« DHE », LE MOT RÉSERVOIR YACOUBA

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Si vous vous intéressez à la langue yacouba, faites gaffe à la prononciation de certains mots, car une simple erreur d’intonation peut leur conférer un sens non souhaité. Chez le Yacouba, en effet, comme pour presque toutes les langues africaines, à chaque intonation de la même forme phonique correspond un sens particulier. De même, un article, un adjectif ou un adverbe peut donner de la précision au sens. L’un des exemples les plus parlants dans ce registre est la forme dhe.

La forme phonique dhe renvoie en tout premier lieu à la femme, l’être humain de sexe féminin par opposition à l’homme, la femelle de l’homo sapiens. Elle désigne ensuite la mère, la génitrice mais aussi la partenaire, l’épouse ou la conjointe. Pour « n’dhe » (ma mère) ou « a dhe » (sa mère), les adjectifs possessifs « n’ » (mon/ma) et « a » (son/sa) accompagnant le mot en précisent le sens. Mais on dira plutôt « dhehe », légèrement allongé dans l’écriture et la prononciation, pour la femelle, l’opposé du mâle.

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Certes, l’ensemble des sens générés par dhe renvoie à la féminité, mais la pluralité des nuances dans le sens recommande de la délicatesse dans son emploi. Á titre d’illustration, « man dhe » (ma femme) est bien différent de « n’dhe » (ma mère). Pour les hommes mariés, la moindre inattention dans l’articulation peut donc prêter à confusion.

Attention également à l’expression « dhehe lê keur » qui touche plutôt à la sexualité. Cela signifie littéralement « pratiquer la maternité ». Autrement dit, « faire l’amour ». C’est ici que dhe achève de convaincre de son élasticité sémantique. Fortement lié à la féminité, on le retrouve aussi naturellement à l’origine du processus de procréation et de maternité à travers l’acte sexuel.

L’acte sexuel en devient la pratique de la féminité, puisqu’il est la condition de la maternité qui donne sens à la féminité. En d’autres termes, l’acte sexuel pratiqué sur la femme, en plus d’être l’objet de la féminité, en devient la source. Actrice majeure de la conception, cocréatrice avec le Créateur, la femme se situe au début et à la fin du processus de la procréation. Elle vit la maternité et veille à la maturité du fruit de l’acte sexuel.

On peut retenir de ce qui précède que dhe représente pour le Yacouba le mot fourre-tout, le réservoir de l’humanité. Et l’image et le sens de la féminité qu’il véhicule correspond sans doute à ceux véhiculés partout ailleurs dans le monde, n’en déplaise aux tenants du féminisme radical.

Par Dr. DIOMANDÉ Zinié Ella

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