HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 03)

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Précédemment: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 02)

Première partie : QUI SONT LES VRAIS AUTEURS DE L’ABIDJANAISE ? (pp.27-49)

Poser la question en ces termes est un piège que peu de personnes savent éviter. S’agit-il de celui qui a composé la musique de l’Abidjanaise ou de celui qui en a écrit les paroles ? Dans le cadre de notre hymne national, il y a eu un compositeur de la musique et un autre qui a produit les paroles. Lors du concours pour le choix de cet hymne national, deux prêtres, les abbés Pierre-Michel Pango et Pierre-Marie Coty, se sont mis ensemble pour travailler.

Au moment où nous écrivons cet opuscule, l’homme qui a composé la musique de notre hymne national n’est plus de ce monde depuis le 20 octobre 1993.

Lors de son inhumation, le samedi 30 octobre 1993, au cimetière de Williamsville, dans le caveau des Prêtres, un dernier hommage lui a été rendu par la fanfare d’Anono en jouant « son » Abidjanaise, à la surprise, certainement, de tous ceux à qui il allait tenir compagnie en ce lieu austère où règne un silence de cathédrale et/ou de mosquée, à ciel ouvert.

Si je rappelle ce petit détail, c’est pour préciser, d’entrée de propos, que ce qui est en jeu, ce n’est pas l’identité de l’auteur de la musique de notre hymne national (les vivants et les morts en sont témoins), mais celle de celui qui en a écrit les paroles.

Qui a donc écrit les paroles de l’Abidjanaise ?

Cette question ne serait plus d’actualité aujourd’hui, si l’on s’en était tenu aux résultats proclamés en juillet 1960, à l’issue du concours organisé par les autorités compétentes du pays, en vue du choix d’une musique, avec paroles, qui nous servirait d’hymne national. Les vainqueurs à ce concours furent les abbés Pierre-Michel Pango et Pierre-Marie Coty. Un point, un trait.

Chapitre I : Prélude à la création de l’Abidjanaise

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On a caché la vérité au peuple de Côte d’Ivoire à propos de son hymne national. Or, au début, tout était assez clair : les résultats proclamés à l’issue du concours avaient donné vainqueur la musique de l’abbé Pango, avec les paroles de son confrère Pierre-Marie Coty. Alors que s’est-il passé pour que le nom de l’abbé Pierre-Marie Coty soit occulté au profit de celui d’un autre malheureux candidat ?

Pour comprendre ce qui s’est réellement passé avant et pendant le déroulement du concours pour le choix de l’hymne national de notre pays, je vous invite à descendre, avec moi, dans le sous-sol de notre histoire commune concernant l’Abidjanaise, plus précisément dans les mois de mai 1959 et juin 1960.

a) 1er mai 1934 – 1er mai 1959 : la fête du Jubilé d’Argent de l’abbé René Kouassi

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Depuis le début de l’année de grâce 1959, le Clergé catholique de Côte d’Ivoire préparait la fête du Jubilé d’Argent de son premier prêtre, en la personne de l’abbé René Kouassi, un originaire du village d’Ably, dans la région de Toumodi, en pays baoulé. Il fut ordonné prêtre de Jésus-Christ le 1er mai 1934, en l’église Notre-Dame de l’Immaculée Conception de Dabou, par Mgr Jules Moury.

En ce mois de mai 1959, l’abbé René Kouassi, Curé de la Paroisse du Sacré-Cœur de Grand-Bassam (la première capitale de Côte d’Ivoire, de 1893 à 1900), avait 25 ans de sacerdoce au service de Dieu et des hommes.

Pour la petite histoire, sachez que son cadet dans le sacerdoce, l’abbé Bernard Yago (futur premier cardinal de l’Église catholique de Côte d’Ivoire) a été ordonné prêtre treize ans plus tard, le 1er mai 1947, dans la même église de Dabou, sa région d’origine, par Mgr Jules Moury.

Ce grand vide était dû à l’opposition farouche des parents des candidats à la vie sacerdotale, avec pour raison principale le célibat, donc impossibilité d’assurer une descendance à la famille. Nous étions dans les années 30-40, ne l’oublions pas.

À trente-six encablures de l’abbé René Kouassi, un grand séminariste diacre nommé Jean-Baptiste Akwadan sera, lui aussi, ordonné prêtre un 1er mai 1970. Ce sera le premier prêtre de l’ethnie atchan. Une si longue attente pour ce peuple profondément croyant et qui a eu l’honneur d’abriter sur son sol le premier Petit Séminaire de Côte d’Ivoire, baptisé « Saint Augustin ». C’en était un peu trop. Pour l’histoire, retenez que c’est en 1936 que ce Petit Séminaire a ouvert ses portes aux premières vocations sacerdotales en Côte d’Ivoire.

Jusqu’avant la date du 1er mai 1970, aucun fils de l’ethnie atchan n’avait embrassé la voie du sacerdoce.

Heureusement, à partir de 1970, les ordinations sacerdotales puis épiscopales parmi les fils de ce groupe ethnique (que d’aucuns appellent, à tort, Ébrié), iront crescendo : quatre évêques à partir de 1982 (dont deux archevêques) et plusieurs dizaines de prêtres et des religieuses aussi.

Mai, le mois de la Vierge Marie, le mois le plus beau, n’a pas été un choix fortuit pour les prémices des fruits offerts en holocaustes à Jésus-Christ, le Prêtre Éternel, par les peuples baoulé, adioukrou et atchan.

b) La Messe des Lagunes composée, pour ce Jubilé d’Argent, par l’abbé Pango, est l’ancêtre de l’Abidjanaise.

