LES VALEURS CULTURELLES EN CÔTE D’IVOIRE: OÙ EN SOMMES-NOUS ? (2ème Partie)

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LES FONDEMENTS

Ces types de relations ont longtemps été expérimentés dans beaucoup de sociétés africaines pour diverses raisons. La plupart traduisent des relations religieuses, militaires, économiques, juridiques à l’intérieur de la famille, du clan ou entre groupes alliés. Mais le rationalisme occidental pervers est en train de faire disparaître petit à petit ces modes de fonctionnement emblématiques et spécifiques.

Les alliances interethniques sont des pactes de non-agression signés entre les ancêtres de différents peuples de la Côte d’Ivoire. Elles mettent un accent particulier sur les plaisanteries et permettent de maintenir la paix et la cohésion sociale. En effet, ces alliances autorisent les peuples à plaisanter et même un groupe à « injurier » l’autre, sans risque de se voir agresser. Elles rétablissent la concorde des communautés. L’anecdote suivante, comme plusieurs autres, en est une illustration. Un vieil homme Yacouba avait rendu l’âme et conformément à l’alliance, c’étaient des Sénoufo qui avaient creusé sa tombe la veille, gratuitement.

LES VALEURS CULTURELLES EN CÔTE D’IVOIRE: OÙ EN SOMMES-NOUS ? (1ère Partie)

Le lendemain, au moment de l’inhumation, avant d’y faire descendre le cercueil, l’on constata qu’un crapaud était pris au piège dans la tombe. L’un des Sénoufo y descendit, pour l’en faire sortir. Il tint la pauvre bête par la patte et déclara avec mépris : « Vous les Yacouba-là, vous aimez tellement manger les crapauds, qu’un vieux crapaud est venu se cacher dans votre tombe. Je vous le donne. Prenez-le pour faire votre cuisine de ce soir !» Sur ce, il lança le crapaud sur des membres de la famille éplorée, rassemblés pour l’inhumation. La famille laissa échapper des cris et un fou rire s’empara de la foule. Ce geste détendit quelque peu l’atmosphère trop triste qu’imposait la cérémonie. En réalité, les Yacouba ne consomment pas le crapaud, mais bien la grenouille ! Les Sénoufo, pour plaisanter, affirment que c’est du pareil au même ! Dans le temps passé, l’observation de ces valeurs culturelles a permis d’éviter de nombreux conflits fratricides et interethniques. Toute chose qui permettait de préconiser des règlements pacifiques à tous les différends en transformant les malentendus en historiettes.

LES ORIGINES

Les origines des alliances sont diverses. Elles peuvent être basées sur une histoire vraie ou inventée, mythique ou légendaire. Mais généralement, elles sont à l’origine d’un long et douloureux conflit ancestral à l’issue duquel les deux ethnies scellent un pacte de non-violence et d’assistance mutuelle. Cependant cette non-agression n’exclut pas les railleries ! Ainsi les petits travers, habitudes ou coutumes d’une ethnie servent de prétexte à des moqueries sans merci. La tradition orale raconte que cette pratique a été instaurée par Soundiata Kéïta lors de la fondation de l’Empire du Mali. Il est néanmoins très probable qu’elle soit plus ancienne, et qu’elle n’ait été que confirmée à cette occasion.

Selon Djibril Tamsir Niane en effet, c’est le roi Naré Maghan et ses successeurs qui ont conçu ce concept devenu un véritable pacte social. Le romancier raconte que l’origine de cette pratique remonte à celle du Mandingue dont les habitants étaient autrefois terrorisés par un dangereux buffle. La psychose d’une attaque était quasi-permanente. Et les alliances à plaisanteries (qui sont désignées en malinké par le vocable Sanagouya) sont intervenues à la suite de l’exploit d’un valeureux chasseur qui débarrassa le royaume de Do de cet animal féroce qui menaçait tout le monde. À ce chasseur émérite, le roi promit la fille la plus belle du royaume en guise de récompense. Le récipiendaire (il se nommait Oulamba Traoré), contre toute attente, porta son choix sur la jeune fille, de loin la plus laide. Cette préférence inattendue provoqua l’hilarité générale, même le roi lui-même ne put s’empêcher de rire. On prit le brave chasseur pour un fou et même pour un héros ridicule : «Il faut être de la tribu des Traoré pour agir de la sorte », disait-on dans la foule, et c’est depuis ce jour que les Kondé et les Traoré sont devenus « sanakhou » ou « cousins à plaisanteries».

De cet extrait, on note que c’est la femme qui est à l’origine de ce phénomène. Le roi Naré Maghan et ses courtisans s’attendaient à un choix beaucoup plus raisonnable de la part de Oulamba Traoré. Il faut rappeler que le royaume avait mobilisé toutes ses plus belles filles. Cela explique pourquoi, lorsque Oulamba porta son choix sur la laide Sogolon, le roi ne put s’empêcher de rire et de dénoncer discrètement le ridicule des Traoré. Des années plus tard, les Africains vont se ré-approprier ce phénomène, afin d’améliorer, d’une part, les relations de bons voisinages entre les différents groupes ethniques et de s’ouvrir aux autres, d’autre part.

Suite: LES VALEURS CULTURELLES EN CÔTE D’IVOIRE: OÙ EN SOMMES-NOUS ? (3ème Partie et Fin)

Par YAPI Michel

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