DE «WOUO MAN GOUN » À «WOUN »

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Au secondaire, je ne me souviens plus en quelle classe ni dans quelles circonstances, l’un de nos professeurs avait demandé la différence entre l’Homme et le chimpanzé. Une fille avait répondu que le chimpanzé a des poils. Et le bon professeur de s’exclamer : « Donc toi tu n’as pas de poils ! ». Toute la classe s’était mise à rire, vous imaginez bien pourquoi. Notre amie voulait certainement dire que le chimpanzé a plus de poils que l’Homme, ce qui n’est pas faux.

Cela veut donc dire que les hommes et les femmes ont aussi des poils. La nature, qui fait toujours bien les choses, a voulu que ces poils soient plus abondants en des endroits précis du corps, et ils sont généralement désignés par des expressions ou des mots qui, d’une façon ou d’une autre, les rattachent toujours à ces endroits.

En gouro, on dit habituellement « tchêê » pour nommer « les poils ». Ainsi, « bla wouo tchêê » renvoie aux « poils des aisselles », « gwlê di tchêê » aux « poils de la poitrine » ou « kwlé ta tchêê » aux « poils du pubis masculin », « kwlé » étant « le pénis ». Nos langues sont parfois si pudiques que je n’ai jamais entendu « bwli ta tchêê » en référence à « bwli » (« vagin »), et, par ricochet, aux « poils du pubis féminin ».

Mais alors, qu’en est-il des touffes de poils situées à certains endroits de la tête. Il est intéressant de remarquer qu’à ce niveau, un peu comme cela se passe d’ailleurs en français avec le vocable « poils » et dans d’autres langues certainement, le terme « tchêê » disparaît et cède la place à « goun », d’où « lê man goun » pour dire « la moustache » ou « pouo man goun » pour dire « la barbe », « léé » étant « la bouche » et « pouo » « le menton ».

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Ce terme « goun », pris séparément, signifie « murmure », ce qui a donné le verbe « gountchêtchi » (« murmurer »). Sans doute une référence au fait de rapprocher la bouche et les poils autour de l’oreille à laquelle on murmure quelque chose, et donc de parler dans sa barbe et/ou sa moustache pour ne pas se faire entendre par des indiscrets. Qu’il renvoie aux poils situés à des endroits de la tête ou qu’il signifie murmure, le terme « goun » entretient un rapport à la fois morphologique et conceptuel avec « gounou » : « l’obscurité ». L’obscurité est noire, noire comme souvent les poils qui, lorsqu’ils ont poussé, donnent au visage un aspect sombre, sombre comme la couleur du murmure.

Quand une langue dit « lê man goun » pour « la moustache » et « pouo man goun » pour « la barbe », on est en droit de se demander pourquoi ce même processus de lexicalisation n’est pas utilisé pour « les cheveux ». À moins que le terme « woun » qui désigne « les cheveux » ne soit en réalité que la contraction de « wouo man goun », c’est-à-dire : « les poils de la tête », « wouo » étant « la tête ». Telle est ma conviction.

En parlant de poils et de cheveux, comment ne pas me rappeler que je suis chauve ? Mais attention, je ne suis pas encore vieux. L’adage reconnaît d’ailleurs qu’aux âmes bien nées la calvitie n’attend point le nombre des années. Et puisque je tiens la mienne de mon grand-père maternel,  je ne la considère point comme une maladie à soigner ; c’est un chemin qui m’indique à la fois d’où je viens, où je vais et par où je dois passer. En gouro, la calvitie s’appelle « kpalo », un peu comme si quelqu’un disait « A woun kalo » : « Il n’a pas de cheveux ». Mais les cheveux, il eut un temps où j’en avais à revendre. Je vous vois rire!

            Par Dr. DJANDUÉ Bi Drombé

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