DES PRATIQUES CULTURELLES DISPARUES EN PAYS AGBA: LE FOUNHN’GBAN KPLO

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Le « founhn’gban kplo » était une initiation à la vie en société en pays baoulé, consistant à détecter ou tester un certain nombre de dispositions naturelles et sociales chez un adulte: la soumission ou l’obéissance, l’intelligence et l’humilité. Elle a lieu en période de saison pluvieuse, sous une pluie fine et consistait à envoyer en mission, un individu récupérer chez un habitant du village choisi au pif, un objet imaginaire : le founhn’gban kplo.

En effet, quand il commençait à pleuvoir, un membre âgé, respecté ou craint au sein de la famille appelait un ou une adulte qui n’avait jamais entendu parler du founhn’gban kplo et lui disait avec un air sérieux :

Va chez ton père X ou ta mère Y, lui demander de te remettre urgemment le founhn’gban kplo pour que tu me l’amènes rapidement. Le père ici renvoie à une méthode de socialisation de l’enfant, et qui veut que l’éducation de ce dernier revienne à toute la communauté, d’où l’utilisation du terme « ton père ou ta mère ». Il ajoutait parfois, pour lui mettre la pression : « dépêche-toi, car c’est urgent ». Pour te mettre une plus forte pression, et pour ne pas que tu doutes de quelque chose, la scène se passe parfois en présence de la mère et/ou du père de celui ou celle qu’on envoie en mission.

Il s’agit d’abord d’une mission délicate, compte tenue de la forte pluie et donc de la tentative de refus de la mission. Ensuite, elle s’avère sensible, dans la mesure où il s’agit d’une personne âgée, respectée ou crainte et donc, quiconque osait lui opposer un refus s’attirait le mépris.

Étant donné que l’individu croyait fortement en son existence, il ne se doutait donc pas que le founhn’gban kplo n’était donc que de la poudre aux yeux. C’est avec espoir et fierté qu’il courait à la recherche du de cet objet imaginaire. Par respect, obéissance ou soumission et parfois même par crainte de représailles, l’individu accomplissait la tâche avec un grand sourire.

En plus, celui qui envoie l’adulte en question, utilise un vocabulaire basé sur le respect « ton père » qui n’est rien d’autre qu’une autre personne âgée et respectée dans le village qui n’a forcément aucun lien de parenté avec celui qu’on envoie. En ce temps-là, étant donné que l’enfant appartenait à la communauté toute entière, toute personne âgée dans le village avait un droit sur lui. Or parfois, il s’agissait d’une opération punitive dont le but restait de tester l’intelligence de l’individu. Le founhn’gban kplo n’a existé que dans l’imagination populaire. Cependant, c’était une pratique noble, qui parait insensée à plusieurs titres au regard du moment choisi pour la mettre en pratique.

Le founhn’gban kplo revêt une fonction purement social. Il sert à vérifier le caractère, le respect et la soumission de celui ou celle qu’on mettait à l’épreuve. Ainsi, il permet de sonder le concerné et vérifier si sa socialisation a été ou non complète. Il véhicule de fait, un certain nombre de valeurs tant sur le plan moral qu’éthique.

Se soumettre au strict respect par l’accomplissement d’une tâche malgré les difficultés relèvent d’une hauteur d’esprit admise par tous surtout quand on se situe à l’âge d’évaluation pour déterminer la maturité d’un individu.

En outre, cette pratique permettait de détecter les attributs physiques d’un individu et montrer à un prétendant ou à la prétendante, le type de personne qui mérite d’être intégré au sein d’une famille. En effet, quand il s’agit d’une jeune fille en âge de se marier et soumise à la pratique, elle est toujours dirigée vers la famille d’un éventuel prétendant. Lorsque celle-ci entrait sous la pluie et qu’elle se mouillait, toutes ses attributs se dévoilaient: fesses, seins, ventre, etc., constituant les critères de beauté chez pratiquement tous les peuples africains. Ainsi, quand elle apparaît devant cet éventuel prétendant ou devant les membres de sa famille, il devinait aisément le type de femme qui serait avec lui, pour qu’il apprécie mieux et s’il avait des doutes sur son physique, tout devenait clair dans son esprit. Il peut donc être amené, si elle répond à ses critères, à aller vers elle pour lui faire des avances ou alors demander à ses parents de l’aider à mener des démarches auprès de sa famille pour la prendre comme épouse. A l’inverse, quand les parents décident de montrer les attributs physiques d’un jeune homme à la femme à qui l’on veut donner en mariage ou même à ses parents, ce dernier se voyait soumis à cette même pratique sans qu’il ne s’en rende lui-même compte.

Par YAPI Michel

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