ÉCOLE IVOIRIENNE: ALLONS LENTEMENT CAR ON EST PRESSÉ (2ème Partie et Fin)

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En effet, dans les différentes étapes du développement cognitif de l’enfant, il y a celle des ‘’opérations concrètes’’ au cours de laquelle l’enfant est capable d’une organisation mentale qui lui permet, à partir de son action sur des objets réels, d’accéder à la connaissance rationnelle; et cette période est comprise entre 6 et 12 ans, c’est-à-dire toutes les années du primaire. Car à cet âge, il est relativement facile pour l’enfant (concernant le syllabaire) de savoir, par déduction, que si B…..A = BA, alors B…..O doit être égal à BO, ainsi de suite. C’est pourquoi dans les pays développés, on impose aux parents d’inscrire les enfants au CP1 à 6 ans, cette contrainte est liée au développement cognitif de l’enfant.

Avant cette période, l’enfant est un bébé, apte à faire des gribouillages parce qu’il reste un bébé. Le cadre de vie et l’environnement aident sans doute aussi au développement de l’éveil de l’enfant, mais comme le dit Bernard GOLSE ‘’Si les bébés n’ont pas le temps d’être des bébés, ils ne construisent pas bien les bases de leur développement futur et on retrouvera cela plus tard à l’adolescence’’. Que peut un instituteur face à un enfant qui, à l’âge de 4 ans, a plus besoin, selon la chronobiologie et la chronopédagogie, de sommeil et de sa mère? La plupart des enfants qui sont en butte au syllabaire et au calcul élémentaire sont ceux à qui on a ‘’volé’’ de précieuses étapes dans la croissance cognitive, dans la précipitation. En Côte d’Ivoire, l’âge du recrutement au CP1 est certes de 6 ans dans les textes, mais de vous à moi, chers lecteurs, quel constat faisons-nous sur le terrain?

ÉCOLE IVOIRIENNE: ALLONS LENTEMENT CAR ON EST PRESSÉ (1ère Partie)

Bien entendu, ces recrutements précoces incriminés plus haut ne sont pas les seules causes des difficultés en lecture et en calcul au primaire et au premier cycle du secondaire. Il y a aussi ce système de passage en classe supérieure au primaire. Désormais, le goulot d’étranglement est devenu une passoire qui ne trie pas, elle laisse passer tout, le vrai et l’ivraie. Même s’il s’agit des passages systématiques inter cycles, quelle est la différence entre un déficient en lecture, en calcul qui passe systématiquement du CE1 au CE2 et un élève moyen qui suit le même processus? Simplement un perpétuel déplacement des lacunes non comblées, mais ici avec les vifs encouragements du système. Seigneur Mon Dieu, quelle méchanceté! Si ces enfants avaient eu la possibilité de réplique relativement à leur sort, ils auraient fait chorus avec le poète guadeloupéen Guy Tirolien dans son poème ‘’Prière d’un petit enfant nègre’’. Comme lui, excédés, ils auraient crié à Dieu: «… Seigneur, je ne veux plus aller à leur école, Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus…»

Hélas, nos chers enfants sont bien obligés d’y aller. On me dira certainement qu’il y a des séances de lecture obligatoires en CP. Certes, mais avec quels effectifs dans nos classes? Des effectifs pléthoriques. Or nous savons tous qu’au-delà d’un seuil donné, l’interaction groupe-classe n’est plus possible et les efforts du magister se révèlent dérisoires. Un ami instituteur avec qui j’ai discuté a été précis sur la question: «Le problème de la lecture, c’est surtout la pléthore des effectifs. En CP, lors des séances de lecture, il est requis de faire lire tous les enfants. Or les séances de lecture n’excédant pas 30 minutes, ce n’est pas évident avec 60 élèves voire plus ; Il faut permettre à chaque enfant de lire, le tester, le corriger, le renforcer ce qui est impossible avec cet effectif». Voilà qui est clair. 30 minutes pour un apprentissage qui constitue une crise nationale, juste 30 minutes, c’est absolument insignifiant.

Aujourd’hui, on nous parle du PEC (Programme d’Enseignement Ciblé) qui vient d’entrer en expérimentation. Cette énième trouvaille, si elle a le don de germer à la suite d’un diagnostic objectif, porte les stigmates de nos errements, de nos approximations. C’est un manque de fermeté dans nos choix pédagogiques. Les dernières consignes venues tout droit du ministère? Dispenser les cours en APC et évaluer en PPO! Vraiment! Et ces perpétuelles hésitations expliquent aussi, d’une certaine façon, les nombreux échecs de nos enfants car finalement, le système est assimilable à animal mythique qui, pendant qu’il s’échine à construire son logis, s’emploie à le détruire avec sa longue queue. Paradoxe des paradoxes, l’impensable pensé.

Avant de faire quelques modestes propositions dans une prochaine publication, nous souhaitons pour autant plein succès aux théoriciens du PEC et à leurs parrains chocolatiers à la philanthropie insolite et douteuse.

À suivre…

Par Fréderic GNÉZÉ

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