HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 06)

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Précédemment: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 05)

Deuxième partie : LE CHOIX DE L’HYMNE NATIONAL A NÉCESSITÉ UN CONCOURS PUBLIC (pp.51-58)

Avant avril 1960, pendant que les accords de transfert concernant l’indépendance des quatre pays du Conseil de l’Entente, Dahomey (aujourd’hui Bénin, depuis janvier 1976), Niger, Haute Volta (aujourd’hui Burkina Faso, depuis août 1984) et Côte d’Ivoire, se négociaient avec la France, les autorités de notre pays organisèrent un concours ouvert pour le choix d’un hymne national, un des quatre symboles identitaires de tout pays souverain qui sont : l’Emblème, la Devise, les Armoiries et bien sûr, l’Hymne national.

Chapitre II : L’abbé Pango refuse d’abord de prendre part à ce concours pour convenance personnelle

Dans le secret de son cœur, M. Félix Houphouët-Boigny, devenu Premier ministre de la Côte d’Ivoire depuis le 21 mai 1959, savait, in pectore, sur qui compter pour donner un hymne national de qualité au pays dont il allait bientôt diriger les destinées. Mais les choses ne vont pas se passer comme il le prévoyait : une indiscrétion ayant fait parvenir aux oreilles de l’abbé Pango l’acte de candidature de M. Mathieu Ékra à ce concours, le prêtre se désista, ne voulant pas être en compétition contre sa propre musique.

a) Les raisons de son refus

En 1960, les compositeurs de musique classique ne couraient pas les rues en Côte d’Ivoire. Aussi, était-il possible que les concurrents déclarés à ce concours se connaissent les uns les autres. Surtout que la candidature à une telle compétition d’un parlementaire, pouvait constituer une surprise.

Ayant vérifié l’exactitude de l’information, l’abbé Pango adopta une attitude chevaleresque : se retirer du concours. « C’est sa chance, dit-il, je ne participerai plus au concours ». Ainsi, ce concours qui avait une date butoir, commença sans l’auteur de la Messe des Lagunes, l’homme sur qui reposait l’espoir secret d’Houphouët-Boigny.

b) L’intervention opportune et avisée d’Houphouët-Boigny

Houphouët-Boigny, ce sage qui dort les yeux ouverts comme les crocodiles de Yamoussoukro, suivait de loin le déroulement du concours. Ne sera-t-il pas celui pour qui l’on va jouer la musique de l’Hymne national lors de ses sorties dans et en dehors du pays ? Alors, il veillait au grain, par ses antennes extérieures. C’est ainsi que la nouvelle de la défection, à ce concours, du jeune prêtre va lui parvenir. Il ne comprit donc rien au comportement de ce mordu de la musique classique. Serait-il en manque de patriotisme ? S’interrogea  Houphouët-Boigny.

La haute hiérarchie de l’Église catholique, elle aussi, n’en fut pas moins interloquée. Mais la décision de l’abbé Pango sera respectée. Pour compenser cette défection inattendue, le Clergé va jeter dans la « bataille » le jeune Michel Beugré Gahi, un prodige en musique classique. En cette année 1960, il avait 17 ans et était en classe de seconde au Petit Séminaire de Bingerville. On dit qu’en classe de première, le jeune Gahi avait joué les dix volumes de Jean-Sébastien Bach, annotés et doigtés par Marcel Dupré. Il fallait le faire !

À ce concours, il occupera une place honorable, se classant troisième après l’abbé Pango et M. Pierre Saobord. Sa musique fut jugée un peu trop pédante et difficile à interpréter.

c) Maître Arsène Usher Assouan, l’envoyé du Président auprès de l’abbé Pango

Photo--communique-Usher---copie

La défection de l’abbé Pango va donner des soucis au Premier ministre Houphouët-Boigny. Mais celui-ci n’était pas un homme qui abandonne facilement la partie. Il va donc approcher Maître Arsène Timothée Usher Assouan, directeur général adjoint de la Caisse de Compensation (aujourd’hui Caisse Nationale de Prévoyance Sociale) et député du Cercle de Grand-Lahou (Divo-Lakota-Guitry et Grand-Lahou). Cet ancien séminariste a été promotionnaire des abbés Pango et Coty. Houphouët-Boigny ne l’a donc pas choisi au hasard.

Maître Usher Assouan vient donc voir l’abbé Pango, vicaire à la paroisse Notre-Dame de l’Immaculée Conception de Dabou, de la part du Premier ministre Houphouët-Boigny. Les retrouvailles de deux anciens séminaristes (l’un dans les ordres religieux et l’autre dans la vie civile) sont forcément marquées du sceau de la gaieté. Et ce fut le cas.

