DE LA COUPE À LA SOUPE DE CABRI

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Jusqu’à un passé assez récent, l’opinion publique ivoirienne identifiait surtout le cabri à sa mauvaise odeur. On dit du cabri qu’il ne supporte pas l’eau. De là est née l’expression «tuer cabri». En français populaire ivoirien, cela signifie «ne pas se laver» avant d’aller au lit. Celui ou celle qui se comporte ainsi a, d’une certaine façon, tué le cabri pour prendre sa place en tant qu’ennemi déclaré de l’eau.

Une autre interprétation est qu’«en tuant le cabri», l’individu se frotte à l’animal au point de finir par sentir aussi mauvais que lui, brandissant par-là la coupe de la mauvaise odeur, la coupe du cabri qui échoit au champion du manque d’hygiène corporelle dans la maison. Car c’est bien cette coupe que gagne celui ou celle qui va se coucher sans prendre de bain.

Cependant, et même si cette idée persiste encore dans l’imaginaire collectif et que l’expression «tuer cabri» n’a pas déserté le français populaire ivoirien, je remarque que le nom du cabri n’est plus aussi gâté qu’avant. Dit en français standard, la bête n’est pas devenue la belle, mais l’image que le commun des mortels en a en Côte d’Ivoire a beaucoup évolué.

La raison principale pourrait être la généralisation de la soupe de cabri dans les espaces de restauration où cette viande n’existait quasiment pas, le porc, le mouton, le bœuf et la viande de brousse faisant alors la pluie et le beau temps. Je ne suis pas friand de la soupe de cabri, je n’en mange jamais. Mais tout le bien qu’en disent les amateurs laisse penser que le cabri mort qui n’a pas peur de couteau n’a pas non plus peur de l’eau, ce qui ferait sans doute disparaître dans la soupe sa légendaire mauvaise odeur.

Par Dr. Paul-Bathesty DROMBÉ

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