FÈHA, FÈWA OU LE PREMIER MORT DANS UNE FAMILLE EN PAYS BAOULÉ

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En Afrique, la mort représente un voyage du monde visible vers le monde invisible. La mort n’est pas la fin d’une vie, mais son prolongement dans l’au-delà, le monde des ancêtres. Malgré cette conception, la mort fait toujours peur. Elle interrompt le cours « normal » de l’existence. Par conséquent, elle est appréhendée comme ce quelque chose qui ne devrait pas être.

Le vocable « Fèha, fèwa » se compose de « fêh », « souffrir » et « wa », « enfant, ici », entendu « ici-bas ». Il pourrait être interprété comme étant « la souffrance de l’enfant », « on souffre ici-bas », « mon enfant a souffert » ou « le temps de souffrance ».

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Le temps de souffrance peut être la période qui part de la grossesse de la femme au fèhwa. Ce même temps passe comprend la période qui a jalonné la maladie de l’enfant. Il prend également en compte la période de traitement de la maladie qui a emporté le Fèha ou fèwa. Comme l’a si bien dit Kouakou Adjoua Marie : « Quand un enfant n’est pas venu rester, quels que soit les efforts fournis par les parents, et surtout la mère qui l’a porté pendant 9 mois dans le ventre, quels que les sacrifices consentis par les parents, il partira »

Comme dans toutes les tribus baoulés, le fêha fait partie des pratiques sociales admises en pays Yakpa. Le fêha est le premier décès dans une famille. Chez les Yakpa, comme dans toutes les autres tribus baoulés, et même chez d’autres peuples tels que les Gouro qui disent plutôt « féwa », la famille ne doit pas pleurer, ni manifester des signes de tristesse.

Quand survient le fêha, seules sont habilitées à toucher le père et la mère du défunt des personnes ayant aussi déjà perdu un enfant. Il est collectivement admis que si un individu qui n’a pas encore perdu d’enfants touche les parents du fêha, il risque d’être frappé par le même malheur.

Le jeûne est observé jusqu’à la première étape de la cérémonie de purification qui intervient le lendemain du fêha. Contrairement au veuvage, le père et la mère du fêha peuvent vaquer à leurs occupations quotidiennes : tâches, ménagères, travaux champêtres etc.

La cérémonie de purification est obligatoire, tout comme les cérémonies liées aux rites initiatiques de la mort en pays baoulé. Cette cérémonie est destinée à conjurer le mauvais sort, chasser les mauvais esprits liés à la mort et purifier les parents du fêha afin d’éloigner le malheur.

Au lendemain du fêha, un bain spécial à base de feuilles est préparé pour « laver » le père et la mère de l’enfant. L’une des caractéristiques du fêha est que la mère endeuillée est durement éprouvée. Elle a le devoir de remettre toutes les tenues déjà utilisées à la femme chargée de la cérémonie de purification : pagnes, vêtements, draps, etc. Quant à l’homme, il ne fait don que des vêtements qu’il portait le jour de la survenue du fêha.

Le processus se poursuit sur une semaine au cours de laquelle intervient un autre élément de taille : la graisse de poulet. En effet, une fois que survient le fêha, on tue un poulet, on en recueille la graisse qu’on divise en deux portions : l’une entrera dans la composition de la pommade de la mère et l’autre sera recueillie dans un récipient pour être consommée à chaque repas. Ce deuxième rituel dure une semaine, après quoi la graisse restante est jetée, de même que le reste de la pommade.

Conclusion

Le fêha, qui se trouve être une spécificité de la culture ivoirienne varie d’un groupe ethnique à un autre. Aujourd’hui, plus qu’hier, le fêha existe, mais il perd une bonne partie de son application, comme conséquence de de l’évolution du monde. Cependant, cette spécificité culturelle a besoin de promotion afin de la faire découvrir au monde entier.

Bibliographie :

Thomas, L.-V. (1982), La mort africaine. Idéologie funéraire en Afrique Noire, Payot & Rivages, Paris, 272 p.

Birago Diop, (2000), Les morts ne sont pas morts, Présence Africaine Editions, Paris,188 p.

Nnedi Okorafor, (2013), Qui a peur de la mort?,  PAN.ECLIP.SEM.P, Paris, 528 p.

Par YAPI Michel

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