HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 09)

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Précédemment: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 08)

Quatrième partie : MATHIEU ÉKRA ET LE PROBLÈME DE L’ABIDJANAISE (pp.73-81)

Chapitre IV : Pourquoi et comment a-t-il participé à ce concours

a) Pourquoi a-t-il participé au concours ?

Félicité publiquement par Félix Houphouët-Boigny, pour la qualité et la magistrale exécution de la Messe des Lagunes, l’abbé Pango venait ainsi de conquérir le cœur du plus grand des Ivoiriens de l’époque. Il en fut certainement de même pour la plupart des personnalités, dont M. Mathieu Ékra, qui ont accompagné Houphouët-Boigny à cette fête jubilaire.

Mathieu Ékra, homme politique, doublé de parlementaire, savait que nous nous acheminions allègrement vers la proclamation de l’indépendance de notre pays et qu’à cette occasion, un hymne national serait d’opportunité pour la Côte d’Ivoire. Alors, pourquoi ne pas prendre part à ce concours ?

Mais pour participer à un concours, quel qu’il soit, il faut remplir un certain nombre de conditions (ou satisfaire à des critères convenus). Je n’en dis pas plus. Par exemple, on ne peut pas postuler à un concours d’agrégation en médecine si l’on est de la filière littéraire.

Ainsi, le concours organisé en mai 1960, par les autorités compétentes de l’époque pour doter notre pays d’un hymne national, s’adressait exclusivement à des éminences grises en musique classique ayant, à leur arc, une seconde corde : celle de poète confirmée à la Pierre Corneille ou à la Victor Hugo.

Mathieu Ékra, à l’époque député de Bonoua et membre du Bureau politique du PDCI-RDA, remplissait-il toutes ces conditions ? J’en doutais hier et j’en doute encore aujourd’hui.

Et pourtant, il a pris part à ce concours, avec une musique composée, à sa demande, par quelqu’un. Il lui appartenait de mieux l’habiller de paroles adéquates.

b) Comment a-t-il participé à ce concours ?

Ayant été conquis par les qualités de musicien hors pair que représentait l’abbé Pango, le Député de la Circonscription de Bonoua est venu le voir dans sa Paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours de Treichville, quelques semaines plus tard, pour solliciter le jeune prêtre de lui composer une musique, dans le tempo d’une marche miliaire. Nous sommes en juin ou juillet 1959.

Toute cette dichotomie autour de la paternité des paroles de notre hymne national, prend naissance à partir de là.

Voilà pourquoi, malgré le classement le donnant perdant à l’issue du concours (5ème sur 5 candidats), M. Mathieu Ékra a tenu à s’impliquer, coûte que coûte, dans l’écriture des paroles de l’Abidjanaise.

Or justement, c’est au niveau des paroles accompagnant « sa » musique qu’il n’a pas convaincu le jury du concours composé de Parlementaires et de quelques membres du Bureau politique du PDCI-RDA, de tendance littéraire et sachant apprécier une bonne musique, digne d’être un hymne national.

c) Candidat à ce concours, le Député de Bonoua portait 4 casquettes

À ce concours auquel il a pris part, M. Mathieu Ékra était concurrent, député, membre du Bureau politique du PDCI-RDA et chargé des Relations avec les Institutions de la République. C’est à ce dernier titre que l’Hymne national retenu lui fut remis par ses pairs pour qu’il le porte au Président Houphouët-Boigny.

En cours de route, l’envoyé des Parlementaires fait volte-face. Il va approcher le destinataire du courrier à lui remis, c’est-à-dire le Président Houphouët-Boigny, pour lui demander de l’autoriser à retoucher les paroles de l’abbé Pango (il ne dit jamais le nom de l’abbé Pierre-Marie COTY, le véritable parolier, histoire de couper la poire en deux : Pango, le prêtre, pour la musique, et lui, Ékra Mathieu, l’homme politique, pour les paroles).

Bien joué, Monsieur le Député !… Parce que, à ses yeux, lesdites paroles n’étaient pas assez motivantes et assez politiques.

Mais pourquoi, diantre, ne l’a-t-il pas fait plus tôt avec l’excellente composition musicale dont il disposait pour ce concours ?

Ce qu’il n’a pas pu réussir en 6 mois, comment le peut-il en 12 jours ? Violente question.

Bien qu’ayant participé à ce concours avec une musique de l’abbé Pango, il ne s’est pas gêné pour présenter son bienfaiteur comme un plagiaire de l’hymne national du Ghana. En le faisant, il tentait, en douce, de discréditer le prêtre. Ah ! J’oubliais qu’on n’avait pas encore fait les funérailles de l’ingratitude sur la terre des hommes !

d) Le jury le déboute de sa prétention, mais il persiste et signe

Pour avoir le cœur net sur cette question de plagiat, le jury demanda à la section musique de la Gendarmerie nationale, dirigée par l’Adjudant Charles SAGOU, de jouer et faire enregistrer l’hymne national du Ghana, pays voisin, indépendant trois ans plus tôt.

Les députés, convoqués de nouveau, auditionnèrent les deux hymnes nationaux et ne furent pas convaincus par les arguments de leur collègue. Aussi, le déboutèrent-ils de sa prétention.

L’homme, désirant à tout prix emprunter le boulevard de l’immortalité tout tracé par un hymne national, n’abandonnera pas la partie. Il va rencontrer le Président Houphouët-Boigny pour le convaincre de lui permettre de mieux ajuster les paroles retenues, avec la musique de l’abbé Pango. Se souvient-il seulement que pendant plus d’une demi-douzaine de mois, il avait une bonne musique en sa possession et qu’il n’a pas su habiller correctement de paroles acceptables ? Comment, en douze jours, peut-il devenir subitement poète ? Je mets ma main au feu, sûr que M. Mathieu Ékra n’aurait jamais accepté d’être spolié de son œuvre de l’esprit par une tierce personne, dans une compétition de cette envergure nationale, s’il en avait été déclaré vainqueur.

Suite: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 10 et fin)

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