DE BWU À BWÉNIN, BWLU, BWI: LA MÈRE COMME TRAIT D’UNION

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En gouro, les expressions consacrées par le parler de tous les jours pour designer la sœur et le frère sont respectivement « bwlu » et « bwi ». Au confluent des deux notions, le substantif « bwénin », forme contractée de « bwu lé nin », qui signifie «l’enfant de la mère», renvoie à la fois au frère et à la sœur.

La racine de toutes ces compositions lexicales est le mot « bwu », qui veut dire «la mère». Littéralement donc, il faut entendre par « bwlu » «la fille de la mère» et par « bwi », contraction de « bwu bi »,  «le fils de la mère».

Ainsi, dans la bouche d’un Gouro, le frère est « le fils de ma mère », « an bwi » ; et la sœur « la fille de ma mère », « an bwlu ». Il en va de même pour bien d’autres groupes ethniques : Wobé, Guéré, Senoufo, Abbey, Agni, Bété, Baoulé, etc. Chez les Malinké, communément appelés Dioula, la mère est aussi la référence naturelle pour exprimer les liens de fraternité de sang. Parti donc de « ba » (la mère), on dira « badein » (l’enfant de la mère) puis, de là, « m’badein mousso » pour signifier « ma sœur » et « m’badein tchê » pour dire « mon frère ».

Pour des cultures qui, du fait de la tradition et/ou de la religion, et à l’image de bien d’autres en Afrique, relèguent généralement la femme au second plan dans l’organisation et la marche quotidienne de la société, une telle consécration par la langue elle-même n’est que justice.

Mais cette sorte de reconnaissance congénitale cristallisée dans la langue traduit un trait saillant de la mentalité africaine qui, en subordonnant au fond la féminité à la maternité, veut aussi que la femme qui l’est devenue pleinement en risquant sa vie pour donner la vie mérite le respect de tous, à commencer par sa progéniture (Djandué, 2017).

Ta mère est ton premier dieu sur terre. L’Africain qui n’a jamais dit cette phrase l’a au moins plus d’une fois entendue. Telle est d’ailleurs le quatrième des dix commandements de Dieu : « Honore ton père et ta mère » (Deutéronome, 5, 16), juste après ceux qui font allusion à Dieu lui-même :

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D’une façon plus objective, la mère est la seule référence pour désigner le frère et la sœur biologiques dans de nombreuses langues parce qu’elle constitue un trait d’union plus fort entre les enfants. C’est elle qui les porte dans ses entrailles pendant de longs mois, c’est elle seule qui connaît la douleur de l’accouchement, allaite les enfants, ne dort pas pour les faire dormir, se salit pour les nettoyer, les porte, les supporte et, généralement, leur transmet sa langue, la langue maternelle. Pour cela, les Yacouba vont encore plus loin pour dire « nébli » («le ventre de ma mère, ses entrailles»), c’est-à-dire, «mon frère/ma sœur».

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Quand on a fini d’écrire tout ce qui précède, on commence à comprendre pourquoi il est toujours difficile de trouver la paix et la concorde dans les foyers polygamiques, lesquels ont souvent vite fait de se transformer en champ de bataille entre les enfants des coépouses ou, pour utiliser le mot juste dans ce cas de figure, des rivales. Le fait est qu’en disant «mon frère» ou «ma sœur», chacun dit aussi « le fils de ma mère » et « la fille de ma mère », ce qui a naturellement tendance à les séparer ou, tout au moins, à les distinguer des autres enfants de leur père.

Si bien que, dans ce type de foyer, la clé de la paix et de la tranquillité ne se trouve pas non plus du côté du père mais de celui des mères. Que chaque enfant voit et prenne chacune des femmes de son père comme sa propre mère, de telle sorte que tous les autres enfants soient aussi «les fils et les filles de ma mère». Plus facile à dire qu’à faire !

Par Dr Bi Drombé DJANDUÉ

 

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