Et puis on passe aux nouvelles : lorsque Me Usher donne les raisons de sa présence à Dabou, à savoir sa participation au concours annoncé de son hôte, l’abbé Pango lui aussi donne les raisons de son désistement à ce concours. Mais l’envoyé d’Houphouët-Boigny ne s’en laisse pas conter. Il va user de son art d’avocat pour convaincre son ami et hôte. Alors, se voyant ainsi honoré par cet homme de grande stature qu’est Félix Houphouët-Boigny, et qui lui demande d’apporter sa contribution à ce concours, l’abbé Pango accède à la doléance de Me Usher.

d) Le duo gagnant à l’initiative de Me Usher Assouan

PANGO

Mais il y a un hic. Le concours avait débuté depuis quelques semaines déjà. Est-ce que l’abbé Pango ne sera pas déclaré forclos ? Me Usher Assouan en est conscient ; c’est pourquoi, avant de prendre congé de l’abbé Pango, il lui conseille d’avoir recours, pour la confection des paroles qui accompagneront sa musique, à l’abbé Pierre-Marie Coty, excellent en lettres. Joint au téléphone depuis Grand-Lahou, ville dont il était le maire, c’est le jugement que Me Usher Assouan a porté sur l’abbé Coty.

En cette année 1960, l’abbé Coty est professeur de français, en classe de seconde, au Petit Séminaire de Bingerville où il a pour élèves Albert Hoba, Michel Beugré Gahi, Pascal Kokora Dago, etc. aujourd’hui tous de hauts cadres dans l’Administration et l’Enseignement supérieur ivoiriens.

C’est donc grâce à la suggestion de Me Usher Assouan que le duo gagnant a été constitué. Et il l’emportera sur les autres candidats, tels Pierre Saobord, premier proviseur du Lycée Classique d’Abidjan, musicien à ses heures perdues. Celui-ci est d’ailleurs considéré comme l’ancêtre de l’Institut National des Arts, section musique.

Michel Beugré Gahi, lui, sera plus tard professeur de musique et Maître de Chapelle de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro. Titulaire d’un DEA, il était en instance de thèse de Doctorat d’État en musique au moment où nous rédigions ce témoignage.

Jean-Joseph Pango, classé quatrième, est l’auteur de l’hymne du RDA (Rassemblement Démocratique Africain créé par le président Houphouët-Boigny) et de bien d’autres chansons patriotiques telles « Jeunesse ivoirienne », « Le travail de mille générations », « Honneur à l’Abidjanaise », etc.

En 1965, Jean-Joseph Pango dirigera une fanfare dénommée JET (Jeunesse Et Travail). En 1968, il sera nommé directeur de l’Orchestre national Jazz, dénommé Grand Ensemble Musical et Artistique de Côte d’Ivoire.

En face de tout ce monde se dressait un orfèvre en musique classique : l’abbé Pierre-Michel Pango. C’est dire qu’en dehors du député de Bonoua, homme politique, les autres candidats étaient des professionnels de la musique classique.

Prolixe en compositions musicales, l’abbé Pango n’a pas mis du temps pour trouver une nouvelle mélodie qui allait servir de base à sa musique dans la confection de l’Abidjanaise : Sol si la sol la si do ré / Si ré do si la si do la / La do si la sol fa sol la / Fa sol la sol fa mi la ré, etc.

Lorsqu’il eut peaufiné toute la mélodie, l’abbé Pango alla en remettre une copie à l’abbé Coty. Pour bien s’imprégner de la mélodie de cette mélodie, il demanda à l’abbé Pango de la lui jouer plus de 3 à 4 fois. Conscient de l’importance de la compétition, il se mit sérieusement au travail pour l’écriture des paroles devant accompagner la musique de son « frère jumeau ». Les deux complices confrères se rencontraient régulièrement pour harmoniser leur travail.

Le respect de l’orthodoxie des notes de musique auxquelles donnent voix des paroles poétiques dans une parfaite harmonisation, imposait cette synchronisation du travail. Faute de l’avoir su, les paroles du député de Bonoua massacrent littéralement certaines structures des notes musicales. Par exemple, la phrase : « De cœurs unis » (version originelle) avec quatre pieds. La version de Mathieu Ékra a 5 pieds dans : « En forgeant unis ». Bien sûr, en chantant, on est obligé de dire : « En forgeant U…….nis ».

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