AbbC3A9-Pierre-Michel-PANGO-Messe-des-lagunes-FRANCIVOIRE-BP-21_150251477L À la Paroisse Sacré-Cœur de Grand-Bassam, on s’attelait pour la fête.

L’abbé Pierre-Michel Pango, vicaire à la Paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours de Treichville, son premier poste d’affectation après son ordination en 1957, va jouer un rôle prépondérant au plan de la cérémonie liturgique de ce Jubilé d’Argent.

Pour ce grand évènement qui fera date dans l’histoire de l’Église catholique de Côte d’Ivoire, on s’est préparé à Grand-Bassam, comme il se doit, pour fêter celui qui a ouvert, malgré toutes les embûches, la voie du sacerdoce à des dizaines d’autres jeunes Ivoiriens.

À cette occasion, l’abbé Pango a tenu à marquer l’évènement d’un sceau musical particulier : composer et faire exécuter une nouvelle messe intitulée « Messe des Lagunes » en lieu et place de la sempiternelle « Messe des Anges ».

Mais pourquoi ce nom ? En voici les raisons : Né à Dabou, une ville au bord de la lagune Ébrié, l’abbé Pierre-Michel Pango est, par sa mère, originaire d’Assinie-Mafia, village baigné par l’océan Atlantique et la lagune Aby. Heureuse coïncidence qui accrédite le choix du nom « Messe des Lagunes » au moment où il compose cette messe, celui dont on va fêter le 25ème anniversaire du sacerdoce est en service à Grand-Bassam, ville côtière traversée par la lagune Ouladine. C’est donc tout naturellement que le nom « Messe des Lagunes » s’est imposé à lui.

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Il en sera de même pour la « Messe Goly » qu’il a composée, en souvenir de son séjour à Béoumi, pays kôdê où l’on pratique la danse du masque Goly, hérité de l’ethnie wan. (L’auteur précise en note de bas de page (p.34) que « L’abbé Pango se rendait souvent à Béoumi où sa grand-sœur, Cécile Pango, était inspectrice de l’enseignement primaire).

Cet orfèvre en musique classique était la fierté du clergé catholique autochtone. Avec lui, les prêtres expatriés musiciens savaient à qui ils parlaient.

À événement exceptionnel, invités exceptionnels. Parmi les personnalités politiques et administratives invitées à cette fête des noces d’Argent, il y avait un homme d’une grande stature : Félix Houphouët-Boigny. Député de la Côte d’Ivoire, il était auréolé du titre de Ministre d’État français dans le gouvernement de la cinquième République dirigé par Michel Debré, en date du 4 décembre 1958.

Cette grande star du paysage politique de la Côte d’Ivoire était présente à cette fête en sa qualité d’abord de chrétien catholique issu de la même ethnie que l’abbé René Kouassi et ensuite, en tant que personnalité politique de premier plan en Côte d’Ivoire : une fierté pour le peuple baoulé qui peut se vanter d’avoir eu le premier président de la République de Côte d’Ivoire et, avant lui, le premier prêtre autochtone de notre pays.

Comme il fallait s’y attendre, la suite du président Houphouët était composée de tout le gotha des hommes politiques du Sud et des autres régions du pays. L’immense foule des invités et des chrétiens connus et anonymes avait investi Grand-Bassam, en ce jour béni du 1er mai 1959.

Au cours de cette messe solennelle, on exécuta, pour la partie chansons, « la Messe des Lagunes ». C’est l’abbé Pango lui-même qui dirigea, avec maestria, son œuvre.

Pour donner des sonorités locales à sa musique, l’abbé Pango y avait fait introduire des instruments traditionnels du terroir n’zima-apollonien. Une première qui préfigurait l’inculturation dont le Saint-Siège allait ouvrir les vannes quelques années plus tard, avec le Concile Vatican II, sous le Pape Jean XXIII.

Sensationnels, émotionnels, tels furent les sentiments que provoqua, en chacun et en tous, la musique de cette « Messe des Lagunes » qui a fait entendre des harmoniques autres que celles de la sempiternelle « Messe des Anges ».

Houphouët-Boigny, homme de goût fut, dit-on, touché au plus profond de lui-même par cette belle œuvre musicale magistralement interprétée, sous la direction de son auteur, par la fusion des deux chorales des paroisses Sainte Jeanne d’Arc et Notre-Dame du Perpétuel Secours, toutes les deux de Treichville.

Avant de prendre congé de ses hôtes, il a tenu à féliciter personnellement le jeune prêtre, l’abbé Pango, l’auteur de cette belle œuvre musicale.

En ce 1er Mai 1959, l’abbé Pierre-Michel Pango avait tout l’air d’avoir volé la vedette à l’élu du jour, le jubilaire aux vingt-cinq étoiles, l’abbé René Kouassi, futur Prélat. En effet, en 1961, sur proposition de Mgr Bernard Yago, Archevêque d’Abidjan, Sa Sainteté le Pape Jean XXIII a élevé l’abbé René Kouassi au rang de Prélat. Désormais, on l’appellera Monseigneur René Kouassi, Prélat de sa Sainteté le pape X.

Entre temps, l’abbé Pango avait été affecté à la paroisse Notre-Dame de l’Immaculé Conception de Dabou, l’une des premières missions catholiques de Côte d’Ivoire ouverte en 1896 par le père Alexandre Hamard, deuxième préfet apostolique de Côte d’Ivoire après le décès de Mathieu Rey. Il y exercera, pour son deuxième poste d’affectation, comme Vicaire. C’est dans cette paroisse de Dabou qu’il a composé l’hymne national de la Côte d’Ivoire baptisé « l’Abidjanaise ».

Suite: HOMMAGE AUX VÉRITABLES AUTEURS DE L’ABIDJANAISE… de René BABI (Suite 04)

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