HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 05)

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Précédemment: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 04)

Première partie : QUI SONT LES VRAIS AUTEURS DE L’ABIDJANAISE ? (pp.27-49)

Chapitre I : Prélude à la création de l’Abidjanais

d) Ma rencontre avec l’abbé Pango

Au mois de juillet 1959, pendant les grandes vacances scolaires, la retraite annuelle du Clergé catholique de Côte d’Ivoire se tenait au petit séminaire Saint-Dominique Savio de Gagnoa.

À cette occasion, le Révérend Père Roger Duquesne, fondateur et supérieur dudit séminaire, m’a fait venir de Lakota, ma région d’origine, pour servir de lecteur au maître-cuisinier du séminaire : ne sachant pas lire, il avait, comme le disent les compatriotes de Socrate, des yeux pour ne pas voir. Aussi, lui fallait-il, pour confectionner des mets de classe, quelqu’un pour lui lire le précieux bouquin des recettes de la cuisine française. Deux séminaristes, qu’il avait cooptés, lui servaient de lecteurs : François-Marie Kakouho, fils de Kragbé, originaire de la lointaine île de Lauzoua et moi-même. Nous étions les heureux élus pour ce boulot qui ne nous rechignait pas du tout, et vous en devinez les raisons…

En ce mois de juillet 1959, c’est à moi que l’on fit appel, à cause de la proximité de Lakota avec Gagnoa (47 km). Il en sera de même l’année suivante, lorsque la retraite des Prêtres (missionnaires et autochtones) aura pour cadre le grand séminaire d’Anyama, dans la banlieue d’Abidjan.

Entré au petit séminaire de Gagnoa, en octobre 1957, en classe de CM2, je fus très tôt fasciné par l’harmonium, certainement à cause de l’abbé Daniel Égny, mon compatriote et doyen des prêtres de l’ethnie dida, qui en jouait. À cet instrument au son mélodieux accordé pour le culte divin, va succéder plus tard le piano « Yamaha » plus bruyant…

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En moins de deux ans de pratique, j’étais capable d’accompagner, vaille que vaille, les offices du dimanche. La muse m’avait investi à tel point que je pouvais passer des heures entières sur cet instrument sans me rendre compte du temps qui passait.

Avec deux autres passionnés de la musique classique, nous formions un trio d’organistes issus de la même classe. Nous accompagnions, alternativement à l’harmonium, les chants de la messe du dimanche. Pour ne pas les citer, ce sont : Rémi Aolio et Laurent Gbagbo. Le premier cité, plus tard capitaine de son grade dans l’Armée, a dirigé pendant 30 ans, la section musique des FANCI (Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire). Quant au second, il a présidé, en tant que premier président élu la deuxième République, aux destinées de notre pays d’octobre 2000 à avril 2001. Un immense honneur pour le Séminaire Saint Dominique Savio de Gagnoa et une fierté pour notre [promotion].

Parmi les hommes de Dieu venus à cette retraite, il y avait un passionné de la musique classique : l’abbé Pierre-Michel Pango. Un jour, il ne s’est pas fait prier pour me rejoindre dans une salle de classe où je m’entrainais à l’harmonium, lors des moments de relaxe des Révérends Pères. Il m’a observé jouer quelques temps puis, prenant place devant le clavier, il improvisa un morceau. Inutile de dire qu’il m’a impressionné, me laissant entrevoir le chemin à parcourir pour espérer être à son niveau. Nous nous sommes rencontrés plus d’une fois avant la fin de cette retraite. Ce fut le début d’une idylle entre des passionnés de musique classique.

Au mois de juillet 1960, une autre retraite des prêtres avait pour cadre le grand séminaire Saint-Cœur de Marie d’Anyama ouvert un an plus tôt et dirigé par des prêtres Eudistes. Pour avoir été conquis par les mets succulents concoctés par Doua Sahi Pierre, les organisateurs de la retraite d’Anyama demandèrent, pour une seconde fois, au Père Duquesne de leur prêter son maître-cuisiner. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, on me fit appel, pour le même boulot.

e) J’ai écouté la musique de l’Abidjanaise avant son officialisation

En route pour Anyama, je fis une halte à Dabou afin de profiter de la compagnie de l’abbé Pango devenu désormais pour moi un grand frère, un ami et un confident. C’était le 5 juillet 1960. Affable et jovial, l’abbé Pango m’a accueilli, en m’offrant le gîte et le couvert, pour une nuit ; le lendemain, nous devions être au grand séminaire d’Anyama, avant 18 h.

