective en dépendent. Nous avons fait ensemble un peu plus de la moitié du chemin avec René Babi et son éditeur. Merci au doyen d’avoir partagé ce qu’il sait avec les nouvelles générations.

Il n’y a plus de raison qu’en Afrique, tous les livres soient réduits en cendre dans la bibliothèque qui brûle quand un vieillard meurt.

Le lecteur intéressé pourra trouver dans la version imprimée ce qui reste du livre, à savoir :

Cinquième partie : ÉTUDE COMPARÉE ET SYSTÉMATIQUE DES DEUX VERSIONS (PAROLES) DE L’ABBÉ COTY ET DE M. MATHIEU ÉKRA 83
Chapitre V : Les paroles de la version originale par l’abbé Pierre-Marie Coty 85
Chapitre VI : Les paroles (a posteriori) du député Ékra Mathieu 95
Sixième partie : LA RÉACTION DE LA FAMILLE PANGO 115
Chapitre VII : La nièce de feu l’abbé Pango monte au créneau 117
Chapitre VIII : Comparaison n’est pas raison, mais quelle similitude ? 121
Chapitre IX : L’abbé Pierre-Marie Coty a-t-il vraiment collaboré avec Mathieu Ékra ? 123
Conclusion 129

VIVE LA CÔTE D’IVOIRE !

VIVE L’ABIDJANAISE ET BÉNIS SOIENT SES VÉRITABLES AUTEURS!

LA RÉDACTION

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