Ce soir-là, après le souper, il m’a invité à l’intérieur de l’église. Prenant place devant un harmonium, il joua, avec sérieux et application, un morceau à la mélodie pure et enjouée. Lorsqu’il eut fini de jouer, il me fit savoir que c’est avec cette musique qu’il avait fait acte de candidature à un concours organisé par les autorités du pays pour le choix d’un hymne national. Je fus séduit par l’aisance avec laquelle il a joué cette pièce, malgré le handicap que constituaient ses doigts assez courts. Peu importe, il savait sautiller pour atteindre les notes à l’octave supérieur !

Ce 5 juillet 1960, j’ai donc entendu, jouée par son auteur lui-même, la musique qui allait être retenue pour servir d’hymne national à la Côte d’Ivoire. C’était un privilège dont je peux m’enorgueillir aujourd’hui.

Le 7 août 1960, à minuit, après la proclamation de l’indépendance par le président Félix Houphouët-Boigny, depuis l’hémicycle de l’Assemblée nationale, la musique de l’abbé Pango, devenue l’Abidjanaise, résonna dans toute la Côte d’Ivoire, annonçant que désormais nous étions indépendants, libérés de la tutelle de la France. Adieu : « Allons, enfants de la patrie ». Akwaba : « Salut, ô terre d’espérance ». Rompez les rangs : « Bleu-Blanc-Rouge ». Garde à vous : « Orange-Blanc-Vert ».

f) Bingerville, le point d’orgue de sa créativité et de son expression musicale

Révélé au grand public par deux de ses œuvres musicales majeures, à savoir la Messe des Lagunes (1959) et surtout l’Abidjanaise, hymne national de la Côte d’Ivoire (1960), l’abbé Pierre-Michel Pango fut, dès cet instant, l’objet de convoitises dans le milieu ecclésiastique de l’Archidiocèse d’Abidjan.

En 1961, les autorités du corps professoral du petit séminaire de Bingerville ne se firent pas prier pour demander son inclusion dans leur effectif et cela, à double titre : d’abord comme professeur de mathématiques (les sciences exactes sont très souvent compagnes de la filière musicale) et ensuite, comme dispensateur de cours de musique.

Pour l’abbé Pango, il n’y avait pas meilleur cadre d’expression de son talent en musique que ce haut lieu de la formation des futurs prêtres de Côte d’Ivoire, qui ont aussi besoin de déchiffrer une partition musicale et, surtout, de bien chanter, car ce ne sont pas les occasions qui manqueront pour les mettre à contribution au cours de leur ministère.

La musique étant son violon d’Ingres, l’abbé Pango prit en main la chorale du Petit Séminaire de Bingerville. Il la rendit performante et fit d’elle, en peu de temps, la meilleure chorale de la Province ecclésiastique d’Abidjan voire de toute la sous-région, capable, par ailleurs, de rivaliser avec les meilleurs d’Europe…

« On venait de partout (d’Abidjan et des paroisses environnantes) pour écouter et apprécier les voix angéliques des Petits Séminaristes de Bingerville ». (Extrait de l’Homélie de Monseigneur Joseph Aké, le 26 octobre 2003).

À la veille des grandes fêtes chrétiennes, telles Pâques et Noël, la chorale du Petit Séminaire, sous la direction de l’abbé Pango, donnait des concerts de chants sacrés et profanes judicieusement choisis pour le bonheur des mélomanes chrétiens et autres amoureux de la bonne musique. Ceux qui venaient à ces concerts restaient sur place jusqu’à minuit pour la grande messe liturgique.

Les anciens de Bingerville se souviennent de ces moments de partage où la chanson était une occasion d’évangélisation et de prédisposition à la prière.

Saint Augustin, le saint patron dudit Séminaire, devait particulièrement apprécier cela, lui pour qui « bien chanter c’est prier deux fois ».

Musicien, compositeur prolixe, organiste, maître de chœur et liturgiste, l’abbé Pierre-Michel Pango avait trouvé dans le Petit Séminaire de Bingerville le cadre idéal d’expression de son génie musical.

Suite: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 06)

LA RÉDACTION

 

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